Une fois de plus, le Liban est tiraillé entre ceux qui considèrent que la loi doit être strictement appliquée à n’importe quel prix et ceux qui prônent le compromis, même aux dépens des règlements. Le pays traverse une situation particulièrement délicate, tout comme elle l’était entre le 5 et le 7 août lors des décisions importantes du gouvernement sur le plan de la remise à l’État des armes du Hezbollah.
Selon une sources sécuritaire, en dépit des tensions et des complications actuelles qui semblent indiquer un clash interne, le scénario le plus probable reste celui d’un compromis de dernière minute, qui sauverait la face aux deux camps. Pour cette même source, le Liban est condamné à prendre ce chemin, car le scénario du bras de fer interne serait destructeur pour tout le pays et pour les institutions de l’État, notamment les forces militaires et sécuritaires. La source précitée rappelle que le 5 septembre, les tensions étaient aussi extrêmes au Liban et la décision du Conseil des ministres a eu un effet miraculeux, alors qu’en réalité, elle confirmait les précédentes décisions, mais sans donner un délai précis pour leur application, ce qui a fait baisser la tension. Mais le climat externe reste pratiquement le même et il impose au Liban de se protéger autant que possible en attendant que se précisent les contours de la situation régionale et internationale.
Selon la source, les développements régionaux se sont justement accélérés ces derniers temps, en particulier depuis le 7 octobre 2023. En plus de ce qui se passe à Gaza et en Cisjordanie, il y a aussi la chute du régime syrien qui n’a pas encore dévoilé tous ses secrets. Quel a été le rôle véritable de la Turquie et celui de la Russie dans le fait que l’armée syrienne ait reçu des ordres précis de ne pas se battre, sans qu’on sache réellement qui les a donnés ? Face au séisme qu’a constitué la chute du régime Assad en Syrie, tous les pays de la région ont dû revoir leur position. La Turquie a certes joué un rôle déterminant, mais l’Arabie saoudite a rapidement essayé d’absorber le nouveau régime. Désormais, elle est passée de cette étape à celle du partenariat total avec la Syrie d’Ahmad el-Chareh. De plus, Israël a aussi joué un rôle important dans la nouvelle Syrie, en montrant clairement que son projet est celui de partager le pays en mini-États confessionnels, ou en tout cas en entités confessionnelles sous influence externe. En cela, les projets israélien et turc en Syrie sont contradictoires, et l’Arabie saoudite s’est rangée aux côtés de la Turquie. Pour la première fois depuis des décennies, un alignement est en train de se dessiner entre la Turquie, l’Arabie, le Qatar et l’Égypte contre le projet israélien. Les frappes israéliennes contre les radars turcs installés en Syrie sont un indice concret de ces changements.
C’est aussi dans ce contexte précis que l’Arabie saoudite a entamé un rapprochement avec l’Iran, et au cours des dernières semaines, il y a eu trois rencontres entre les dirigeants des deux pays, d’abord entre les ministres des Affaires étrangères et ensuite entre le prince héritier et le président iranien, puis entre le prince héritier et le secrétaire général du Conseil de sécurité nationale iranien Ali Larijani. Or, en ce moment précis, l’Iran est menacé de revenir aux anciennes sanctions d’avant l’accord de 2015. Il est ainsi question de frappes israéliennes contre ce pays.
En même temps, c’est à ce moment précis et après les rencontres irano-saoudiennes que le secrétaire général du Hezbollah a lancé un appel aux Saoudiens pour ouvrir une nouvelle page avec eux. Selon des sources proches du parti, cette démarche de Naïm Kassem a été coordonnée avec les Iraniens après la frappe israélienne contre Doha, qui a facilité un rapprochement entre les États du Golfe et Téhéran, mais aussi entre l’Arabie saoudite et le Pakistan, lui-même ennemi de l’Inde, alliée d’Israël. Ces changements pourraient être le début d’un repositionnement général dans la région. Les Saoudiens n’ont pas vraiment fermé la porte à la proposition du Hezbollah, mais ils préfèrent en discuter avec le président du Parlement, Nabih Berry. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’ancien ministre et adjoint de Berry Ali Hassan Khalil s’est longuement entretenu il y a quelques jours avec l’ambassadeur Walid Boukhari.
Tous ces éléments, mis côte à côte, montrent que la région, et peut-être le monde, traverse une période de turbulence. Par conséquent, les petits pays fragiles comme le Liban ont intérêt à resserrer leurs rangs internes et à se protéger autant que possible pour ne pas faire les frais de changements qui les dépassent. Pour cette raison, la source sécuritaire précitée estime que tout comme pour les décisions des 5 et 7 août, le Liban officiel n’a pas intérêt à amplifier la crise provoquée par le Hezbollah sur le rocher de Raouché, surtout qu’elle est porteuse d’un côté émotionnel pour les partisans de cette formation. Le 5 septembre, le commandant en chef de l’armée avait reçu une boule de feu et il l’a transformée en une solution acceptable. Il faudrait donc suivre la même démarche pour empêcher le pays de plonger dans une crise qui serait terrible pour tous, à un moment où le monde a d’autres priorités.


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“le Liban officiel n’a pas intérêt à amplifier la crise provoquée par le Hezbollah sur le rocher de Raouché, surtout qu’elle est porteuse d’un côté émotionne”. Des mots écrits avec une plume sage et réfléchie alors que d’autres (plumes) incitaient à la haine.
09 h 48, le 27 septembre 2025