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Moyen-Orient - Cessez-Le-Feu

La partition de Gaza, un risque imminent alors que le plan de Trump s’essouffle


La partition de Gaza, un risque imminent alors que le plan de Trump s’essouffle

Des décombres jonchent le sol à l'intérieur de la « ligne jaune », à Gaza, le 12 novembre 2025. REUTERS/Dawoud Abu Alk

Une partition de facto de la bande de Gaza, entre une zone contrôlée par Israël et une autre administrée par le mouvement islamiste Hamas, apparaît de plus en plus probable, selon plusieurs sources, les efforts pour faire progresser le plan du président américain Donald Trump visant à mettre fin à la guerre au-delà d’un simple cessez-le-feu étant au point mort.

Six responsables européens directement impliqués dans la mise en œuvre de la prochaine phase du plan ont indiqué à l'agence Reuters qu'il était pratiquement gelé, et que la reconstruction risquait désormais de se limiter à la zone sous contrôle israélien, ce qui pourrait entraîner des années de séparation.

Après l'application de la première phase du plan le 10 octobre, l’armée israélienne contrôle 53 % du territoire, dont une grande partie des terres agricoles, la ville de Rafah au sud, certaines zones de Gaza-ville et d’autres secteurs urbains.

Pratiquement, les deux millions d’habitants de Gaza sont entassés dans des camps de tentes et les décombres de villes détruites, dans les zones sous contrôle du Hamas.

Des images filmées par drone par Reuters en ce mois de novembre montrent une destruction cataclysmique dans le nord-est de Gaza-ville, après l’assaut final d’Israël avant le cessez-le-feu, à la suite de plusieurs mois de bombardements. La région est désormais divisée entre les zones contrôlées par Israël et celles du Hamas.

La prochaine étape du plan prévoit un retrait israélien supplémentaire de la « ligne jaune » convenue dans le cadre du plan Trump, parallèlement à la mise en place d’une autorité transitoire chargée de gouverner Gaza, au déploiement d’une force multinationale de sécurité destinée à remplacer l’armée israélienne, au désarmement du Hamas et au lancement de la reconstruction.

Mais le plan ne prévoit ni calendrier ni mécanisme d’application. Pendant ce temps, le Hamas refuse de se laisser désarmer, Israël rejette toute implication de l’Autorité palestinienne soutenue par l’Occident, et l’incertitude persiste quant à la composition de la force multinationale.

« Nous travaillons encore sur des idées », a déclaré le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, lors d’une conférence sur la sécurité à Manama. « Tout le monde veut que ce conflit prenne fin, nous partageons tous le même objectif. La question est : comment y parvenir ? »

Sans un effort majeur des États-Unis pour briser l’impasse, la « ligne jaune » semble destinée à devenir la frontière de facto divisant Gaza pour une durée indéterminée, selon 18 sources, dont les six responsables européens et un ancien responsable américain impliqué dans les discussions.

Washington a rédigé un projet de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui accorderait à la force multinationale et à l’autorité de transition un mandat de deux ans. Mais dix diplomates ont indiqué que les gouvernements hésitaient encore à engager des troupes. Les pays européens et arabes, en particulier, se montreraient réticents à participer si la mission allait au-delà du maintien de la paix et impliquait un affrontement direct avec le Hamas ou d’autres groupes palestiniens.

Le vice-président américain JD Vance et Jared Kushner, gendre influent de Trump, ont déclaré en octobre dernier que les fonds de reconstruction pourraient commencer à affluer vers la zone contrôlée par Israël, même sans passer à la phase suivante du plan, dans l’idée de créer des « zones modèles » où certains Gazaouis pourraient s’installer.

Ces propositions américaines suggèrent que la réalité fragmentée sur le terrain risque de « se figer dans une situation à beaucoup plus long terme », a déclaré Michael Wahid Hanna, directeur du programme américain du groupe du think tank International Crisis Group.

Un porte-parole du département d'État a estimé que, bien que des « progrès considérables » aient été réalisés dans la mise en œuvre du plan de Trump, il restait encore beaucoup à faire, sans répondre aux questions de savoir si la reconstruction serait limitée à la zone contrôlée par Israël.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé qu’Israël n’avait pas l’intention de réoccuper ou d’administrer Gaza, même si des ministres d’extrême droite de son gouvernement ont appelé à la réimplantation des colonies démantelées en 2005.

L’armée, de son côté, s’est opposée à toute saisie permanente du territoire ou à une supervision directe des civils de Gaza. M. Netanyahu a plutôt promis de maintenir une zone tampon à l’intérieur de la bande de Gaza, le long de la frontière, afin d’empêcher toute répétition de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, qui avait déclenché la guerre.

Des blocs jaunes pour marquer la ligne

Les forces israéliennes ont placé de grands blocs de béton jaunes pour délimiter la ligne de retrait et construisent des infrastructures du côté de Gaza qu’elles contrôlent. Dans le quartier de Choujayya, à Gaza-ville, l’armée a conduit des journalistes la semaine dernière dans un avant-poste fortifié depuis le cessez-le-feu où, comme le montrent les images satellites, des gravats ont été entassés en monticules pour créer des points d’observation protégés pour les soldats. Du nouvel asphalte a été posé.

