Les deux lauréates Rita Hleihel et Yara Salem. Photo AUF
C’est son projet de recherche, centré sur « l’identification de l’oncoprotéine NPM1 dans les tumeurs solides et hématologiques », et qui « s’intéresse en particulier aux mécanismes moléculaires impliqués dans la métastase responsable de près de 90 % des décès liés au cancer », qui a valu à Rita Hleihel, chercheuse associée en hématologie et oncologie au sein du département de médecine interne de la faculté de médecine de l’Université américaine de Beyrouth (AUB), le prix Dolla Karam Sarkis 2025.
« Malgré les progrès thérapeutiques récents, la métastase demeure aujourd’hui incurable. Le cancer du sein figure parmi les cancers les plus fréquents dans le monde, avec un taux de d’incidence et de mortalité particulièrement élevé au Moyen-Orient », explique la jeune doctorante. Ce projet, visant un impact scientifique, médical et sociétal durable, contribue de manière concrète à la compréhension et à la prise en charge d’un enjeu de santé majeur au Liban, poursuit-elle en confiant : « Recevoir ce prix est un immense honneur d’autant plus qu’il porte le nom de Dolla Karam Sarkis, une femme exceptionnelle dont les contributions à la science demeurent une source d’inspiration. »
L’autre lauréate, Yara Salem, est docteure en chimie et génie des procédés, chercheuse rattachée au département des technologies de l’information et de la gestion des opérations de l’Université libano-américaine (LAU). Elle étudie « la valorisation durable des résidus de brasserie, un déchet sous-exploité de l’industrie brassicole libanaise, qui transforme les déchets agricoles en produits naturels efficaces pour la santé et la beauté ». « L’objectif de ce projet est d’extraire des biomolécules bioactives bénéfiques pour la santé, puis de les encapsuler dans des nanoparticules afin d’améliorer leur stabilité, leur biodisponibilité et leur efficacité biologique », explique-t-elle. « Mon projet de recherche s’inscrit dans une démarche d’économie circulaire avec des applications durables et potentielles dans la nutrition, la pharmacie et la cosmétique. »
Placés sous le signe de la recherche et de l’excellence, les travaux de recherche ont été évalués en fonction de leur qualité et de leur originalité, de leur impact scientifique, technologique et social, de leur pertinence par rapport au contexte national libanais, ainsi que de leur dimension francophone, précise Jean-Noël Baléo, directeur régional de l’AUF Moyen-Orient, lors de la remise du prix aux deux lauréates qui ont chacune reçu une dotation de 5 000 euros pour leurs travaux.
Perpétuer la mémoire d’une grande scientifique libanaise
« Au-delà de l’importance de ce prix, créé par l’AUF Moyen-Orient en 2024 et qui récompense deux jeunes chercheurs libanais apportant une réponse scientifique à une problématique nationale, c’est toute la volonté de l’AUF qui se manifeste : perpétuer la mémoire de la professeure Dolla Karam Sarkis, une grande chercheuse disparue tragiquement en 2023 et ayant collaboré longtemps avec l’AUF », souligne Jean-Noël Baléo, non sans émotion. « Elle incarnait la vitalité et la joie de vivre. Aujourd’hui, on ne peut trouver mieux pour honorer son souvenir que de célébrer la vitalité de la génération montante de jeunes et brillants scientifiques libanais, en leur décernant ce prix en son nom. »
Ancienne vice-rectrice à la recherche de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth et ancienne doyenne de sa faculté de pharmacie, Dolla Karam Sarkis a marqué de son empreinte plus de vingt ans de collaboration active au sein des instances scientifiques et de gouvernance régionales et globales de l’AUF. Prenant la parole lors de la cérémonie de remise du prix organisée le 15 octobre au Centre d’employabilité francophone de Beyrouth, la Dre Anne-Sophie Sarkis, sa fille aînée, a fait part de son émotion en voyant le nom et l’esprit de sa mère perdurer à travers ce prix, « symbole d’un engagement scientifique et humain toujours vivant ».
Le Pr Roland Tomb, président de la commission régionale d’experts économiques et scientifiques de l’AUF Moyen-Orient, a également salué avec émotion la mémoire de Dolla Karam Sarkis, souhaitant aux deux lauréats « d’avoir le même entrain et le même enthousiasme que celle qui fut une locomotive pour l’USJ ».
Le recteur de l’AUF, Pr Slim Khalbous, a, quant à lui, souligné « les convictions incroyables, les valeurs de partage, de solidarité ainsi que son amour pour la science, que la chercheuse défendait farouchement ». « Cet événement, que nous allons poursuivre chaque année, nous permettra de nous rappeler tout ce qu’elle était et la symbolique qu’elle portait pour la francophonie en général et pour la recherche en particulier. » Il a également relevé l’importance que l’AUF accorde à la valorisation de la diversité de la production scientifique, une cause que Dolla Karam Sarkis incarnait pleinement.
Et de conclure : « La connaissance a toujours été une composante du développement. Aujourd’hui, l’essentiel est que les scientifiques puissent s’exprimer de manière simple sur des problèmes complexes, afin que les politiques puissent appliquer ces connaissances et trouver des solutions adaptées à nos pays. »



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