Le Premier ministre français Sébastien Lecornu répond aux députés à l'issue d'un débat faisant suite à son discours de politique générale devant l'Assemblée nationale, chambre basse du Parlement français, à Paris, le 14 octobre 2025. Photo Thomas SAMSON / AFP
Si la perspective de la censure s'éloigne pour le Premier ministre français Sébastien Lecornu, les tensions politiques sont loin d'être retombées, les parlementaires s'apprêtant à plonger dans des débats budgétaires qui promettent d'être épiques.
Mercredi, le Premier ministre est arrivé au Sénat pour une déclinaison de sa déclaration de politique générale - où il devrait développer ses intentions en matière de décentralisation. En décidant de suspendre la réforme des retraites, « jusqu'à l'élection présidentielle » prévue en 2027, il a obtenu que les socialistes ne votent pas les motions de censure présentées par la gauche radicale et l'extrême-droite. Et privé ainsi a priori ceux qui ont juré de faire tomber son gouvernement d'une vingtaine de voix nécessaires pour atteindre la majorité absolue.
La présidente du Rassemblement national (extrême-droite) Marine Le Pen a fait contre mauvaise fortune bon cœur : si le gouvernement ne tombe pas jeudi, il « ne tiendra pas sur la durée », a-t-elle assuré en prévoyant une dissolution « dans trois semaines ou dans trois mois ».
Car le Parlement va entrer en terrain inconnu avec la promesse de Sébastien Lecornu de lui laisser le dernier mot. En s'abstenant de recourir à l'article 49.3 de la Constitution qui a permis l'adoption de tous les budgets sans vote depuis 2022. Cette mise en retrait de l'exécutif - même s'il dispose d'autres moyens pour faire avancer les débats - risque de faire de l'Assemblée un champ de bataille permanent.
La volonté affichée par Sébastien Lecornu de négocier des compromis pourrait se heurter à la tentation de certaines oppositions de provoquer l'enlisement des débats. Les majorités risquent en outre d'être variables en fonction des sujets et de... l'assiduité des parlementaires.
Déjà la suspension de la réforme des retraites n'est à ce stade qu'une annonce. Le Premier ministre s'est borné à assurer que le gouvernement la soumettrait aux parlementaires « dès le mois de novembre ». Face à l'opposition ou a minima l'abstention d'une large partie du camp présidentiel et de la droite - l'extrême-droite et la gauche radicale (LFI) n'ont pour l'instant pas confirmé qu'ils voteraient cette suspension.
De surcroît, au-delà de leur « victoire » sur les retraites, les socialistes qui font « le pari » du débat parlementaire entendent mener bataille, vote par vote, sur toute une série de mesures fiscales, sociales ou touchant à la santé.
Ces mesures font partie de l'effort budgétaire défendu par le gouvernement pour tenter de réduire le déficit budgétaire du pays. Ce qui promet des débats houleux avec le camp présidentiel et la droite - notamment sénatoriale - qui ont du mal à avaler la concession faite sur les retraites.
Si Sébastien Lecornu a reconnu que le projet de budget était « une copie de départ » ouverte à « négociation », l'exécutif s'étant laissé une marge sur son objectif initial de déficit à 4,7% du PIB l'an prochain, il s'est posé en « garant » du retour sous les 3% en 2029, un niveau permettant de stabiliser la dette.


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