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Négociations pour Gaza : les principaux négociateurs du Hamas et d'Israël


Un homme et des enfants passent devant des tentes abritant des personnes déplacées par la guerre, installées près de la mosquée Cheikh Hamad bin Khalifa Al-Thani fortement endommagée, dans le complexe résidentiel Hamad City construit par le Qatar au nord-ouest de Khan Younes, dans le sud de la bande de Gaza, le 6 octobre 2025. Photo AFP/BASHAR TALEB

Israël et le Hamas ont entamée lundi des négociations indirectes pour mettre fin à deux ans de guerre à Gaza menées respectivement par Ron Dermer, un proche conseiller du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, et Khalil al-Hayya, un ténor du mouvement palestinien ayant survécu à une attaque israélienne au Qatar en septembre.


- Khalil al-Hayya -


Négociateur en chef du Hamas, Khalil al-Hayya est considéré comme l'une des figures modérées du mouvement islamiste héritant de la tâche de parvenir à un accord de cessez-le-feu lors des discussions qui ont lieu à Charm el-Cheikh, en Egypte. 

Grand, large d'épaules, barbe blanche soigneusement taillée, il dirige en exil le mouvement dans la bande de Gaza, un territoire resté malgré les destructions le centre de gravité du Hamas, qui y dispose de branches sécuritaires et militaires comptant des dizaines de milliers de membres.

Ce sexagénaire a survécu, avec d'autres dirigeants du Hamas, à une tentative d'assassinat d'Israël au Qatar en septembre ayant fait plusieurs morts, dont un de ses fils et son directeur de bureau.

Né en janvier 1960 à Gaza-ville, cet homme que les Palestiniens appellent Abou Ossama a grandi dans une famille conservatrice et religieuse, avant d'étudier à l'Université islamique de Gaza, puis d'obtenir une maîtrise en Jordanie et un doctorat en droit islamique au Soudan. 

Khalil al-Hayya a passé trois ans dans une prison israélienne à la fin des années 1990 pour appartenance au Hamas, organisation classée « terroriste » par les Etats-Unis, Israël et des pays européens, et survécu à deux autres tentatives d'assassinat, en 2007 et en 2014. 

Plusieurs membres de sa famille, dont son fils aîné, avaient été tués, et il a également perdu d'autres proches lors d'un raid israélien dans les premiers mois de la guerre déclenchée par l'attaque sans précédent du Hamas contre le sud d'Israël le 7 octobre 2023.

Il avait été élu député en 2006, lors des dernières élections législatives palestiniennes tenues à ce jour. En 2017, il devient vice-président de la direction politique du Hamas pour la bande de Gaza avant de succéder à Yahya Sinouar, le chef local du mouvement tué par Israël en octobre 2024. 

Selon un proche, membre du Hamas, Khalil al-Hayya fait preuve d' « intelligence et de sagesse » et de « calme » dans la prise de décisions, et est connu pour son tempérament à la fois « conservateur et pragmatique. »

« Il ne s'emporte pas facilement et est respecté de tous les membres du bureau politique et des commandants militaires », ajoute ce responsable.

M. al-Hayya entretient aussi des relations « privilégiées » avec le Jihad islamique palestinien et le Hezbollah libanais, et des pays arabes comme le Qatar, l'Egypte et l'Algérie, en plus de liens étroits avec l'Iran, principal soutien financier et militaire du mouvement, ajoute ce responsable sous le couvert de l'anonymat.

Le fait d'avoir perdu trois de ses enfants et plusieurs membres de sa famille « lui a valu une grande sympathie » de la part des Palestiniens, estime Yasser Abou Hein, analyste politique gazaoui, pour qui la dernière tentative d'assassinat à Doha a fait de M. al-Hayya « une icône et un symbole de la lutte palestinienne. »


- Ron Dermer -


Agé de 54 ans et originaire de Miami Beach, en Floride, Ron Dermer a été nommé en février par Benjamin Netanyahu pour diriger la délégation israélienne, bien qu'il reste un « mystère pour l'opinion publique israélienne » selon Gayil Talshir, professeure de sciences politiques à l'Université hébraïque de Jérusalem.

Sa nomination a d'ailleurs suscité des critiques en raison de son absence d'expérience militaire, de ses rares interventions dans les médias israéliens, et de ce que certains perçoivent comme une maîtrise limitée de la langue et de la culture du pays.

Des proches des Israéliens détenus à Gaza affirment qu'aucun otage n'a été libéré par le Hamas depuis sa prise de fonction. « Depuis que vous avez été chargé de ramener les otages, le résultat est nul », a lancé au mégaphone l'oncle de l'otage Tal Chaimi lors d'un rassemblement devant le logement de M. Dermer à Jérusalem.

Aux yeux de M. Netanyahu toutefois, M. Dermer, un ancien joueur de football américain, semble être l'homme capable d'obtenir un accord conforme à ses intérêts et aux objectifs stratégiques d'Israël.

Père de cinq enfants, M. Dermer a renoncé à sa nationalité américaine après avoir immigré en Israël dans les années 1990. Il exerce une telle influence sur M. Netanyahu qu'il est souvent décrit comme le « vrai ministre des Affaires étrangères » du pays, selon Mme Talshir.

Il est chargé de gérer « la seule relation extérieure qui compte vraiment » pour le Premier ministre - celle avec les Etats-Unis. 

« Je pense que Netanyahu apprécie de pouvoir parler à des proches conseillers en anglais », expliquait en février Ari Harow, son ancien chef de cabinet, cité par le Jerusalem Post, en rappelant que le Premier ministre israélien « a passé une grande partie de son enfance aux Etats-Unis. »

La relation entre les deux hommes remonte à plusieurs années. En 2009, il est nommé conseiller principal de M. Netanyahu après avoir oeuvré à sa réélection, puis est promu, entre 2013 et 2021, ambassadeur d'Israël aux Etats-Unis, jouant un rôle clé dans les relations entre les deux alliés. Il aurait contribué de manière significative aux accords d'Abraham ayant permis, lors du premier mandat de Donald Trump, de normaliser les relations entre Israël et trois pays arabes.

En février, M. Netanyahu l'a choisi pour diriger les négociations de trêve, le préférant au chef du Mossad, David Barnea, et à Ronen Bar, directeur du service de sécurité intérieure, le Shin Bet.

Ce choix s'expliquerait par ses liens étroits avec l'administration Trump — mais aussi par son alignement sur la stratégie du Premier ministre.

« Dermer et Netanyahu ne voulaient pas que le principal objectif des négociations soit le retour des otages, mais plutôt la préservation de ce qu'ils considéraient comme étant dans l'intérêt d'Israël: pouvoir poursuivre l'occupation militaire de Gaza et tenter d'anéantir le Hamas », analyse Mme Talshir.

M. Netanyahu a récemment annoncé que Ron Dermer quitterait prochainement son poste, mais en attendant il est en Egypte pour diriger ces négociations basées sur le plan de paix Trump, qui prévoit notamment la libération des otages, tout en veillant à ce que la phase suivante — impliquant le retrait des troupes israéliennes de Gaza — soit, selon Mme Talshir, « moins contraignante. »

Israël et le Hamas ont entamée lundi des négociations indirectes pour mettre fin à deux ans de guerre à Gaza menées respectivement par Ron Dermer, un proche conseiller du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, et Khalil al-Hayya, un ténor du mouvement palestinien ayant survécu à une attaque israélienne au Qatar en septembre.- Khalil al-Hayya -Négociateur en chef du Hamas, Khalil al-Hayya est considéré comme l'une des figures modérées du mouvement islamiste héritant de la tâche de parvenir à un accord de cessez-le-feu lors des discussions qui ont lieu à Charm el-Cheikh, en Egypte. Grand, large d'épaules, barbe blanche soigneusement taillée, il dirige en exil le mouvement dans la bande de Gaza, un territoire resté malgré les destructions le centre de gravité du Hamas, qui y dispose de branches...