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Campus - Parité Professionnelle

Leadership féminin : des signes d’espoir malgré les embûches

Vice-présidente du Resuff élue en octobre dernier, Huguette Abou Mrad croit fermement que le changement est possible si la société, les institutions et les femmes agissent de concert.

Leadership féminin : des signes d’espoir malgré les embûches

Le 17 octobre, Huguette Abou Mrad a été élue vice-présidente du Resuff. Photo DR

Au cours des trente dernières années, le leadership féminin a connu une évolution remarquable au Liban. Huguette Abou Mrad, nouvelle vice-présidente du Réseau francophone des femmes responsables dans l’enseignement supérieur et la recherche (Resuff), observe que les femmes occupent désormais des postes de direction, non seulement dans le monde académique, mais aussi au sein des entreprises et des institutions publiques et privées. « Le progrès est indéniable », affirme-t-elle. Pourtant, elle insiste : le chemin demeure long.

Dans une société où il reste souvent perçu comme une provocation ou un excès, elle rappelle que le féminisme n’a rien de honteux, d’autant plus que les discriminations et les stéréotypes continuent de peser lourdement sur le recrutement, le choix des carrières et l’évolution professionnelle des femmes. Les obstacles persistent, qu’il s’agisse du harcèlement – sexuel ou psychologique – ou des préjugés qui entravent la reconnaissance de leurs compétences.

Parmi les stéréotypes persistants, celui de l’émotivité féminine reste tenace. Huguette Abou Mrad refuse l’idée que les femmes seraient trop émotives pour évoluer dans le monde professionnel. Elle se souvient de sa formation en médiation, où il est apparu que les négociations menées par des femmes duraient souvent plus longtemps, mais aboutissaient à des accords plus solides et durables que celles menées par les hommes. Ce constat, souligne-t-elle, ne traduit pas une supériorité féminine, mais montre plutôt « qu’elles ont quelque chose d’autre à apporter au monde du leadership ».

Au Liban, le chemin vers le leadership féminin universitaire demeure semé d’embûches, même si des avancées timides voient le jour. Les obstacles, explique-t-elle, tiennent autant aux stéréotypes persistants qu’à la répartition inégale des tâches quotidiennes entre les sexes. Évoquant les nombreuses contraintes auxquelles les femmes font face, elle souligne que le leadership féminin manque encore d’un soutien essentiel : celui des hommes. Même déterminées, les femmes « se coupent en quatre », mais se voient souvent devancées. « Si une femme estime avoir 80 % des compétences requises, elle hésite à postuler, alors qu’un homme, avec 50 %, n’hésite pas une seconde », observe-t-elle. Résultat : l’autocensure persiste, nourrie par les pressions sociales. Malgré ces freins, la vice-présidente voit poindre des signes d’espoir. Dans plusieurs universités, comme l’Université antonine, l’Université Saint-Joseph et d’autres encore, « les femmes sont mises en valeur et encouragées à occuper des postes supérieurs ». Certaines institutions, dit-elle, témoignent d’une réelle volonté d’instaurer une égalité, encore fragile mais bien présente.

« Pourtant, souvent, quand on arrive au sommet de la pyramide, le chemin se bloque et on ne voit que des hommes », observe-t-elle. Elle insiste sur l’importance de la sensibilisation et de la formation : apprendre à gérer son intelligence émotionnelle, lutter contre le harcèlement, créer des cellules de parité et d’écoute. Elle nuance toutefois : « Au Liban, un simple compliment ne prend pas nécessairement des proportions démesurées ; il faut aussi se plier aux cultures. »

Les tentatives existent, les initiatives se multiplient, et de nouveaux réseaux viennent renforcer ces dynamiques. Ce sont, selon elle, des démarches essentielles pour encourager le changement, mais « ce n’est pas encore suffisant ». Celui-ci, ajoute-t-elle, doit venir autant des institutions que des femmes elles-mêmes : « Peut-être aussi qu’elles ne postulent pas assez aux postes de gouvernance », admet-elle.

Le rôle moteur du Resuff

Pour Huguette Abou Mrad, le changement ne peut se concrétiser sans un cadre structuré et un engagement collectif. C’est précisément le rôle du Resuff. Ce réseau agit comme un véritable levier pour faire de l’égalité et du leadership féminin une réalité concrète, et non un simple idéal.

« Ce n’est pas de la philosophie ni de la théorie, insiste-t-elle. Ce sont des actions pratiques. »

Celle qui est également coordinatrice du programme We4Lead (Women’s Empowerment for LEADership and Equity in Higher Education Institutions) à l’Université antonine explique que le Resuff agit à travers des cellules de parité, de véritables observatoires de l’égalité et de l’équité. « Les données genrées témoignent : elles nous permettent de vérifier si les institutions sont sur la bonne voie pour atteindre cette équité », précise-t-elle. Ces informations servent ensuite de base à des campagnes de sensibilisation et à des formations gratuites sur l’égalité des genres et la lutte contre les stéréotypes, notamment dans l’enseignement supérieur et le leadership universitaire.

Pour elle, le Resuff doit rester un organisme vivant et continue à se développer : « Il faut toujours chercher un sang nouveau, de nouveaux regards », dit-elle avec conviction. C’est pour cette raison que le réseau rassemble des membres venus des cinq continents, apportant une richesse de points de vue et d’idées pour faire progresser la cause des femmes dans le milieu académique.

Abordant la situation des chercheuses et enseignantes dans la région MENA, la responsable souligne que les défis persistent. « Une chercheuse peut absolument l’être, même si elle est mère de famille », affirme-t-elle, brisant un autre stéréotype tenace. Selon elle, les véritables contraintes résident dans la disponibilité, souvent limitée par les responsabilités familiales, et dans la perception sociale.

Un message aux décideurs et responsables d’université au Liban

Pour Huguette Abou Mrad, il est temps de transformer les discours en actions. « Les slogans ne servent à rien, ni la bonne intention, insiste-t-elle. Il faut des actions concrètes et un plan de travail. » Pour elle, la conviction doit venir des deux côtés : « La femme doit être convaincue, mais l’homme en face d’elle aussi. » Et elle ajoute : « Ce n’est pas toi ou moi, mais toi et moi. Ensemble, regardons dans le même objectif : une égalité qui profite aux deux. »

Elle appelle également à un cadre législatif solide : « Il faut absolument des lois pour assurer une bonne représentation des femmes, parce que souvent les paroles s’envolent, seuls les écrits restent », ajoute-elle. Et de conclure : « Le but, c’est de montrer qu’il y a une égalité et que la femme a du potentiel, libérer la parole, c’est par là que commence le vrai changement. »

Au cours des trente dernières années, le leadership féminin a connu une évolution remarquable au Liban. Huguette Abou Mrad, nouvelle vice-présidente du Réseau francophone des femmes responsables dans l’enseignement supérieur et la recherche (Resuff), observe que les femmes occupent désormais des postes de direction, non seulement dans le monde académique, mais aussi au sein des entreprises et des institutions publiques et privées. « Le progrès est indéniable », affirme-t-elle. Pourtant, elle insiste : le chemin demeure long.Dans une société où il reste souvent perçu comme une provocation ou un excès, elle rappelle que le féminisme n’a rien de honteux, d’autant plus que les discriminations et les stéréotypes continuent de peser lourdement sur le recrutement, le choix des carrières et...
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