C’était un mardi matin, il y a déjà quinze ans.
Talal est entré dans notre chambre pour nous dire au revoir à son père et moi avant de partir à l’école.
Il souriait. Il était heureux.
Il n’est plus jamais rentré à la maison.
Ce matin-là, un conducteur avait fait un choix criminel sans le savoir,
et mon fils en a payé le prix de sa vie.
Je lui ai fait une promesse ce jour-là, que sa mort ne serait pas vaine.
Tout a commencé avec une question qui me rongeait l’esprit : combien d’autres mères se retrouveraient là où je me tenais ?
Combien d’autres familles seraient brisées par un instant de négligence, un système défaillant, un pays qui avait normalisé le carnage sur ses routes ?
Le Liban perd des vies chaque jour sur ses routes – non pas parce que le destin est cruel, mais parce que nous avons accepté le chaos.
J’ai appris que le deuil ne s’arrête pas à la mort. Il se transforme.
Le mien est devenu un engagement et la promesse à Talal tenue…
Quinze ans plus tard, les routes du Liban demeurent dangereuses et nos systèmes restent sous pression.
Au premier semestre 2025, on a recensé 6 000 blessés et 207 morts, contre 5 400 blessés et 154 morts à la même période en 2024.
La tendance ne faiblit pas.
Aujourd’hui grâce aux efforts de « Roads for Life – The Talal Kassem Fund for Post Accident Care », il existe au Liban des médecins et infirmiers urgentistes formés, des ambulanciers formés et équipés, des citoyens conscients de l’importance des soins à donner aux victimes dans la période d’or qui suit un accident.
Et chaque fois qu’une vie est sauvée, chaque fois qu’un jeune rentre chez lui sain et sauf, c’est un pas vers le pays que nous méritons tous… Un pays où les routes sont faites pour la vie, non pour la mort.
Fondatrice de Roads for Life

