Qui a tué Asmahan ? de Nadia Hathroubi-Safsaf et Laure Ibrahim, Alifbata, 2024, 112 p.
Qui a tué Asmahan ? C’est le titre d’un album de bande dessinée écrit par l’autrice franco-tunisienne Nadia Hathroubi-Safsaf et dessiné par l’autrice libanaise Laure Ibrahim, publié aux éditions Alifbata.
Mais c’est aussi une vraie question, tant les circonstances de la mort d’Asmahan, survenue le 14 juillet 1944 dans un accident de voiture, sont troubles et soulèvent le doute. Sa vie elle-même est pleine de zones d’ombre : ne l’a-t-on pas dite espionne, au service d’un camp, puis de l’autre ? N’a-t-elle pas défié reines et hommes puissants : tous ceux qui pensaient pouvoir exercer sur elle un pouvoir illusoire ?
L’album adopte une forme narrative proche de celle des biographies en BD du duo Catel et Bocquet : c’est-à-dire une vie racontée en petites séquences, séparées par des ellipses parfois brèves, parfois longues de plusieurs années. Chaque fragment synthétise à sa façon une période. Et cette synthèse prend d’autant plus de force que les scènes paraissent volées au quotidien : naturelles, habitées, en mouvement. Les dialogues écrits par Nadia Hathroubi-Safsaf sont pleins de piquant. Les mots qu’elle met dans la bouche d’Asmahan portent toute la complexité de son personnage : chargés tour à tour de colère, d’humour, de révolte, d’assurance, d’aspirations ou d’ennui. Car la vie d’Asmahan, reflet de son tempérament, est bouillonnante et changeante. Le dessin de Laure Ibrahim, quant à lui, est empreint de fraîcheur et d’inventivité. Son trait épais mène le regard vers l’essentiel : le jeu d’acteur des personnages. Et dans cet art, Laure Ibrahim excelle. Les personnages, Asmahan en tête, ne jouent pas de rôles : ils sont humains.
Après avoir refermé l’album, il ne nous reste plus qu’à redécouvrir avec une oreille et un œil neufs les enregistrements et les films de la diva.
Laure Ibrahim au festival
Asmahan et les divas arabes, lecture dessinée, samedi 25 octobre à 15h30, ESA (Grande Scène).