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Culture - Sortir À Beyrouth

L’humain, matière première du Beirut Art Film Festival 2025

Placée sous le thème « Festival pour l’humanité », la 11ᵉ édition du Beirut Art Film Festival met à l’honneur 35 films, deux expositions et quinze interventions dédiées au dialogue entre art et condition humaine, du 4 au 14 novembre.

L’humain, matière première du Beirut Art Film Festival 2025

La 11ᵉ édition du Beirut Art Film Festival met à l’honneur 35 films, deux expositions et quinze interventions dédiées au dialogue entre art et condition humaine. Photos BAFF/Montage L'OLJ

Face à un monde bouleversé par les crises et les fractures, le Beirut Art Film Festival (BAFF) choisit de replacer l’humain au centre de l’attention. Fidèle à son esprit de résistance par la culture, le festival s’apprête à déployer une 11ᵉ édition ambitieuse, où cinéma, art et pensée dialoguent autour d’un même mot d’ordre : l’humanité. « Dans un monde saturé de faux, miné par des guerres interminables, le dérèglement climatique, les crises environnementales et la révolution silencieuse de l’intelligence artificielle, où les droits humains restent menacés, le BAFF donne la parole aux réalisateurs, aux artistes et aux conférenciers qui placent l’humain au cœur de la création, comme un acte de foi et d’espoir. » C’est en ces termes lourds de sens qu’Alice Mogabgab, la directrice du BAFF, a présenté la 11ᵉ édition du festival de films artistiques.

Placée sous le thème « Festival pour l’humanité », cette édition propose 35 films sur l’art, deux expositions et 15 interventions autour de nombreuses rencontres. Les événements se tiendront du 4 au 14 novembre, au théâtre Béryte et à la Bibliothèque orientale de l’Université Saint-Joseph, avant de se déployer à travers le Liban, de janvier à mai 2026, dans quinze centres culturels régionaux : Baalbeck, Baskinta, Byblos, Deir el-Qamar, Hasbaya, Mtein, Nabatiyé, Qaitoule, Roumieh, Saïda, Tripoli, Tyr, Zahlé, Zghorta et Zouk Mikayel. Parmi les expositions phares de cette année figure « Etel Adnan. Poèmes, romans, essais de 1966 à 2021 », la première exposition entièrement consacrée aux textes — poèmes, romans et essais — de l’artiste et écrivaine libanaise, présentés en plusieurs langues. Organisée en collaboration avec la Bibliothèque orientale à l’occasion du centenaire de sa naissance, elle se tient du 22 octobre au 19 décembre. « Cette exposition met en lumière un travail à la fois d’actualité et universel, qui constitue en quelque sorte le berceau de sa peinture », souligne Alice Mogabgab.

Le festival s’ouvrira avec la projection du film Alhambra, le trésor du dernier sultanat d’Espagne de Marc Jampolsky, suivie de la remise du prix Lucioles d’Or à Cynthia Zaven, pianiste, compositrice et artiste sonore, professeure de piano au Conservatoire national supérieur de musique du Liban. Son travail explore les liens entre son, mémoire et identité, à la croisée de la musique, du cinéma et des arts visuels et scéniques. Ses compositions pour formations contemporaines, créations scéniques et bandes originales portent la marque d’une écriture singulière. Elle a collaboré avec des ensembles tels que le Neue Vocalsolisten, l’Ensemble Modern et le quatuor Danapris. On lui doit notamment la musique de films tels que La vallée de Ghassan Salhab ou Tramontane de Vatche Boulghourjian, ainsi que des performances marquantes comme Palestine, A revised narrative, un ciné-concert présenté à Berlin, Londres, Beyrouth et au festival du cinéma muet de Pordenone (Italie). Ses vidéos et installations, où dialoguent archives, sons et images, ont été exposées dans des institutions internationales comme Ars Electronica à Linz, le musée MAXXI de Rome ou encore l’Institute of Contemporary Art de Londres. Ses partitions pour le cinéma ont accompagné des films présentés dans des festivals prestigieux, parmi lesquels Cannes, Berlin, Locarno, Toronto, São Paulo et l'International Documentary Film Festival d'Amsterdam. Ses créations ont d’ailleurs été saluées par plusieurs distinctions internationales. « C’est pour nous un moment capital, où l’on essaie d’honorer une Libanaise pour la qualité de son travail dans le cinéma et dans l’art », insiste Alice Mogabgab.

