Des habitants discutent dans le village de Beit Lif, le 20 novembre 2025, au lendemain des menaces de l’armée israélienne contre ce village du Liban-Sud. Photo envoyée par le maire du village à L’Orient Today
Après des accusations israéliennes inhabituelles à l’encontre de leur village du caza de Bint Jbeil, mercredi soir, de nombreuses familles parmi les 500 qui venaient tout juste de rentrer à Beit Lif, après plusieurs mois de déplacement provoqué par la dernière guerre entre le Hezbollah et Israël, ont envisagé de fuir à nouveau. Cependant, après l’intervention de l’armée libanaise, qui a répondu à leur appel et s’est déployée dans les rues de la localité, des habitants ont confié à notre journal qu’ils se sentaient désormais rassurés.
Le message de l’armée israélienne ne comportait pas un ordre d’évacuation comme ceux émis plus tôt mercredi à l’encontre de plusieurs villages des cazas de Tyr et Bint Jbeil, juste avant que ces localités ne soient bombardées. Il s’agissait cette fois d’une carte inhabituelle comportant 31 sites, tous situés à Beit Lif, que l’armée israélienne affirme être des « infrastructures » du Hezbollah comprenant des quartiers généraux et des dépôts d’armes. L’armée israélienne a accusé le Hezbollah de cacher ses installations « dans des habitations civiles et à proximité d’infrastructures civiles ».
Peur et confusion
Malgré le cessez-le-feu entré en vigueur le 27 novembre 2024, après plus de treize mois de conflit durant lequel Beit Lif et d’autres villages ont été lourdement touchés, l’armée israélienne continue de mener quotidiennement des frappes au Liban et occupe toujours plusieurs zones du territoire libanais. Israël a encore intensifié ses attaques ces derniers jours, tuant 14 personnes lors d’une frappe contre le camp de réfugiés de Aïn el-Héloué mardi, suivie de bombardements visant cinq villages le lendemain.
Immédiatement après les accusations contre Beit Lif, la bourgade a connu l’une de ses nuits les plus tendues depuis le retour de certains de ses habitants. « On ressent la même chose qu’avant… On a l’impression que l’inconnu frappe à nouveau à la porte », confie un villageois à notre rédaction.
Déploiement de l’armée libanaise
Suite aux accusations israéliennes, les habitants ont lancé un appel urgent au commandement de l’armée libanaise ainsi qu’aux trois présidents, réclamant un déploiement immédiat pour protéger les civils. Leur appel a été entendu quelques heures plus tard : l’armée libanaise a pris position dans le village après que le président de la municipalité, Izzat Hammoud, a contacté le commandement militaire pour demander la présence de la troupe afin de rassurer la population. « J’ai immédiatement sollicité les autorités concernées et l’armée libanaise, et en moins d’une heure les soldats sont arrivés », raconte l’élu.
Une force de 16 véhicules militaires a investi le village, effectuant des patrouilles sur les axes principaux, sans procéder à des perquisitions de maisons comme le réclame actuellement l’armée israélienne. Leur présence a soulagé de nombreux habitants qui se sont rassemblés sur la place du village.

Pour le maire, ce qui s’est passé à Beit Lif résulte d’une « désinformation et de mensonges » de la part de l’armée israélienne, précisant que la majorité des 31 lieux désignés n’étaient que « des maisons déjà détruites ou des terrains accidentés, les autres étant des habitations civiles sans rien de suspect qui puisse justifier une telle escalade ». Il rappelle qu’une grande base de la Finul appartenant au contingent ghanéen est située sur une colline surplombant le village et surveille la zone en permanence. Par ailleurs, le maire indique que les patrouilles de l’armée libanaise accompagnent les agriculteurs sur leurs terres et les habitants dans leur quotidien. M. Hammoud ajoute que la municipalité a demandé le maintien d’un point permanent de l’armée dans le village, mais les militaires ont répondu qu’ils seraient présents « en cas de besoin ou chaque fois que la situation l’exigerait ». Une source militaire n'a pas souhaité commenter cette affaire.
« Nous mourrons ici »
Malgré la peur, aucune famille n’a quitté le village jusque-là. « Nous, habitants de Beit Lif – femmes, hommes, enfants et personnes âgées –, sommes revenus sur notre terre, nous avons repris notre vie, retrouvé les bancs de l’école et du travail… Nous ne permettrons pas qu’on nous arrache notre terre sous de faux prétextes. C’est ici que nous avons grandi, c’est ici que nous resterons, et c’est ici que nous mourrons », ont écrit les habitants dans une déclaration mercredi soir.
« Nos sacs étaient prêts. Nous avons eu très peur ; la menace visait quasiment tout le village », témoigne néanmoins un résident de manière anonyme. « Mais lorsque l’armée et le maire sont venus, nous étions soulagés et la peur a diminué », ajoute-t-il. Hussein, un autre résident qui vient de réparer sa maison gravement endommagée, assure : « Nous ne partirons pas. Quitter sa maison, c’est un déplacement ; nous mourrons ici. »

