Si tous les regards étaient rivés sur le dossier de Raouché lors du Conseil des ministres de lundi, cela ne signifie pas que le premier compte rendu mensuel de l’armée sur l’application de son plan pour le monopole des armes n’a pas suscité l’intérêt des présents. Selon un membre du gouvernement, l’exposé du commandant en chef de l’armée, Rodolphe Haykal, a surpris les présents par sa précision et les informations qu’il renfermait. De l’avis de plusieurs ministres, cet exposé a constitué le moment fort de cette réunion du gouvernement, notamment par les perspectives qu’il ouvre dans la région située au sud du Litani.
Cet exposé détaillé, réalisé avec des cartes et des images du terrain, devrait rester secret pour des raisons militaires. Mais les présents ont pu saisir l’importance du travail accompli ainsi que les enjeux cachés derrière cette mission.
Pour commencer, certaines sources affirment que le général Haykal pourrait réclamer un mois supplémentaire - jusqu'à la fin de l'année donc - pour pouvoir achever la première partie du plan qui concerne la région au sud du Litani. Pour rappel, le plan de l’armée s’étale sur plusieurs étapes et la région au sud du Litani est sans doute la plus cruciale, puisque c’est dans cette zone qu’il peut y avoir une confrontation directe entre les combattants du Hezbollah et les soldats israéliens. Au-delà de cette zone, la confrontation ne peut se faire qu’à travers des attaques ciblées, voire l’envoi d’équipes de commandos pour accomplir des missions précises.
Dans la zone située au sud du Litani, l’armée libanaise affirme ainsi avoir démantelé 80 % des positions du Hezbollah et cette information est confirmée par la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) ainsi que par les déclarations des membres de la commission de surveillance, appelée « le mécanisme ». Pour réaliser cela, l’armée a augmenté ses effectifs au Sud, comme prévu dans l’accord de cessez-le-feu, et elle utilise de nouveaux moyens de surveillance pour détecter les dépôts d’armes cachés ou les tunnels souterrains. Mais pour pouvoir achever totalement sa mission, l’armée a besoin de plus de moyens, ce que le général Haykal a longuement détaillé devant les ministres.
Il faut signaler à ce stade que l’armée ne détruit pas systématiquement les armes dont elle s’empare, ne se débarrassant que des stocks de munitions qui ont une date d’expiration et des armes qui ne peuvent pas être utilisées. Sinon, les autres sont placées sous son contrôle, en attendant que leur sort définitif soit tranché. Selon les explications de l’armée, la coordination est satisfaisante entre elle et le Hezbollah, qui a accepté l’idée de ne plus avoir de présence militaire dans la région située au sud du Litani. Dans certains cas, c’est même le Hezbollah qui signale à l’armée ses dépôts.
Pour la troupe, le plus important, c’est de protéger le territoire mais aussi les citoyens, et d’établir avec eux une relation de confiance. Les militaires déployés au Sud comptent d’ailleurs beaucoup sur la population sur place pour mener à bien leur mission. C’est pourquoi la réalisation de la première étape du plan de l’armée concernant la région au sud du Litani ne semble poser aucun problème insurmontable. Ce que certains milieux diplomatiques ou militaires étrangers considèrent comme de la lenteur dans l’achèvement de la première étape du plan qui serait essentiellement dû au manque de moyens à la disposition de l’armée. Et c’est donc par là qu’il faut commencer pour accélérer le processus.
Si l’armée veut éviter une confrontation, cela ne signifie pas non plus qu’elle ne prendra pas totalement le contrôle de la région au sud du Litani comme le prévoit son plan. Selon l’armée, il s’agit là d’une décision irrévocable. Toutefois, elle préfère dans toutes ses démarches recourir à la méthode douce et à la persuasion. Exactement comme elle le fait dans la lutte contre les trafiquants de drogue, dans la Békaa, en essayant de faire comprendre aux tribus qui contrôlent la région que le fait d’abriter ces derniers n’est pas en leur faveur et peut même se retourner contre elles. Elle a d’ailleurs réussi de grands coups dans ce domaine au cours des semaines précédentes. La troupe cherche donc surtout à montrer à la population du Sud les avantages qu’elle pourrait tirer de la présence de l’armée dans cette région.
Au final, l’armée estime pouvoir achever son contrôle de la région au sud du Litani. Elle poursuit sa mission en essayant de rester en dehors des considérations politiques. Une fois la région au sud du Litani entièrement placée sous son contrôle, elle pourra passer à la seconde étape du plan... Mais il faudra aussi que les Israéliens se retirent des positions qu’ils continuent d’occuper. Cette question est d’ailleurs régulièrement évoquée dans les réunions de la commission de surveillance, mais, pour l’instant, aucune mesure concrète n’est prise en ce sens.


L'Inde condamne l'attaque d'un navire au large d'Oman
Excellent article sauf l’auteure se fait de plus en plus rare, ce qui déplaît aux lecteurs qui l’apprécient.
14 h 10, le 08 octobre 2025