« Soksok parmi les couleurs » : un album illustré par Samandal Comics existe en français et en arabe. Photo fournie par le musée Sursock
Le musée Sursock renforce son rôle éducatif en lançant Soksok parmi les couleurs, un ouvrage imaginé en partenariat avec l’Agence italienne pour la coopération au développement (AICS) et soutenu par le gouvernement italien. Conçu comme une initiation sensible à l’art moderne libanais, ce livre entend offrir aux plus jeunes un premier contact à la fois joyeux et structuré avec un patrimoine trop rarement transmis aux nouvelles générations.
Pour incarner cette traversée artistique, le musée a fait appel au collectif Samandal Comics, qui a créé un personnage attachant : Soksok, un chat noir inspiré de Zaytoun, le félin de l’illustratrice Léna Merhej.
« Nous voulions un chat différent, pas forcément beau », explique-t-elle à L'Orient-Le Jour. Noir, maladroit, intrépide, Soksok déjoue les clichés et s’adresse directement au lecteur, établissant un lien immédiat et affectif. Son nom – qui rappelle malicieusement « Sursock » – ancre encore davantage l’histoire dans la maison muséale beyrouthine.
Une constellation de maîtres pour éclairer le regard
Le récit suit Soksok à travers seize œuvres d’art soigneusement sélectionnées par le musée. Les enfants y croisent les grandes figures qui ont forgé la modernité artistique du Liban : Daoud Corm, Habib Srour, Gibran Khalil Gibran, Youssef Hoyek, Moustafa Farroukh, Omar Onsi, Saliba Douaihy, Saloua Raouda Choucair, Shafic Abboud, Chafic El Rassi, Yvette Achkar, Etel Adnan, Huguette Caland, Helen Khal, Paul Guiragossian ou encore Juliana Seraphim. Autant de noms qui, réunis dans un même ouvrage, composent une véritable cartographie visuelle du XXᵉ siècle libanais.
Le livre s’ouvre sur une introduction réalisée par la Direction générale des antiquités (DGA), qui replace la création moderne dans le long arc de l’histoire du pays. Une frise chronologique poursuit ce travail de mise en perspective, reliant œuvres et artistes à leurs enjeux sociaux, politiques et culturels.
Au centre de l’ouvrage, l’histoire illustrée invite les enfants à entrer dans le langage de l’art par la narration : regarder un tableau devient l’occasion de décoder, d’imaginer, d’interpréter. La dernière partie rassemble des biographies d’artistes, des reproductions d’œuvres originales, ainsi qu’un cahier de coloriage inspiré notamment de Willy Aractingi, un passage naturel de l’observation à l’expérimentation.
Ateliers et rencontres
Dans les prochains mois, une série d’ateliers sera menée dans les écoles publiques libanaises. Ces rencontres permettront aux enfants de prolonger leur découverte du livre, d’explorer la création plastique et de tisser un lien direct avec le patrimoine artistique national. Animés par Samandal et des spécialistes en arts visuels, ces ateliers entendent encourager la créativité tout en développant la sensibilité esthétique des plus jeunes.
Pour la directrice du musée Sursock, Karina el-Helou, ce projet marque un tournant : « Ce livre est l’un des premiers ouvrages conçus par le musée pour les enfants. Grâce à notre partenariat avec l’Italie, nous avons pu toucher les nouvelles générations et les inspirer à travers notre collection. »
Lors de la présentation du projet, l’ambassadeur d’Italie au Liban Fabrizio Marcelli avait souligné quant à lui la portée symbolique de cette initiative : « La culture est un pont qui unit les peuples. Ensemble, nous pouvons parcourir la voie du renouvellement et de la solidarité. » Liana de Rosa, directrice de AICS Beyrouth, avait mis en avant l’élan collectif que ce livre a suscité : « Cette initiative a réuni artistes, institutions libanaises, écoles et jeunes autour de la promotion de l’art moderne. Nous espérons qu’elle nourrira des projets créatifs tout au long de l’année scolaire. »
Au-delà du livre, Soksok parmi les couleurs pose une question essentielle : comment transmettre un patrimoine à ceux qui devront bientôt en porter l’héritage ? Dans un pays où la mémoire demeure souvent fragmentée, documenter et partager l’art libanais relève à la fois du devoir et de l’urgence. En réunissant ces œuvres, en les contextualisant et en offrant aux enfants les outils pour les apprivoiser, le musée Sursock accomplit un geste déterminant : replacer l’art au cœur de la construction collective.
À travers Soksok, une mémoire visuelle entière retrouve son souffle. Entre les mains des enfants, ce patrimoine ne sera plus seulement préservé : il deviendra vivant, réinventé, habité.
Soksok parmi les couleurs, un voyage dans l’art libanais est disponible en version française à la réception et à la boutique du musée Sursock, puis en version arabe ultérieurement.



