Privé de majorité absolue au Parlement et entouré d'alliés indignés par le cessez-le-feu à Gaza, concédé sous pression américaine, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'est fixé un nouveau cap: les prochaines élections.
Phénix de la politique israélienne, M. Netanyahu, à la tête à 76 ans d'un des gouvernements les plus à droite de l'histoire du pays, détient le record de longévité à son poste, avec plus de 18 années de pouvoir cumulé depuis 1996.
Mais il ne dispose plus que d'une majorité relative - 60 députés sur les 120 de la Knesset - après le départ en juillet d'un parti ultra-orthodoxe l'accusant d'avoir trahi sa promesse d'une loi garantissant l'exemption de leur communauté du service militaire.
Les vacances parlementaires d'été ont mis le gouvernement à l'abri des motions de censure, mais la reprise, le 20 octobre, des travaux de la Knesset est lourde de menaces pour l'exécutif.
Après deux ans de guerre contre le Hamas, M. Netanyahu a finalement accepté, sous la pression de Donald Trump, un accord de cessez-le-feu avec le mouvement islamiste palestinien, entré en vigueur le 10 octobre.
Ses alliés d'extrême droite ont dénoncé avec véhémence cet accord, qui prévoit in fine un retrait israélien de la bande de Gaza, et font monter les enchères pour rester au sein de la coalition gouvernementale.
- Juin 2026? -
Celle-ci "sort fragilisée de l'accord de cessez-le-feu", relève Michael Horowitz, analyste indépendant.
"Pour Netanyahu [...] la question n'est plus tant de préserver sa coalition jusqu'au bout que de se positionner pour être à même de gagner les prochaines élections - quitte à ce qu'elles soient anticipées", décrypte-t-il pour l'AFP.
Alors que l'actuelle législature doit s'achever en novembre 2026, M. Netanyahu a annoncé le 18 octobre qu'il briguerait un nouveau mandat, s'affirmant sûr de sa victoire.
Et malgré un fort mécontentement populaire vis-à-vis du gouvernement, son parti de droite, le Likouk, reste en tête des intentions de vote dans tous les sondages récents.
Jugé pour plusieurs affaires de corruption, M. Netanyahu est assuré d'être réélu à la tête du Likoud, faute d'autres candidats, fin novembre.
Le Premier ministre peut provoquer des élections anticipées, ou se retrouver poussé à un nouveau scrutin par un lâchage d'une des formations alliées.
Plusieurs journalistes israéliens dont l'influent Amit Segal, crédité d'être proche de M. Netanyahu, avancent la date de juin 2026 pour un scrutin anticipé à l'initiative du Premier ministre.
Son ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, a déjà menacé de retirer son soutien si son projet de loi en faveur de "la peine de mort pour les terroristes" n'était pas mis au vote à la Knesset d'ici au 9 novembre.
Outre ses divergences avec ses partenaires d'extrême droite, partisans d'une reprise de la guerre à Gaza et de la recolonisation de ce territoire palestinien - dont Israël s'était retiré unilatéralement en 2005 - M. Netanyahu est aussi mis sous pression par le parti ultra-orthodoxe séfarade Shass.
Shass, qui compte 11 élus, a pris ses distances avec le gouvernement: ses ministres en ont démissionné en juillet, sur la question de l'exemption du service militaire pour les étudiants des yéshivas (écoles talmudiques), sans formellement quitter la coalition.
- Cuisine électorale -
Pour garder le pouvoir, M. Netanyahu doit surmonter une série d'obstacles.
Sur la question de la conscription des juifs ultra-orthodoxes, il est pris en étau entre Shass, qui fait de l'inscription de l'exemption dans la loi une condition non négociable de son maintien dans la majorité, et l'extrême droite et une bonne partie du Likoud qui poussent au contraire à la conscription des ultra-orthodoxes.
Si le fragile cessez-le-feu tient, il devra aussi trouver des solutions pour l'après-guerre à Gaza susceptibles de contenter ses partenaires d'extrême droite.
Ces derniers réclament, en contrepartie de ce qu'ils perçoivent comme un renoncement sur Gaza, un vote sur l'annexion au moins partielle de la Cisjordanie occupée, projet auquel M. Trump a opposé un veto catégorique.
Selon le quotidien économique Calcalist, la coalition gouvernementale prévoit de faire voter rapidement des lois lui offrant de plus grandes chances de victoire au prochain scrutin.
Il s'agirait notamment de faire baisser le seuil des suffrages nécessaires pour entrer au Parlement, un cadeau au ministre des Finances Bezalel Smotrich, dont le parti d'extrême droite Sionisme religieux ne passerait pas la barre actuelle en cas d'élections, selon plusieurs sondages.
Ou encore d'abaisser la majorité électorale à 17 ans, ce qui donnerait un avantage aux partis ultra-orthodoxes, compte tenu de la démographie de leur électorat.
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© Agence France-Presse


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