Le nouveau président de l'Ordre des dentistes, Ziad Zeidan. Photo tirée du compte Instagram de l'Association des dentistes au Liban
Pour la première fois depuis 1975, la présidence de l’ordre des dentistes du Liban est revenue dimanche à la communauté sunnite et à l’Université arabe de Beyrouth (BAU). Ce dénouement a eu lieu à l’issue d’une bataille acharnée qui a vu Ziad Zeidan l’emporter par acclamation, en l’absence de vote et alors que les candidats chrétiens s’en sont retirés, réclamant le report du scrutin. Ziad Zeidan succède ainsi à Ronald Younès pour un mandat de trois ans à l’issue de cette élection ajournée d’un an en raison de la guerre entre le Hezbollah et Israël à l’automne 2024.
« Après 1975, le président de l’ordre des dentistes a toujours été de confession chrétienne, candidat de l’Université Saint-Joseph, de l’Université libanaise ou candidat indépendant, contrairement à d’autres ordres professionnels où l’alternance islamo-chrétienne est respectée, sans pour autant que cette tradition ne figure par écrit dans un texte de loi », précise à L’Orient-Le Jour Roger Rebeiz, ancien président de l’ordre. Une douzaine de candidats se pressaient cette année aux portes de la présidence, parmi lesquels les trois candidats les plus pressentis : Amine Zoghbi (USJ), Mounir Doumit (UL) et Ziad Zeidan (BAU).
Dimanche, avant le scrutin, la grande majorité des candidats et partis chrétiens (Forces libanaises, Kataëb, Courant patriotique libre) se sont donc officiellement retirés de la course, sur fond de refus catégorique de céder la présidence à un musulman et aussi du refus de l’USJ de faire de la course à la présidence de l’ordre une confrontation entre chrétiens et musulmans.
Ces retraits ont été rapidement suivis par ceux des partis musulmans traditionnels (tandem chiite Amal-Hezbollah, Parti socialiste progressiste et courant du Futur), soucieux d’éviter un clash confessionnel, « mais, dans les faits, Ziad Zeidan a bénéficié du soutien sunnite de la BAU et il a gagné par acclamation », observe le Dr Rebeiz.
Dans les coulisses, on explique le retrait des chrétiens par l’échec annoncé de leurs candidats, vu le nombre bien plus élevé de votants musulmans. On espérait aussi dans les milieux chrétiens faire pression sur le candidat sunnite pour qu’il se retire provoquant un report du scrutin. « Sur 4 965 votants, on compte seulement 2 100 voix chrétiennes, souligne Amine Zoghbi. Nous espérions aussi que l’alternance ferait l’objet d’une entente et qu’elle ne soit pas imposée. »
Majoritairement chrétienne à ses débuts, la profession compte aujourd’hui 60 % de praticiens musulmans contre 40 % de chrétiens.
La décision attendue du ministère de la Santé
Si les résultats ont bien été proclamés par l’ordre des dentistes de Beyrouth, ils demeurent controversés et pourraient faire l’objet de recours, étant partiels vu le retrait des candidats chrétiens. Le conseil de l’ordre qui devrait compter douze membres n’en compte en effet que dix dont un seul de confession chrétienne. « Sur 47 candidats, 37 se sont retirés avant le vote. Il n’en est resté que 10, tous de la liste de Ziad Zeidan qui ont été élus par acclamation », précise Mounir Doumit. Par ailleurs, la caisse mutuelle compte cinq membres au lieu de huit ; la caisse des retraités deux sur quatre ; et le conseil de discipline un sur deux.
Traditionnellement, la présidence de l’ordre revient par alternance aux représentants de l’USJ et de l’UL, sachant que la première a fait cavalier seul ces dernières années. « Mais après 23 ans de revendications, de promesses vaines et de reports, nous avons décidé avec la BAU qu’il était largement temps que la parité islamo-chrétienne soit respectée et que les musulmans obtiennent leurs droits à la présidence. Et nous avons tenu bon », affirme à L’OLJ Ziad Zeidan, faisant référence aux pressions pour le faire changer d’avis.
Dans un objectif d’apaisement des tensions et parce qu’il assure prôner « l’alternance confessionnelle », le Dr Zeidan se propose de mettre en place un scrutin partiel qui permettrait de remplir les sièges manquants et de rétablir la parité confessionnelle au sein du conseil de l’ordre. Une proposition qui doit obtenir l’aval du ministère de la Santé, organisme de tutelle de l’ordre, si toutefois aucun recours en invalidation des résultats n’est déposé dans les deux semaines.
Une chose est certaine : l’âpre bataille confessionnelle a réussi à éclipser les vrais problèmes de la profession dentaire, la nécessité pour tous les dentistes et leurs familles d’obtenir une couverture de santé de qualité, le dossier des retraités dont l’indemnisation mensuelle ne vaut plus que 20 petits dollars depuis l’effondrement de la livre libanaise, et enfin l’unification de tous, chrétiens et musulmans, au service de la profession.




Il soigne moins bien les uns que les autres, il traite ses patients différemment selon la religion, la nationalité ... non c'est un dentiste élu la tête d'une organisation professionnelle et basta. C'est une info pas un évènement.
15 h 32, le 26 novembre 2025