Alors que l’armée menait des combats dangereux contre un gang de contrebandiers à Baalbeck, la nouvelle de l’annulation du voyage de son commandant en chef à Washington est tombée comme un couperet, surprenant les milieux politiques. Même si les deux faits ne sont pas liés, l’annulation des rendez-vous prévus pour le général Rodolphe Haykal a été perçue comme un désaveu américain de l’armée au moment où celle-ci mène une lutte féroce sur plus d’un tableau pour imposer la souveraineté de l’État libanais sur l’ensemble du territoire. C’est une lourde tâche, surtout en cette période de division interne, au cours de laquelle l’armée reste la seule institution étatique qui fait l’unanimité chez les Libanais.
La raison invoquée pour l’annulation des rendez-vous qui consiste dans le fait que l’armée a, dans ses derniers communiqués, traité Israël d’ennemi, n’est pas vraiment convaincante, car dans la doctrine militaire adoptée après la fin de la guerre civile, dans le cadre du processus de réédification de l’armée, c’est devenu la démarche officielle. C’est sans doute la raison pour laquelle les milieux politiques ont considéré qu’en annulant les rendez-vous prévus pour le général Haykal, l’administration américaine a franchi un pas important dans les pressions qu’elle exerce sur le Liban. Elle s’en prend désormais ouvertement à l’État et non plus seulement au Hezbollah et à son environnement. S’agit-il donc d’un nouveau plan visant à décrédibiliser l’État libanais dans son ensemble, pour favoriser son placement sous tutelle, ou bien d’une simple sonnette d’alarme essentiellement due aux pressions exercées par le lobby pro-israélien au sein du Congrès américain ?
Des sources libanaises proches du camp hostile au Hezbollah penchent vers la première hypothèse et rappellent comment l’émissaire américain Tom Barrack avait, dans une de ses déclarations, affirmé qu’il pourrait être question de rattacher d’une certaine manière le Liban à la Syrie. De même, ces sources rappellent que le quotidien saoudien Oukaz avait écrit dans sa une du 30 octobre 2025 « l’équation S-S ( Arabie saoudite et Syrie) va changer le visage de la région ». Sans parler expressément du Liban, le quotidien saoudien explique que le renforcement de la coopération entre Riyad et Damas va avoir un impact sur toute la région, dans le but de renforcer la stabilité et la prospérité, selon la vision du prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane. Or, dans ce contexte précis, les Libanais ont une expérience significative, ayant été placés pendant une certaine période – suite à la visite à Damas, en octobre 2009, du roi Abdallah qui bénéficiait alors d’une approbation américaine et occidentale en général – sous une forme de tutelle saoudo-syrienne qui a pris fin de facto avec l’éclatement de la guerre en Syrie, à partir de 2011. Pour conforter cette approche, les sources précitées rappellent que lors de la première visite du nouveau président syrien à Riyad, Ahmad el-Chareh et le prince héritier ont évoqué la situation au Liban et se seraient entendus, selon ce qui a filtré dans les médias, pour renforcer leur coopération sur le dossier libanais, vu que le Liban, selon ce qui a été dit, est « un pays compliqué ».
Lorsqu’on fait remarquer aux partisans de la thèse du retour de « la tutelle S-S » qu’aucune déclaration n’a été faite en ce sens pour conforter un tel scénario, ceux-ci rappellent que Riyad a déjà pris à sa charge la responsabilité de faciliter une coopération militaire et sécuritaire entre les Libanais et les Syriens. Deux réunions regroupant les ministres de la Défense et les responsables militaires et sécuritaires des deux pays ont déjà eu lieu, la première en mars à Djeddah et la seconde en octobre à al-Oula. Ces réunions ont d’ailleurs revêtu une grande importance en raison de la multiplication des incidents le long de la frontière entre la Syrie et le Liban. Et, en raison du passif des dernières années, principalement causé par la participation du Hezbollah aux combats en Syrie aux côtés du régime Assad déchu, le rôle des dirigeants saoudiens pour reconstruire des ponts entre les deux pays est devenu primordial. C’est donc en se basant sur tous ces éléments que les partisans de la thèse du retour d’une forme de « tutelle S-S » estiment qu’en critiquant ouvertement le dernier bastion de la légalité libanaise, les Américains encourageraient indirectement le retour à la formule de l’influence directe saoudienne et syrienne au Liban, pour faire passer ce pays d’une ère à l’autre, celle de l’influence « irano-hezbollahie », avec la participation du régime Assad, à celle de la période post-guerre avec Israël, sur une impulsion américaine et avec l’aide de la Syrie et de l’Arabie. En cette période de grands changements dans la région, il se pourrait donc bien que le Liban change de statut, surtout s’il ne parvient pas à prendre le train en marche.
Face aux partisans de cette thèse, il y a ceux qui, dans la mouvance du Hezbollah, estiment que l’annulation des rendez-vous du commandant en chef de l’armée à Washington n’est qu’une sonnette d’alarme, pour ajuster le comportement de la troupe et la presser d’aller plus vite dans le chantier du monopole des armes. Selon cette lecture, il ne serait pas question, pour l’administration américaine, et en particulier pour le Pentagone, de modifier le pari sur l’armée. Le Pentagone suit en effet depuis des années les détails de l'action de la troupe et connaît parfaitement son fonctionnement et sa doctrine. Il a aussi compris la complexité de la situation libanaise. C’est pourquoi, il ne peut être question, pour lui, de balayer d’un coup toute la stratégie adoptée depuis des années. Il s’agirait plutôt de lancer de temps en temps des avertissements aux parties concernées, pour rectifier le tir. Les partisans de cette thèse estiment qu'il ne faudrait donc pas aller trop loin dans l’interprétation de ce qui s’est passé, ni parler d’une nouvelle tutelle saoudo-syrienne sur le Liban, considérant que l’influence américaine est largement suffisante. Mais toutes les parties restent d’accord pour estimer que le Liban est à la croisée des chemins.




Je regrette d’informer l’Orient le Jour Que cette journaliste a perdu toute credibilite Durant le mandat presidentiel precedent en s’alignant avec un parti politique au lieu d”etre an eagle distance de tous les partis.
22 h 06, le 20 novembre 2025