Jane B. et l’un de ses sacs Birkin, toujours plein à craquer. Photo AFP
Un peu plus de deux ans après la disparition de Jane Birkin, l’histoire entre l’artiste franco-britannique et la maison Hermès se poursuit. Le 5 décembre prochain, à Abou Dhabi, les collectionneurs du monde entier auront les yeux rivés sur le marteau de Sotheby’s, qui mettra en vente l’un des sacs personnels de la chanteuse et actrice, le Birkin Voyageur.
Ce modèle en cuir noir patiné, marqué par les voyages et la vie de son illustre propriétaire, a été offert à Jane Birkin par la maison Hermès en 2003. Estimé entre 230 000 et 430 000 dollars, il pourrait, selon les experts, dépasser aisément les 2 millions de dirhams à l’ouverture des enchères, tant la valeur symbolique de l’objet transcende le luxe pour toucher au mythe.
Plus qu’un simple accessoire de mode, ce sac porte sur lui les traces d’une histoire intime et humanitaire. Jane Birkin y avait inscrit, de sa main, une phrase, « Mon Birkin bag qui m’a accompagnée dans le monde entier » – qu’elle rédigea en 2007 lors de la première mise aux enchères du sac au profit de la Fédération internationale des droits de l’homme. L’objet fut alors acquis par un collectionneur privé, avant de réapparaître aujourd’hui sur le marché, près de vingt ans plus tard.
Pour Jane Birkin, vendre ses sacs pour la bonne cause était devenu une tradition. Depuis la première cession, en 1994, du tout premier Birkin original – celui que la maison Hermès avait créé pour elle dix ans plus tôt, après une rencontre fortuite dans un avion avec Jean-Louis Dumas –, la chanteuse n’a cessé de transformer ses objets les plus personnels en instruments de solidarité. Chaque fois qu’elle cédait un sac, Hermès lui en offrait un nouveau. Au total, elle en reçut quatre, qui ont accompagné sa vie comme autant de chapitres d’un roman d’élégance et de générosité.
En juillet dernier, le tout premier de ces modèles, conçu en 1984, avait été adjugé à Paris pour près de 10 millions de dollars (8,6 millions d’euros), devenant le sac le plus cher jamais vendu aux enchères. Cette nouvelle vente, à peine quelques mois plus tard, conforte l’aura quasi mystique entourant le Birkin, objet à la croisée du design, de la culture et de la légende.
« Présenter non pas un, mais deux sacs personnels de Jane Birkin en une seule année relève de l’événement », confie Morgane Halimi, responsable mondiale des sacs à main et de la mode chez Sotheby’s. « Ce Birkin Voyageur offre aux collectionneurs un lien d’une rare intimité avec la femme à l’origine du sac le plus emblématique du monde. » Surnommé « Voyageur » pour son inscription et sa patine d’itinérance, le sac témoigne du rapport singulier de Birkin à la mode : un mélange de nonchalance et de sincérité, où le luxe se froisse, se vit, se donne. Comme la chanteuse elle-même, qui n’a jamais craint de transformer un symbole de richesse en instrument d’humanité.
Le Birkin Voyageur sera exposé du 2 au 5 décembre au St Regis Saadiyat Island Resort, à Abou Dhabi, avant de passer sous le marteau. Plus qu’un simple objet de collection, il incarne à la fois la mémoire d’une femme libre et l’histoire d’un sac devenu, presque malgré lui, une icône culturelle et philanthropique.



