Lettre ouverte à Sa Sainteté Léon XIV
Il y a, au Liban, une conviction qui refuse de mourir : celle qu’il existe toujours une troisième voie.
Non plus celle de la guerre ni celle de la soumission, mais celle de la renaissance.
Cette voie, inaccessible aux puissants, se trace dans le cœur des peuples lorsqu’ils refusent d’être condamnés à l’impossible.
Aujourd’hui, l’État libanais vit l’une des crises existentielles les plus graves de son histoire.
Pays occupé, dépossédé de lui-même, en quête d’un nouveau souffle dans une région où les cartes se redessinent dans la douleur et le sang.
Sans compter qu’à son drame s’ajoute celui, infini, du peuple palestinien, martyrisé depuis plus de soixante-quinze ans, pendant que le monde – aveuglé par l’argent, les armes et l’indifférence – avance vers un futur sans âme.
Et pourtant, il existe une troisième voie.
Quelle est-elle ? Et comment l’atteindre ?
Cette troisième voie, telle que le cœur et l’esprit rendus libres peuvent l’entrevoir, est celle-ci : que les Libanais décident enfin de ne plus être une sphère d’influence, un terrain de manœuvre, un champ de bataille pour autrui – et qu’ils choisissent d’être un État. Au plein sens du mot ; que nous, communautés libanaises, qui refusons souvent de voir ce chemin, cessions de nous égarer dans nos illusions, nos fidélités sectaires, nos appartenances et nos égoïsmes.
Car cette voie existe, qui exige cependant un préalable mondial courageux : la décision par la communauté internationale, collectivement, de soustraire le Liban au jeu des nations.
Non par une nouvelle forme d’occupation ni par la tutelle, mais par une neutralisation pacifique, équitable et consensuelle. Le temps de refonder un État qui appartienne à tous.
En parallèle, elle suppose une décision intérieure : sortir de nos partis, de nos chefs, de nos milices et de nos haines, pour faire nôtre l’idée d’un pays fondé sur le droit, la justice et la dignité partagée.
Un État qui accueille tous ses enfants, sans privilèges ni exclusions.
Ce chemin n’est pas facile. Peut-être est-il même impossible.
Mais il est le seul.
Le seul pour que le Liban redevienne ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un laboratoire d’humanité, un message universel.
Idéalement, le premier acte de cette refondation pourrait être une déclaration internationale scellant la neutralité du Liban, mise en œuvre dans la paix, la raison et l’équité – et symbolisée par la visite de Sa Sainteté Léon XIV, signe d’espérance et d’accompagnement spirituel vers un Liban retrouvé.
Car oui, il existe une troisième voie.
Oui, il est temps, enfin, de l’emprunter.
Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine