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Nos lecteurs ont la parole

L’Étatcide, danger libanais et mondial

La banalisation du mal, le discours idéologique, le positionnement clientéliste de Libanais, le vocabulaire édulcoré à propos de l’armement d’un parti qui n’est plus un parti, suivant les critères juridiques et politiques, mais un État parallèle, camouflent une situation d’une gravité maximale, celle de l’Étatcide. Gravité non seulement pour le Liban, mais dans les mutations mondiales contemporaines.

Le Liban, qualifié de message, est source de tant de problèmes pour lui-même, pour son voisinage arabe et le monde. Des exhortations à un dialogue débridé, à des compromissions, des « libanaiseries », suivant l’éditorial d’Anthony Samrani (L’Orient-Le Jour, 6/1/2025), ont leur source dans la psychohistoire du Libanais et la psychanalyse politique. Il s’agit du complexe de la Sublime Porte qui, depuis la création de l’État (sic) du Grand Liban (et non simplement la « Déclaration » !), n’a pas été soumis à une thérapie au moyen d’une historiographie à la fois scientifique et réaliste, une pédagogie de la mémoire et une citoyenneté constructrice d’État.

Toutes les milices durant les guerres multinationales au Liban en 1975-1990, y compris les forces armées palestiniennes, reconnaissaient la centralité absolue de l’État, avec réalisme et rationalité pragmatique et expérimentale. Mais depuis un accord du Caire revisité du 6/2/2006, un processus planifié d’Étatcide a commencé à se déployer avec une armée parallèle et une diplomatie parallèle, jointes à des blocages institutionnels, suspension de la Constitution (et non violation), vacuité présidentielle et gouvernementale ! Il s’agit d’une entreprise barbare, pré-tribale, antérieure à toute anthropologie historique et juridique de l’État et en coordination avec un régime archaïque, d’après toute la science politique mondiale. Ce régime a entrepris de semer des États parallèles en Syrie, Irak, Yémen, Soudan… C’est bien plus loin que la recherche d’une hégémonie régionale, bien plus loin que toute pensée conventionnelle en relations internationales ! C’est l’Étatcide organisé et généralisé !

Dans le cas du sionisme, il y a la recherche impossible de l’espace identitaire monoreligieux, mais pas d’Étatcide et d’État parallèle ! L’État, à la différence du régime politique, ne se définit que par lui-même, in se, par ses quatre fonctions régaliennes : monopole de la force organisée (donc une armée et non deux armées), monopole des rapports diplomatiques dans le cadre de la Ligue arabe, gestion de l’argent public, et gestion des politiques publiques.

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L’entreprise diabolique d’Étatcide, avec politologie de la religion, ravage et menace de ravager le monde aujourd’hui, avec le recul du sens de l’autorité et de la légitimité rendant ainsi nombre de sociétés ingouvernables. C’est dire que le problème libanais, dans cette perspective culturelle, n’est pas seulement libanais.

Metternich (1773-1859) était prémonitoire. Il avait pressenti les dangers d’un Liban « sâha », puis « sahât » (arènes), et aussi les chances de message. « Ce petit pays, dit-il, si important ! »

Ceux qui se qualifient de spécialistes et d’académiques dans un monde déboussolé, sans repères, poursuivent des palabres sur le marché des opinions, alors que le Liban, petite Société des Nations, est ébranlé, tout comme l’ONU est ébranlée. Le secrétaire général de l’ONU vit la tragédie de sa solitude éplorée.

À partir du cas libanais, il y a, enfin, un réveil arabe, européen, américain et mondial, sauf chez un régime de barbarie, pour en finir avec des milices qui se prétendent nationales et qui sont armées, financées et gérées par des régimes voyous en rupture avec toutes les normes forgées par des pères fondateurs des États, de la démocratie et des relations internationales. Mais en dépit de l’expérience et du désastre, il y a encore des Libanais qui pratiquent l’équidistance, le positionnement et l’équilibrisme.

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Il y a un besoin de réveil patriotique et étatique national, comme à la suite de l’attentat contre Rafic Hariri et son convoi. L’explication de ce réveil en 2005 relève de la psychologie et de la psychanalyse politique : Nous sommes tous petits dans le jeu des grands.

L’anthropologie historique et juridique de la genèse de l’État, à distinguer du régime constitutionnel, a exigé plusieurs siècles en Occident (Norbert Elias, La dynamique de l’Occident, 1969, rééd. Pocket, n° 80, 1975, 320 p.).

Il n’y a pas la fin de l’État, une société sans État, mais barbarie, tribalisme et plutôt pré-tribalisme, car les tribus, contrairement à une perception dominante, sont aussi régies par des normes.

Un congrès a été organisé récemment au Liban avec le titre : « Good Governance for State Building ». Non. Il s’agit de « State building for Good Governance». C’est dire que la notion d’État est floue dans l’éducation, la culture et la psychologie d’une citoyenneté contestataire et non constructrice d’État.

Antoine MESSARRA

Membre du Conseil constitutionnel, 2009-2019.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

La banalisation du mal, le discours idéologique, le positionnement clientéliste de Libanais, le vocabulaire édulcoré à propos de l’armement d’un parti qui n’est plus un parti, suivant les critères juridiques et politiques, mais un État parallèle, camouflent une situation d’une gravité maximale, celle de l’Étatcide. Gravité non seulement pour le Liban, mais dans les mutations mondiales contemporaines.Le Liban, qualifié de message, est source de tant de problèmes pour lui-même, pour son voisinage arabe et le monde. Des exhortations à un dialogue débridé, à des compromissions, des « libanaiseries », suivant l’éditorial d’Anthony Samrani (L’Orient-Le Jour, 6/1/2025), ont leur source dans la psychohistoire du Libanais et la psychanalyse politique. Il s’agit du complexe de la Sublime Porte qui,...
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