Des premières et des pépites

Cette 11ᵉ édition fera également la part belle aux Arméniens, avec notamment Words Left Unspoken de Josiane Blanc, un documentaire retraçant le parcours de Joze Piranian, conférencier international et humoriste, qui a passé les vingt premières années de sa vie à éviter de parler en raison d’un bégaiement sévère. Le festival se clôturera avec La couleur de la grenade, la captation du spectacle chorégraphié par Mourad Merzouki, inspiré par l’univers baroque et poétique du film Sayat-Nova, réunissant de jeunes danseurs et compositeurs arméniens.

Autre moment fort : la première mondiale du film D’Istanbul à Beyrouth, de Bagdad au Caire : mille manières d’être moderne, réalisé par Ilana Navarro, cinéaste originaire d’Istanbul et basée à Paris, connue notamment pour Joséphine Baker, première icône noire et Chine, rêves et cauchemars. Présente lors du festival, la réalisatrice viendra présenter son film, qui raconte comment, pour se former aux nouvelles techniques de création, les artistes de l’ex-Empire ottoman ont mis le cap sur l’Europe, un voyage qui les ramène à leurs propres sources et leur permet d’inventer une modernité alternative. Et, comme pour refermer la boucle, le film se conclut sur une évocation d’Etel Adnan.

Le public pourra également découvrir plusieurs autres pépites, dont un film américain consacré à Jean Cocteau par Lisa Immordino Vreeland, qui revisite le génie du poète à travers des archives inédites conférant au film une « richesse exceptionnelle », précise Alice Mogabgab. John Singer Sargent : Fashion & Swagger, de David Bickerstaf, trouve naturellement sa place dans la programmation après les grandes expositions consacrées au peintre américain, dont une est encore en cours au musée d’Orsay. Le BAFF projettera aussi le documentaire Put Your Soul on Your Hand and Walk, coproduction française, palestinienne et iranienne réalisée par Sepideh Farsi, sélectionnée par l’ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion) au festival de Cannes 2025.

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Comme à son habitude, le BAFF mettra également à l’honneur un spectacle musical. Cette année, il s’agira de Ai Weiwei’s Turandot de Maxim Derevianko, qui suit le célèbre artiste chinois dans la mise en scène de l’opéra de Puccini à l’Opéra de Rome, sa toute première incursion dans le monde lyrique. Ce documentaire fait résonner Turandot un siècle après sa création, avec une actualité saisissante, et met en lumière l’engagement d’Ai Weiwei : sa critique des pouvoirs en place, sa défense inlassable de la justice, des droits humains et de la liberté d’expression.

Du côté des débats, la table ronde intitulée « Gaza : histoire, patrimoine et transmission » réunira Anne-Marie Eddé, historienne spécialiste du Proche-Orient médiéval, et René Elter, archéologue et expert du patrimoine palestinien, qui a accompagné les fouilles durant les deux dernières années de guerre.

Ainsi, du 4 au 14 novembre, films et intervenants de qualité rythmeront, au théâtre Béryte, une édition dense et fidèle à l’esprit du festival, dont toutes les recettes seront reversées à la Fondation Aimée Boulos de l’USJ, au profit des étudiants de l’Iesav (Institut d'études scéniques, audiovisuelles et cinématographiques, rattaché à l'USJ). Un plaisir pour les yeux, mais aussi une invitation à nourrir l’esprit, entre découvertes et redécouvertes, à l’ombre de temps bien obscurs.

Car plus qu’un simple festival, le BAFF se veut un espace de transmission et de réflexion.

Retrouvez ici le programme complet

Face à un monde bouleversé par les crises et les fractures, le Beirut Art Film Festival (BAFF) choisit de replacer l’humain au centre de l’attention. Fidèle à son esprit de résistance par la culture, le festival s’apprête à déployer une 11ᵉ édition ambitieuse, où cinéma, art et pensée dialoguent autour d’un même mot d’ordre : l’humanité. « Dans un monde saturé de faux, miné par des guerres interminables, le dérèglement climatique, les crises environnementales et la révolution silencieuse de l’intelligence artificielle, où les droits humains restent menacés, le BAFF donne la parole aux réalisateurs, aux artistes et aux conférenciers qui placent l’humain au cœur de la création, comme un acte de foi et d’espoir. » C’est en ces termes lourds de sens qu’Alice Mogabgab, la directrice du BAFF,...
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