Le chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil. Photo d'archives L'Orient-Le Jour
Alors qu’il avait jusqu’ici affirmé son soutien au désarmement par l’État des milices implantées au Liban, le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, a aligné sa position sur ce dossier sur celle du Hezbollah, son ancien allié politique, considérant qu’il ne fallait pas que les armes du parti chiite soient cédées sans contrepartie de la part d’Israël.
Dans une interview parue dans le quotidien proche du Hezbollah al-Akhbar jeudi, le chef de la formation aouniste a qualifié « la question du désarmement » de « carte forte destinée à protéger le Liban ». Cette carte devra, selon lui, servir lors de potentielles négociations avec l’État hébreu à obtenir « des garanties américaines et internationales pour protéger le Liban contre Israël, empêcher la violation de sa souveraineté et la domination sur ses ressources nationales, que ce soit via un accord de défense commune avec les États-Unis ou via une résolution du Conseil de sécurité ».
« Aller, comme cela est proposé aujourd’hui, vers une négociation directe sans aucun projet et en acceptant à l’avance de céder tout ce que nous possédons sans aucune contrepartie, nous ne le soutenons évidemment pas, surtout qu'Israël veut de nous une remise (des armes) sans aucune obligation en retour », a encore déclaré Gebran Bassil.
Le leader chrétien a également affirmé que sa formation, fondée par l’ancien président Michel Aoun, n’était pas opposée à des négociations directes ou indirectes avec Israël. « L’acceptation pure et simple par le Liban, malgré sa position historique contre la négociation et la normalisation, doit avoir un prix (...) Par exemple, il devrait être exigé d’Israël qu’il respecte le cessez-le-feu, qu’il cesse ses agressions, libère les prisonniers et se retire des territoires qu’il occupe, en échange du principe de la négociation », a-t-il ajouté.
« Malheureusement, l’autorité libanaise n’a abordé aucun de ces points et n’a pas élaboré de document définissant ses conditions pour la négociation », a-t-il accusé, regrettant l’absence d'une position unifiée au Liban sur ce dossier et qualifiant de « mascarade » les voix de certains au sein de l’autorité « qui ont promis de retirer de force les armes du Hezbollah tout en assurant à ce dernier qu’aucun ne s’approcherait de son arsenal ».
Ces déclarations surviennent à l’aune d’un nouveau Conseil des ministres consacré au vote des expatriés ainsi qu’au processus de désarmement des milices engagé par le gouvernement pendant l’été, au cours duquel l’armée libanaise doit en principe présenter un autre rapport sur les progrès enregistrés.
Le Hezbollah, qui est l’un des principaux groupes concernés par la mesure, refuse de remettre son arsenal situé au nord du Litani tant qu’Israël occupe encore plusieurs positions au Liban-Sud et bombarde quotidiennement le territoire libanais en violation du cessez-le-feu conclu fin novembre 2024.
L’État hébreu, quant à lui, souhaite obtenir de plus larges concessions libanaises en amont d’une trêve durable, dont le désarmement de la zone allant du sud du fleuve Awali, la cession d’armes lourdes et moyennes, la création d’une zone tampon d’une profondeur de 5 km dans les villages frontaliers, ou encore une entente sécuritaire similaire à l’accord du 17 mai, avec des patrouilles conjointes avec le Liban et une coordination dans un rayon de 10 km, selon certaines informations. Plusieurs signaux indiquent enfin que l’armée israélienne aurait pris la décision d’une escalade militaire.
« Beaucoup d'expatriés ne connaissent pas les candidiats »
Le chef du CPL a également critiqué son rival, le chef des Forces libanaises (FL) Samir Geagea, qui reproche à la formation aouniste de ne pas vouloir réformer la loi électorale de 2017 de manière à permettre à la diaspora de voter pour les 128 députés, alors que celle-ci institue une 16e circonscription leur permettant uniquement d’élire six parlementaires.
« En 2017, nous avons adopté une loi électorale visant essentiellement à corriger la représentation chrétienne (...) À l’époque, la plupart des partis ont accepté et Geagea a célébré cette mesure lors d’une conférence de presse. Aujourd’hui, pour des raisons électorales étroites, il s’oppose à ce projet correctif uniquement parce qu’on lui a demandé, voyant dans le vote des expatriés un moyen de gagner un ou deux sièges supplémentaires, même au prix de billets pour le Liban », a dénoncé Gebran Bassil.
« Certains souhaitent voter pour les candidats au Liban, mais beaucoup des 150 000 votants sur plus de 2 millions ne s’intéressent pas à la situation intérieure et ne connaissent pas les candidats. Geagea affirme à tort que le député des expatriés n’existe qu’en France. C’est faux », a-t-il ajouté.
Il a également considéré que Samir Geagea, dont la formation multiplie les critiques à l’encontre du mandat présidentiel de Michel Aoun (du 31 octobre 2017 au 30 octobre 2022), « vit dans le fantasme d’être le seul dirigeant des chrétiens et cherche à éliminer toute opposition ».
Gebran Bassil n'a enfin pas fermé la porte à une nouvelle alliance avec le Hezbollah lors des législatives de mai 2026, malgré les divergences qui ont mis fin à l'entente des deux formations par le passé.
« Le CPL est ouvert à toutes les forces et peut former des alliances électorales avec n’importe quelle partie, mais cela doit être bilatéral et respecter les intérêts des autres. Certains essaient d’imposer un blocus pour nous empêcher de former des alliances. L’alliance avec le Hezbollah se fait selon l’intérêt et le consentement des deux parties. Nous en connaissons le coût et les avantages, et nous ne voulons pas provoquer un parti simplement parce qu’un acteur extérieur nous menace », a-t-il déclaré.



Seuls l epouse de Bassil et ses enfants lisent et croient a ses histoires farfelues Il change d avis comme il change de sous-vetements
06 h 16, le 09 novembre 2025