Le président américain Donald Trump et le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane entourés d'hommes d'affaires tels que le PDG de Tesla, Elon Musk, ou encore celui de Nvidia, Jensen Huang, lors du forum d'investissement bilatéral organisé le 19 novembre 2025 au Kennedy Center de Washington. Photo Win McNamee/AFP
C’était le dernier volet de la visite de Mohammad ben Salmane à Washington. Mercredi 19 novembre, un forum d’investissement bilatéral s’est tenu au Kennedy Center entre compagnies saoudiennes et américaines. Elon Musk de Tesla était présent, ainsi que le dirigeant de Nvidia, Jensen Huang, Tim Cook de Apple et bien d’autres encore. Une manière de clore avec éclat une visite fastueuse, mais qui est finalement restée principalement transactionnelle. Selon le président américain Donald Trump, 270 milliards de dollars d’accord et de vente ont été signés, tandis que le prince héritier saoudien a porté sa promesse d’investissement de 600 milliards à 1 000 milliards de dollars lors de son passage dans le Bureau ovale. Au cœur de ces deals, les terres rares et l’intelligence artificielle (IA).
Le secteur minier au coeur des priorités stratégiques
La société américaine MP Materials a ainsi annoncé la construction d’une usine de raffinerie de terres rares dans le royaume saoudien avec le ministère américain de la Défense. Le but : développer au Moyen-Orient le traitement de ces minéraux essentiels extraits d’Arabie saoudite ou d’ailleurs pour les vendre dans les deux pays et à des nations alliées. Mais il s’agit aussi de concurrencer la Chine, leader mondial du raffinement de terres rares. D’autant que Pékin a restreint les exportations en raison des tensions commerciales avec Washington, contraignant celui-ci à chercher d’autres sources d’approvisionnement pour ces composants essentiels à la production notamment de magnets utilisés dans de larges pans de l’industrie, de la défense à l’énergie en passant par la technologie. Les Etats-Unis se sont ainsi récemment tournés vers leurs partenaires du Golfe, ayant déjà soutenu le lancement du consortium Orion Critical Minerals avec les Emirats arabes unis en octobre.
Et alors que le secteur minier est une des priorités du plan de développement Vision 2030 lancé par MBS en 2016, le projet annoncé mercredi s’inscrit dans l’accord-cadre des minéraux critiques annoncé entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite la veille. Il sera géré par une entreprise commune dans laquelle le ministère américain de la Défense et MP Materials détiendront en co-société 49% des parts, tandis que la majorité restante sera à la compagnie minière saoudienne Maaden, détenue en grande majorité par le fonds souverain saoudien. Le ministère de la Défense, qui financerait l’investissement côté américain, est entré plus tôt cette année au capital de MP Materials, garantissant un prix minimum de vente pour les minéraux rares produits. Pour le moment, la compagnie enregistrée au Nevada opère la seule mine de terres rares du pays, qui produit surtout des minéraux légers. L’idée, avec cette expansion en Arabie saoudite, serait ainsi de traiter également des terres rares lourdes, difficiles à trouver en dehors de Chine. Des discussions seraient également en cours pour soutenir ou collaborer à la production de magnets dans le royaume directement, selon MP Materials.
L'IA, moteur technologique pour l'avenir
Au-delà de ce secteur stratégique, des accords importants ont été signés dans le domaine de l’IA. Un protocole d’accord a ainsi été conclu entre Washington et Riyad pour permettre au royaume l’accès à des systèmes américains sophistiqués, tels que des semiconducteurs, tout en mettant en place des garanties pour protéger ces technologies. Les Etats-Unis craignent notamment un transfert à la Chine, bien implantée dans les pays du Golfe. Reste que malgré les réticences exprimées préalablement, Washington a désormais autorisé la vente de 70 000 puces IA à des compagnies saoudiennes et émiraties. Une partie de ces puces devrait être cédée par Nvidia à Humain, la société saoudienne d’IA soutenue par le gouvernement, qui a lancé plus tôt cette année son premier langage conversationnel. Par ailleurs, celle-ci développera conjointement avec xAI de Elon Musk des centres de données dans le royaume, dont une installation de 500 mégawatts, ainsi qu’un autre de 100 mégawatts avec Advanced Micro Devices, Cisco Systems.
Un accord de coopération sur le nucléaire civil a en outre été annoncé par la Maison-Blanche, tandis que le royaume exigeait de pouvoir enrichir de l’uranium sur son territoire, ce que refusait jusque-là Washington. Aucune information n’a pour le moment filtré sur le contenu de ce deal, qui pourrait avoir une influence sur les pourparlers relatifs au nucléaire iranien, alors que Riyad avait fait comprendre que si Téhéran avait le droit d’enrichir sur son sol, ce droit ne pouvait pas lui être refusé. Et tandis que l’administration Trump rejette l’existence du changement climatique et préconise d’exploiter encore plus les ressources en hydrocarbures, le géant pétrolier Aramco a également annoncé avoir signé 17 protocoles d'accord et deals avec de grandes entreprises américaines, pour une valeur potentielle de plus de 30 milliards de dollars.




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