Le chef sécuritaire du Hezbollah, Wafic Safa (c), le 25 septembre 2025 à Raouché dans la capitale Beyrouth. Photo d'archives Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
Durant le week-end écoulé, une rumeur a gonflé au Liban sur les réseaux sociaux et les médias : Wafic Safa, le responsable sécuritaire du Hezbollah, se cacherait dans un immeuble à Sin el-Fil, dans le Metn. Lors de sa dernière guerre ouverte avec le Hezbollah en 2024, l'armée israélienne avait tenté d'assassiner « l'homme des missions spéciales » du Hezbollah à au moins une reprise, menant deux frappes sur des bâtiments de Basta el-Faouqa et du quartier voisin de Noueiri, le 10 octobre de cette année. Une attaque qui avait fait une vingtaine de morts. De quoi provoquer l'inquiétude à Sin el-Fil, ville à majorité chrétienne située à quelques kilomètres de la banlieue sud de Beyrouth, fief du parti chiite.
La rumeur a même traversé la frontière : lundi, le « centre de recherche » controversé Alma, proche de l'armée israélienne, en a fait une publication sur son site et ses réseaux sociaux, plusieurs photos à l'appui. De même pour la chaîne saoudienne al-Hadath. Toutefois, Le président de la municipalité, Nabil Kahalé, le propriétaire de l'immeuble en question, ainsi qu'une source au sein du Hezbollah ont démenti ces rumeurs auprès de L'Orient-Le Jour. Quant à l'armée et aux Forces de sécurité intérieure, elles ont affirmé ne pas avoir d'informations à nous communiquer.
Des « gardes de Wafic Safa lourdement armés » ?
Le 29 novembre, une lettre non datée adressée aux « membres du conseil de la municipalité de Sin el-Fil » et signée par des « habitants et des propriétaires des immeubles avoisinant celui de Marc Chamoun » commence à circuler sur les réseaux sociaux. Celle-ci affirme que plusieurs membres du Hezbollah, notamment le responsable sécuritaire du parti, Wafic Safa, résident dans la bâtisse de Marc Chamoun, rue Fayez Chaoul. Selon le courrier en question, Wafic Safa « se rend à plusieurs reprises dans le bâtiment mentionné, accompagné de ses gardes lourdement armés » qui « procèdent à la fermeture de la rue et au contrôle de l’identité des passants ». Les « habitants » disent ensuite craindre que l'immeuble ne devienne une « cible potentielle » d'une attaque israélienne. Sauf que le président de la municipalité de Sin el-Fil affirme ne jamais avoir reçu cette lettre et en apprendre l'existence à travers les réseaux sociaux.
Après la diffusion de cette lettre, Nabil Kahalé s’empresse d'ailleurs de publier un communiqué sur Facebook, assurant « qu’aucune requête n’a été présentée ni enregistrée auprès de la municipalité à ce jour » et indiquant que le président du conseil municipal « a mené les contacts nécessaires auprès des services concernés pour traiter le dossier dans le cadre de leurs prérogatives ». Le communiqué a également appelé à « ne pas répandre d’informations sans s’être au préalable assuré de la véracité des faits, afin de préserver la sécurité publique ».
« J'ai publié ce communiqué pour calmer les habitants, puis les médias ont commencé à me contacter. Cette histoire a secoué le pays », s'emporte l'élu. Il indique que les « six ou sept signataires de la lettre » ont été contactés. « Nous voulons savoir s'ils ont vu quelque chose. Ils nous ont répondu que non, mais qu'ils avaient eu peur, et qu'ils ont donc signé le document. »
M. Kahalé ainsi que le propriétaire de l'immeuble, Marc Chamoun, ont affirmé que les services de renseignements de l'armée et des FSI sont venus inspecter les lieux. « Toutes les démarches ont été faites. Ils ont fait le tour de l'immeuble et ont constaté qu'il n'y avait rien de tout ça », assure M. Chamoun, ingénieur et propriétaire d'autres projets dans le Metn. L’immeuble compte 16 appartements, tous destinés à la location pour des familles, avec des loyers de 700 à 800 dollars, selon lui. « Je fais attention à chaque locataire pour m'éviter des tracas. Je n'ai aucun intérêt à louer mes appartements à de telles personnes (...) Pourquoi prendrai-je le risque qu'un missile détruise tout l'immeuble, estimé à cinq millions de dollars ? » demande Marc Chamoun.
Une locataire du nom de Safa
Selon le président de la municipalité, la rumeur pourrait s'être répandue du fait que l'une des locataires de l'immeuble en question porte le nom de famille Safa. « Mais ils ne sont même pas parents, elle ne le connaît pas, elle n'a rien à voir avec lui », dit M. Kahalé. « Comment les gens peuvent croire que Wafic Safa serait aussi idiot pour vivre à Sin el-Fil près de permanences des Forces libanaises et des Kataëb, du siège de la municipalité et d'un poste de police ? » Face à l'ampleur de cette polémique, l'élu compte « porter plainte contre X ».
Du côté du Hezbollah aussi, le démenti est catégorique. « Bien sûr que c'est faux. Il est impossible qu'une personnalité au sein de notre parti puisse vivre là-bas, alors que l'armée israélienne a tenté de l'assassiner durant la guerre », assure la source du parti chiite. Elle estime que cette affaire « s'inscrit dans le cadre de polémiques que certains partis chrétiens tentent de monter en épingle pendant la visite du pape ». Une allusion au communiqué des Forces libanaises dans lequel elles critiquent la lettre du Hezbollah adressée au pape, la veille de son arrivée.



Vous avez un immeuble qui vous bouche la vue? Faites circuler la rumeur qu’un cadre du hezbollah s’y cache…
16 h 54, le 02 décembre 2025