Rechercher
Rechercher

Campus - Événement

À l’USJ, un colloque international braque la lumière sur le rôle fondamental des sciences humaines

La faculté des lettres et des sciences humaines réunit, le 22 octobre à l’amphithéâtre Pierre Y. Abou Khater, d’influentes personnalités du monde académique pour cet événement organisé en partenariat avec Beyrouth Livres.

À l’USJ, un colloque international braque la lumière sur le rôle fondamental des sciences humaines

Myrna Gannagé (à gauche) et Stéphanie Jabre, coorganisatrices du colloque international « Que peuvent les sciences humaines », le 22 octobre à l’USJ. Photo Rita Bacha

Dans un monde bouleversé par l’intelligence artificielle et les avancées technologiques, les sciences humaines peinent à conserver leur rayonnement. « Aujourd’hui, face à l’émergence des nouvelles technologies et l’évolution de l’intelligence artificielle, qui prennent une place croissante dans notre quotidien, les sciences humaines n’attirent plus autant les étudiants qu’autrefois, relève Myrna Gannagé, doyenne de la faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université Saint-Joseph (FLSH). Cette réalité préoccupante justifie l’organisation de ce colloque, dont l’objectif est de réaffirmer la légitimité et la puissance d’action des sciences humaines dans un monde marqué par l’accélération des mutations technologiques et par une série de crises multidimensionnelles. »

Stéphanie Jabre, cheffe du département de lettres françaises et coorganisatrice du colloque aux côtés de Pamela Krause, directrice du programme de philosophie, et de Myrna Gannagé, insiste sur le fait que « les sociétés contemporaines ne sauraient être réduites à de simples modélisations algorithmiques ». « Pour comprendre pleinement les enjeux actuels, il est indispensable de faire appel aux disciplines des sciences humaines, car elles permettent d’accéder à ce qui échappe aux logiques du mesurable et à la standardisation des comportements, offrant ainsi une vision globale des transformations qui traversent notre monde. C’est précisément cette nécessité d’une compréhension approfondie qui explique pourquoi les crises écologiques, géopolitiques, économiques ou identitaires ne peuvent être abordées uniquement sous l’angle des réponses techniques. On ne peut espérer répondre efficacement au changement climatique sans en saisir l’histoire, ni appréhender les conflits identitaires sans analyser les récits collectifs ni encore se situer dans un monde globalisé sans en comprendre les dynamiques culturelles. » Loin de chercher à rivaliser avec la précision ou la rigueur des sciences exactes, les sciences humaines jouent un rôle complémentaire et fondamental. « Elles reposent sur la capacité à poser des questions, à donner du sens aux phénomènes, à susciter la réflexion et à guider les choix moraux », poursuit Myrna Gannagé. Pour elle, cette approche constitue « la véritable force des sciences humaines : elles orientent les décisions, établissent des cadres éthiques et favorisent une réflexion partagée, ce qui permet non seulement d’agir, mais surtout de le faire de manière éclairée ».

Les sciences humaines : une réponse aux défis contemporains

Pour attirer les jeunes vers le domaine des sciences humaines, il faut les convaincre « qu’une société ne peut pas évoluer sans les disciplines des sciences humaines », que « celles-ci peuvent être reliées aux domaines auxquels ils sont sensibles – les enjeux sociaux, environnementaux, politiques – et qu’elles peuvent éclairer les problématiques contemporaines qu’ils vivent au quotidien », affirme encore Stéphanie Jabre. La FLSH l’a bien compris. C’est dans cette optique qu’elle réunit, le 22 octobre à l’amphithéâtre Pierre Y. Abou Khater, des personnalités influentes du monde académique libanaises et étrangères, appelées à réfléchir ensemble sur le pouvoir propre des sciences humaines dans un monde dominé par les logiques d’efficacité immédiate. Les intervenants exploreront ainsi le rôle des sciences humaines dans la compréhension et la résolution des crises contemporaines – qu’elles soient écologiques, identitaires ou technologiques –, mais aussi leur contribution à l’éclairage des enjeux bioéthiques, à l’analyse critique des transformations induites par l’intelligence artificielle, et à la construction et la transmission des mémoires collectives. Ils aborderont également la capacité des sciences humaines à rendre compréhensibles les expériences du trauma et de la vulnérabilité, à analyser les structures symboliques qui orientent nos choix politiques et technologiques, et à nourrir une pensée éthique indispensable à la vie collective.

