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Campus - Guerre Civile

« Beyrouth, 13 avril 1975 : autopsie d’une étincelle » prendra vie sur scène

Adapté et mis en scène par Carole Medawar, interprété par des étudiants de l’UL, le récit de Marwan Chahine sera incarné pour la première fois au théâtre, à la salle Montaigne de l’Institut français de Beyrouth, le vendredi 7 novembre.

« Beyrouth, 13 avril 1975 : autopsie d’une étincelle » prendra vie sur scène

Carole Medawar et les étudiants, de gauche à droite, Amal Korok, Zaynab Afif, Lynn Kazan, Jana Aoun, Nour Rabaa, Georges Farah, ainsi que Ahmad Hamedeh et Vanessa Ghazi. Photo Hamid Awwad

Professeure de littérature française à la section 1 de la faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université libanaise (UL), Carole Medawar a été particulièrement marquée par « le récit engagé » de Marwan Chahine, auteur de Beyrouth, 13 avril 1975 : autopsie d’une étincelle (Belfond).

D’une simple rencontre qu’elle prévoyait entre l’auteur et les étudiants, l’idée a évolué pour se transformer en une adaptation de son ouvrage. Touchée par la « grande sensibilité » de certains passages, celle qui d’habitude s’éloigne des récits historiques finit par monter une représentation de plus d’une heure, déterminée à « restituer la complexité du récit », à « le transformer pour le rendre vivant ». « Sensible au style d’écriture », souhaitant impliquer activement ses étudiants de 3e année de licence et de master, elle décide de transposer sur scène « l’enquête que l’écrivain a menée par le cœur pour renouer avec les sources paternelles, ainsi qu’avec le pays ». Ayant vécu elle aussi l’exil durant sa jeunesse, elle est intriguée par le récit axé sur l’origine de « cette guerre qu’on n’arrive pas à comprendre », ainsi que « les souvenirs distordus ».

« Le Liban est encore en proie à ce mal endémique, marqué par l’incurie, par le fanatisme religieux et politique », note Carole Medawar.

Dans ce contexte, selon cette professeure, « le récit et son adaptation appellent à se désaliéner, à se libérer de ce qui nous empêche de penser par nous-mêmes. C’est un premier pas. Il faut réveiller la jeune génération, susciter sa curiosité », afin de sortir de la pièce « peut-être avec une volonté, au moins, de réfléchir à ce passé ».

D’ailleurs, l’adaptation du récit ne cherche pas à imposer une vérité, selon la professeure. Elle vise « à créer un espace de dialogue, un chantier de mémoire », un espace cathartique également. Il s’agit ainsi « d’assister à cette pièce de théâtre pour se panser et penser ses blessures. On est tous blessés, la nouvelle génération étant touchée par d’autres guerres. C’est une pièce miroir tendue à une société qui ne cesse de se fracturer et de se cicatriser, et se reconstruire », affirme Carole Medawar. Pour l’une des étudiants participant à la pièce, Zaynab Afif, 26 ans, master 2 recherche et parcours littéraire, il s’agit là d’une « invitation à regarder notre histoire sans complaisance, à reconnaître nos blessures, mais aussi à apprendre la tolérance ».

Dégager des repères dans un maquis de versions discordantes

Afin d’adapter ce récit de plus de 500 pages, Carole Medawar, metteure en scène depuis 2004, a dû « sélectionner, condenser et surtout traduire le rythme et la profondeur de l’écriture, dans un langage théâtral », conservant « l’humour, le lyrisme, l’ironie, le regard critique de l’auteur, le tout dans une structure scénique cohérente, une trame qui puisse capter le spectateur », explique celle qui enseigne également le théâtre dans son volet théorique.

La metteure en scène a recouru également à des passages-clés « qui prêtent à réfléchir » et dans lesquels s’expriment des témoins des deux bords, chacun racontant la même scène selon sa perception. « Ces multiples points de vue permettent au spectateur de comprendre la complexité de l’histoire, les distorsions et les fractures de mémoire », souligne Carole Medawar. Évoquant elle aussi la polyphonie du récit, Zaynab Afif avoue y avoir perçu un fil commun, « celui d’un peuple fragmenté, écartelé par les guerres, mais toujours en quête de sens, de compréhension et de réconciliation ».