Le porte-parole militaire israélien, Nadav Shoshani, a indiqué que les soldats étaient là pour empêcher les hommes armés de franchir la zone sous contrôle israélien, ajoutant qu’Israël se retirerait davantage une fois que le Hamas aurait rempli certaines conditions, notamment le désarmement, et qu'une force de sécurité internationale serait mise en place. « Dès que le Hamas tiendra sa part de l’accord, nous serons prêts à aller de l’avant », a-t-il assuré. Un responsable du gouvernement israélien, répondant par écrit à Reuters, a affirmé qu’Israël respectait l’accord et accusé le Hamas de retarder son application.

Le Hamas a remis les 20 derniers otages vivants détenus à Gaza, ainsi que les dépouilles de 24 autres, dans le cadre de la première phase du plan. Les corps de quatre autres otages se trouvent toujours dans le territoire palestinien.

Dans les zones palestiniennes voisines de la ville, le Hamas a récemment réaffirmé son autorité, éliminant des rivaux. Il a mis en place une police et des agents civils pour assurer la sécurité, surveiller les stands de nourriture et dégager des passages à travers les ruines à l’aide de pelles mécaniques endommagées, selon des images de Reuters.

« Il faut combler le vide sécuritaire à l’intérieur de la bande de Gaza », a déclaré le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul à la conférence de Manama, appelant à agir rapidement et avertissant qu’un retour en force du Hamas pourrait relancer des opérations militaires israéliennes.

Hazem Qassem, porte-parole du Hamas à Gaza-ville, a affirmé que le mouvement était prêt à céder le pouvoir à une entité technocratique palestinienne pour permettre le début de la reconstruction. « Toutes les régions de Gaza méritent une reconstruction équitable », a-t-il dit.

Selon deux responsables européens et un diplomate occidental, l’une des idées en discussion serait que le Hamas puisse démanteler son arsenal sous supervision internationale, plutôt que de le remettre à Israël ou à une autre force étrangère.

Les États européens et arabes souhaitent le retour de l’Autorité palestinienne (AP), basée en Cisjordanie, et de ses forces de police à Gaza, aux côtés de la force multinationale, pour remplacer le Hamas. Des milliers de policiers formés en Égypte et en Jordanie seraient prêts à être déployés, mais Israël s’oppose à toute implication de l’AP.

Reconstruire sous occupation israélienne

Les six responsables européens ont estimé qu’en l’absence d’un changement majeur de position du Hamas ou d’Israël, ou d’une pression américaine sur Israël pour accepter un rôle de l’Autorité palestinienne et une voie vers un État palestinien, le plan de Trump ne progresserait pas au-delà du cessez-le-feu. « Gaza ne doit pas rester coincée dans un no man’s land entre la guerre et la paix », a déclaré la ministre britannique des Affaires étrangères Yvette Cooper à Manama.

Salah Abou Amr, 62 ans, habitant de Gaza-ville, a expliqué que si aucun progrès n’était réalisé sur le désarmement du Hamas et que la reconstruction débutait au-delà de la ligne jaune, certains envisageraient d’y déménager. Mais l’idée d’une Gaza divisée est difficile à concevoir, a-t-il ajouté. « Pourra-t-on tous entrer dans cette zone ? Ou Israël aura-t-il un droit de veto sur certains d’entre nous ? », s’est-il interrogé. « Vont-ils aussi diviser les familles entre les 'bons' et les 'mauvais' ? »

On ignore encore qui financerait la reconstruction des zones de Gaza sous contrôle israélien, les pays du Golfe rechignant à s’engager sans participation de l’AP et sans perspective d’État palestinien, que refuse Israël. Le coût de la reconstruction est estimé à 70 milliards de dollars.

Toute division territoriale de Gaza compromettrait encore davantage les aspirations palestiniennes à un État indépendant incluant la Cisjordanie et aggraverait la catastrophe humanitaire d’un peuple privé d’abri et presque entièrement dépendant de l’aide pour sa survie. « Nous ne pouvons pas accepter une fragmentation de Gaza, a déclaré le ministre jordanien Ayman Safadi. Gaza est une, et Gaza fait partie du territoire palestinien occupé ».

La ministre palestinienne des Affaires étrangères, Varsen Aghabekian Chahine, a également rejeté toute division territoriale de Gaza et affirmé que l’Autorité palestinienne était prête à assumer « l’entière responsabilité nationale ». « Il ne peut y avoir ni véritable reconstruction ni stabilité durable sans pleine souveraineté palestinienne sur le territoire », a-t-elle déclaré dans un communiqué adressé à Reuters.

Cet article est une traduction d'une information diffusée par Reuters en anglais.

Une partition de facto de la bande de Gaza, entre une zone contrôlée par Israël et une autre administrée par le mouvement islamiste Hamas, apparaît de plus en plus probable, selon plusieurs sources, les efforts pour faire progresser le plan du président américain Donald Trump visant à mettre fin à la guerre au-delà d’un simple cessez-le-feu étant au point mort.Six responsables européens directement impliqués dans la mise en œuvre de la prochaine phase du plan ont indiqué à l'agence Reuters qu'il était pratiquement gelé, et que la reconstruction risquait désormais de se limiter à la zone sous contrôle israélien, ce qui pourrait entraîner des années de séparation.Après l'application de la première phase du plan le 10 octobre, l’armée israélienne contrôle 53 % du territoire, dont une grande...
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