Parmi les intervenants figurent : Stéphane Baquey (Université d’Aix-Marseille), qui soulèvera l’enjeu de la diction des milieux, entre poétique et sciences humaines ; Hervé Flanquart (Université du Littoral Côte d’Opale), traitera « l’acceptabilité habitante des technologies visant à faire face au changement climatique » ; Boris Cyrulnik (Université de Toulon), qui proposera « un nouveau regard sur le psychisme » ; Pamela Krause (USJ), qui explorera « le lien entre philosophie et soin, pour une épistémologie psychiatrique » ; Antoine Abi Daoud (USJ), qui interrogera « l’obsolescence des sciences humaines » ; Jim Gabaret (Université Paris 1), qui présentera « les nouvelles modalités créatives et effets esthétiques des modèles génératifs » ; Nizar Hariri (IFPO), qui réfléchira sur « le rôle des sciences humaines face aux crises environnementales » ; et Yvonne Saaybi (USJ), qui évoquera « le pouvoir du récit dans l’accueil de la maladie ».

D’autres intervenants, tels que Taos Babour (IFPO), Nasri Messarra (USJ), Julie Tegho (USJ) et Nay Soueidy (USJ) viendront enrichir cette réflexion collective, chacun selon sa spécialisation, pour montrer que les sciences humaines, loin d’être un luxe académique, demeurent un levier essentiel de compréhension, de lien et d’action dans le monde d’aujourd’hui.

Les métiers des sciences humaines : un vaste champ qui se développe

Les compétences que les sciences humaines permettent de développer – analyse, compréhension des comportements, esprit critique et sens éthique – sont aujourd’hui sollicitées dans de nombreux secteurs. Dans les médias et la communication, ainsi que dans les entreprises privées, la psychologie et la sociologie permettent de mieux comprendre les dynamiques de groupe et d’optimiser la gestion des équipes. Dans le domaine de l’éducation, ces disciplines contribuent à former des citoyens responsables tout en tenant compte des réalités sociales et culturelles. Elles sont également mobilisées dans le domaine de l’urbanisme et l’environnement, les métiers du livre, la recherche et l’enseignement supérieur, ainsi que dans des ONG nationales et internationales. « Il serait d’ailleurs réducteur de croire que les sciences humaines et les technologies avancées évoluent dans des sphères séparées, souligne Myrna Gannagé. Bien au contraire, elles se complètent et dialoguent étroitement : les sciences humaines permettent d’humaniser la technologie, en intégrant les besoins, les comportements et les valeurs humaines au cœur des innovations. » Et de conclure : « Ce colloque propose de réfléchir à ce que peuvent les sciences humaines, cette source inépuisable de pensée sur l’homme et ses interactions avec le monde. Leur contribution est indispensable pour naviguer dans la complexité du monde contemporain. Redonner à ces disciplines la place qui leur revient, c’est reconnaître leur rôle crucial dans la compréhension des sociétés, dans le questionnement des valeurs et dans le dialogue fécond entre le passé et le présent. »

Dans un monde bouleversé par l’intelligence artificielle et les avancées technologiques, les sciences humaines peinent à conserver leur rayonnement. « Aujourd’hui, face à l’émergence des nouvelles technologies et l’évolution de l’intelligence artificielle, qui prennent une place croissante dans notre quotidien, les sciences humaines n’attirent plus autant les étudiants qu’autrefois, relève Myrna Gannagé, doyenne de la faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université Saint-Joseph (FLSH). Cette réalité préoccupante justifie l’organisation de ce colloque, dont l’objectif est de réaffirmer la légitimité et la puissance d’action des sciences humaines dans un monde marqué par l’accélération des mutations technologiques et par une série de crises...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut