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Sport - Éclairage

Comment le plan Trump pour Gaza a court-circuité la mise au ban d’Israël de l’UEFA

Un vote du comité exécutif de l’instance du football européen pour suspendre la fédération israélienne devait se tenir la semaine dernière.

Comment le plan Trump pour Gaza a court-circuité la mise au ban d’Israël de l’UEFA

Le logo de l’UEFA au siège de l’instance à Nyon, en Suisse. Photo d’illustration Denis Balibouse/Reuters

Il avait fallu quatre jours, après son invasion de l’Ukraine en 2022, à la Russie pour voir sa sélection et ses clubs de football être bannis du football international. Deux ans après le début de son offensive dévastatrice dans la bande de Gaza, Israël semblait sur le point de subir un sort similaire… jusqu’à l’apparition fin septembre du plan Trump, venu couper l’herbe sous le pied d’une initiative inédite visant à suspendre la fédération israélienne au sein de l’Union des associations européennes de football (UEFA). Le coup de théâtre orchestré par le président américain a ainsi été saisi au vol par les hautes sphères du football mondial pour remettre à plus tard toute prise de décision sur ce sujet épineux.

Alors qu’un vote du comité exécutif de l’UEFA censé trancher l’avenir de la fédération israélienne devait se tenir la semaine dernière, celui-ci a été ajourné en raison de sa concomitance avec la percée diplomatique visant à obtenir un cessez-le-feu dans l’enclave palestinienne, comme l’avait révélé The Times. Le média britannique affirmait qu’une « large majorité » des 20 membres du comité était prête à se prononcer en faveur d’une exclusion. « Tout a été mis en pause par l’initiative de (Donald) Trump », confirme sous le couvert de l’anonymat une source au sein d’une fédération membre de l’UEFA à L’Orient-Le Jour. « Des discussions sur le sujet étaient inscrites à l’ordre du jour de la réunion du comité, mais celle-ci n’a finalement pas eu lieu », poursuit-elle, estimant toutefois que la question pourrait revenir sur le tapis « si la guerre se poursuit à Gaza », alors que l'offensive israélienne a récemment été qualifiée de génocide par une commission d'enquête mandatée par l'ONU. Contactée à plusieurs reprises par notre publication, l’UEFA n’a pas donné suite à nos demandes de commentaire.

Le précédent russe devient « lourd à porter »

Si elle n’est pas encore définitivement enterrée, l’initiative a semble-t-il été remise aux calendes grecques par le supérieur hiérarchique d’Aleksander Čeferin, président de l’UEFA. Au sortir d’une réunion du conseil d’administration de la FIFA, le 2 octobre à Zurich, en Suisse, le patron du football mondial Gianni Infantino a affirmé que « la FIFA ne pouvait pas résoudre les problèmes géopolitiques du monde », tout en soulignant « l’importance de promouvoir la paix et l’unité, en particulier dans le contexte de la situation actuelle à Gaza », sans faire directement référence à Israël. « L’UEFA comme la FIFA sont bien embêtées de devoir parler de politique et d’une potentielle exclusion d’Israël alors que la prochaine Coupe du monde se déroule dans quelques mois aux États-Unis », rappelle Raphaël Le Magoariec, géopolitologue spécialiste des politiques sportives des pays du Golfe. « Le précédent créé avec le cas de la Russie et les accusations de deux poids, deux mesures qui s’ensuivent sont de plus en plus lourds à porter vis-à-vis des opinions publiques. Mais c’est uniquement sous la pression interne de leurs membres que ces instances finissent par bouger », ajoute-t-il. 

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Membre de l’UEFA depuis 1994, après avoir été exclue 20 ans plus tôt de la Confédération asiatique de football (AFC), Israël fait face ces dernières semaines à des pressions d’ampleur inédite sur l’ensemble de la scène sportive internationale. Dans le sillage des manifestations contre la présence de l’équipe cycliste Israel Premier-Tech sur les routes du Tour d’Espagne, ou encore à l’Euro de basket en Pologne, les appels au boycott des compétitions dans lesquelles figurent des équipes israéliennes se font de plus en plus insistants, alors que la sélection israélienne jouera sa qualification pour le prochain Mondial de l'été prochain (État-Unis, Canada, Mexique) lors de la semaine à venir contre la Norvège et l'Italie. Près d'un an après les incidents impliquant des fans du Maccabi Tel-Aviv, le conseil municipal d'Amsterdam a annoncé que le club israélien, engagé cette saison en Ligue Europa (C3), n'était « pas le bienvenu » dans la capitale néerlandaise.

Or, avant cette volte-face de l’UEFA, tout s’était accéléré en l’espace de quelques jours après que la fédération turque, également membre de la confédération européenne, avait sollicité la tenue de cette réunion exceptionnelle. Une initiative publiquement soutenue le 26 septembre par une lettre signée par son président, Ibrahim Haciosmanoglu, envoyée à l’ensemble de ses homologues à travers le monde. « Le temps est venu pour la FIFA et l’UEFA d’agir. (...) Nous nous sentons obligés d’exprimer notre profonde préoccupation face à la situation illégale (et surtout totalement inhumaine et inacceptable) mise en œuvre par l’État d’Israël à Gaza et dans ses environs », a-t-il écrit. « Il ne faut pas oublier qu’en Turquie, les structures sportives sont complètement liées à la sphère politique et à (Recep Tayyip) Erdogan, qui a fait du sport l’un des piliers de sa politique. De l’autre côté, on retrouve des proches de Netanyahu dans nombre de fédérations sportives clés », reprend Raphaël Le Mogoariec.

« 898 sportifs, dont 416 footballeurs » tués par l’armée israélienne

Une telle démarche n’aurait été possible sans l’appui d’un autre acteur-clé de l’échiquier footballistique : le Qatar. Pays hôte du Mondial 2022 et propriétaire du club du Paris Saint-Germain, l’émirat a lui aussi activé ses leviers au sein de l’instance pour mettre la pression sur Israël. Un changement de braquet observé à la suite de la frappe israélienne sur Doha du 9 septembre ayant ciblé des dirigeants du Hamas. « Fort de son influence obtenue depuis une quinzaine d’années, le Qatar veut s’imposer comme le seul pays arabe capable de saper l’offensive israélienne, notamment en utilisant son soft power porté par son influence au sein des instances footballistiques, qui surpasse de loin celle d’Israël », poursuit l’expert, rappelant que Doha est l’un des principaux mécènes de l’UEFA via « son sponsoring et les droits télévisés », largement détenus par les chaînes BeIN Sports. « Le Qatar comme la Turquie ont bien conscience de la portée symbolique du sport chez les Israéliens, investi par le mouvement sioniste dès les années 1920-1930 comme vecteur d’affirmation d’une identité nationale. C’est pourquoi nombre de sportifs israéliens, qui sont souvent d’anciens conscrits, soutiennent ouvertement l’offensive de l’armée israélienne à Gaza », développe-t-il. 

Sans que cela soit annoncé ouvertement par les fédérations concernées, l’initiative turco-qatarie a bénéficié de l’appui de plusieurs pays européens, dont la Norvège et l’Espagne, selon la source précitée. Madrid est d’ailleurs allé jusqu’à menacer de boycotter le prochain Mondial si Israël venait à y participer. En parallèle, un panel d’experts de l’ONU et une cinquantaine de sportifs sous la bannière d’« Athletes 4 Peace » ont interpellé l’UEFA dans deux tribunes distinctes l’accusant de se rendre complice du « sportwashing » exercé par Israël. Ils pointent également le ciblage systématique des sportifs palestiniens par l’armée israélienne, en se référant au récent meurtre du footballeur Souleiman al-Obeid. Surnommé le « Pelé palestinien », l’homme de 41 ans, qui comptait 24 sélections sous le maillot de la sélection nationale, a été tué en août en marge d’une distribution d’aide humanitaire.

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« Au total, 898 sportifs, dont 416 footballeurs, ont été tués par l’armée d’occupation depuis le début du génocide, auxquels s’ajoutent 150 disparus », indique à L’OLJ la porte-parole de la fédération palestinienne de football, Dima Youssef, qui précise par ailleurs que « 287 infrastructures ont été détruites totalement ou en partie » dans la bande de Gaza et en Cisjordanie occupée, où les championnats sportifs sont totalement à l'arrêt depuis octobre 2023. Dimanche, le siège de la fédération palestinienne de football, membre à part entière de la FIFA depuis 1998, a été visé par des grenades de gaz lacrymogène tirés par l'armée israélienne, entraînant l’arrêt des activités en cours au sein du bâtiment, à Jérusalem-Est. « Malgré les dizaines de dossiers que nous avons déposés à la FIFA pour documenter les violations israéliennes, aucune mesure concrète n’a été prise », dénonce-t-elle. Et d'insister : « Tout ce que nous demandons, c’est que cesse ce deux poids, deux mesures qui menace la crédibilité et les fondements moraux du sport mondial. Comment expliquer que des mesures aussi rapides ont été prises contre la Russie, mais qu'Israël continue de bénéficier de tous les privilèges et de la pleine participation au football international alors qu'elle se place au-dessus de toutes les lois ? »

Il avait fallu quatre jours, après son invasion de l’Ukraine en 2022, à la Russie pour voir sa sélection et ses clubs de football être bannis du football international. Deux ans après le début de son offensive dévastatrice dans la bande de Gaza, Israël semblait sur le point de subir un sort similaire… jusqu’à l’apparition fin septembre du plan Trump, venu couper l’herbe sous le pied d’une initiative inédite visant à suspendre la fédération israélienne au sein de l’Union des associations européennes de football (UEFA). Le coup de théâtre orchestré par le président américain a ainsi été saisi au vol par les hautes sphères du football mondial pour remettre à plus tard toute prise de décision sur ce sujet épineux.Alors qu’un vote du comité exécutif de l’UEFA censé trancher l’avenir de la...
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