Accordant à chacun de ses étudiants plusieurs rôles à interpréter, Carole Medawar leur a permis « de dégager des repères dans un maquis de versions discordantes », mais aussi « de s’identifier à certains personnages avec lesquels ils ne sont pas forcément d’accord », de s’approprier les rôles, tout en prenant du recul. « C’est un masque qu’ils vont porter et enlever, puis porter un autre pour incarner un autre personnage. Ils vont par conséquent avoir un regard critique envers les différents points de vue des personnages incarnés. D’où l’importance du théâtre », explique-t-elle.

Afin d’incarner au mieux les personnages du récit, les étudiants ont dû discuter avec leurs parents qui, eux, ont vécu la guerre civile, de même qu’effectuer un travail de recherche et de compréhension approfondie du texte, pour « en saisir toutes les nuances symboliques et émotionnelles », comme l’affirme Nour Rabaa, 23 ans, en 3e année de licence en parcours linguistique. « J’ai travaillé sur le langage du personnage, sur les mots qu’il emploie et sur la manière dont ils traduisent ses blessures et ses espoirs. Avec l’aide de Dr Carole Medawar, nous avons appris à analyser nos rôles comme nous analysons un texte littéraire, en profondeur, avec attention au sens et au non-dit », ajoute cette étudiante.

L’adaptation du récit, un travail réparateur

Pour sa part, Lynn Kazan, 23 ans, en master 2 recherche, parcours littéraire, a essayé d’imaginer la personnalité et l’histoire du personnage qu’elle interprète. Dans ce récit en particulier, « les émotions occupent une place centrale dans la construction de certains personnages. En effet, le personnage que j’interprète dans l’une des dernières scènes, a assisté, enfant, au drame du bus d’Aïn el-Remmané dont il garde des séquelles pesantes jusqu’à l’âge adulte. Donc pour l’incarner, j’ai dû à tout prix imaginer cet instant, avoir de l’empathie et tenter d’en traduire les émotions. Pourtant, je sens parfois que cet exercice n’est malheureusement pas si difficile pour nous qui avons aussi connu la guerre, pas la même, certes, mais la douleur est semblable », confie Lynn Kazan.

Celle-ci avoue, par ailleurs, que ce qui l’a marquée dans les personnages qu’elle joue, c’est qu’ils incarnent « des vies réelles qui ont un rapport direct ou indirect avec la guerre civile libanaise ». Cela a ravivé son empathie envers ces personnages traumatisés, « victimes de l’atrocité et de la noirceur de la guerre ». D’ailleurs, Lynn Kazan souligne que c’est le poids des souvenirs pesant sur l’un des personnages qui l’a surtout marquée, « cette incapacité à échapper au passé troublant qui, malgré les années, demeure gravé à jamais ».

En fin de compte, mener ce projet avec les étudiants les a aidés à changer leur perception de la guerre civile. « Cette expérience m’a permis de passer de la connaissance intellectuelle à la compréhension sensible. Étudier la guerre civile dans un texte, c’est une chose, l’incarner sur scène, c’en est une autre. À travers la parole littéraire, j’ai pu ressentir la douleur, la peur et l’espoir de toute une génération », affirme Nour Rabaa, évoquant l’importance de « donner vie à la parole littéraire » qui peut « s’incarner aussi à travers la voix, le geste et l’interprétation ».

Quant à Zaynab Afif, elle a considéré sa participation à cette représentation non seulement comme « un choix artistique », mais aussi comme « un engagement, un devoir de mémoire ». Il s’agit pour elle de faire connaître notre passé, et de « contribuer à ce que notre mémoire collective prenne vie ». « C’est une manière de dire que, malgré les déchirures, notre histoire mérite d’être entendue, comprise et surtout transmise, pour que la mémoire ne soit plus un fardeau, mais une lumière qui éclaire le chemin de demain ».

Professeure de littérature française à la section 1 de la faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université libanaise (UL), Carole Medawar a été particulièrement marquée par « le récit engagé » de Marwan Chahine, auteur de Beyrouth, 13 avril 1975 : autopsie d’une étincelle (Belfond). D’une simple rencontre qu’elle prévoyait entre l’auteur et les étudiants, l’idée a évolué pour se transformer en une adaptation de son ouvrage. Touchée par la « grande sensibilité » de certains passages, celle qui d’habitude s’éloigne des récits historiques finit par monter une représentation de plus d’une heure, déterminée à « restituer la complexité du récit », à « le transformer pour le rendre vivant ». « Sensible au style...
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