« J’entends bien le message, mais c’est la foi qui me manque », Goethe.
Il y a dans ces mots de Goethe une mélancolie que notre époque connaît trop bien. Car jamais les peuples n’auront autant entendu de promesses… et jamais ils n’auront si peu cru à ce qu’on leur dit.
Je me demande, parfois, comment encore accorder le moindre crédit aux déclarations officielles et aux promesses solennelles de Donald Trump – surtout lorsqu’il continue d’annoncer, avec cette assurance théâtrale, des projets héroïques que nul, selon lui, ne pourrait accomplir mieux que lui-même.
Son art oratoire tient du spectacle : la pause avant la phrase, la bouche arrondie en « O », l’air inspiré du prophète de sa propre légende. À chaque mot, il promet. À chaque silence, il s’admire.
Au début, certains veulent croire. Puis vient le doute, puis la lassitude : on découvre un homme pour qui la parole donnée n’est qu’un accessoire de discours, une monnaie qu’on dépense sans jamais la rembourser. Il oublie vite ses engagements, ou peut-être suppose-t-il que les autres ont la mémoire courte.
Et pourtant, dans toute civilisation, il existe un vieux serment moral : la promesse engage. Chez Trump, elle amuse. Chez ses partisans, elle se répète comme un refrain qu’on sait faux, mais qu’on fredonne encore.
Sur le plan intérieur, les États-Unis n’ont pas vu se réaliser les réformes annoncées : la suppression d’Obamacare, restée inachevée ; le grand mur du Sud, que le Mexique devait financer, demeuré un symbole plus qu’une réalité ; la réduction de la dette nationale, remplacée par un record d’endettement.
Sur le plan extérieur, les proclamations furent tout aussi creuses : la paix promise entre Israël et la Palestine s’est évanouie avant même de naître ; la fin des guerres américaines n’est venue qu’après son départ ; la réconciliation avec la Russie et le monde arabe a laissé place à des fractures nouvelles.
Ainsi, de mandat en mandat, l’homme s’est fait mythe. Et le mythe s’est nourri du vide qu’il créait.
Je l’avais écrit : Trump n’est pas un artisan de la paix. Il est un entrepreneur de lui-même.
Son rêve d’un prix Nobel n’a rien à voir avec le désir d’apaiser le monde ; il n’est que le reflet de sa soif d’immortalité politique.
Car l’homme du pouvoir ne cherche pas seulement à régner sur les autres : il veut régner sur la mémoire. Il veut que l’histoire retienne son nom, même si elle oublie la vérité.
Mais la postérité, elle, n’est pas dupe. Elle finit toujours par rendre justice aux faits, et par faire tomber les masques de ceux qui confondent grandeur et vanité.
Nous vivons une époque où la parole a perdu son poids.
Les mots s’envolent avant même d’avoir porté leur sens.
Et pourtant, c’est d’eux que dépend encore la dignité du monde.
Goethe avait raison : nous entendons bien le message, mais c’est la foi qui nous manque.
Peut-être parce que ceux qui parlent trop fort ont vidé les mots de leur âme.
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