Des forums de discussion réunissant ONG et startups œuvrant dans le domaine du développement durable précéderont la conférence internationale.
En 2015, alors que le Liban traversait des crises multiples, une idée audacieuse a vu le jour à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth. Diana Fadel, présidente et fondatrice de la Fondation Diane, portait la conviction que l’avenir du pays passait par l’éducation à l’écocitoyenneté et au développement durable. Elle propose alors au recteur de l’USJ la création d’une chaire universitaire dédiée à ces thématiques. C’est ainsi qu’est née la Chaire de la Fondation Diane pour l’éducation à l’écocitoyenneté et au développement durable, CEEDD, confiée depuis 10 ans au Pr Fady el-Hage, délégué du recteur de l’USJ pour la formation continue et titulaire de cette chaire.
Dès sa création, la CEEDD s’est donné pour mission de travailler sur les dix-sept objectifs de développement durable (ODD), car le pays fait face à une double urgence : environnementale avec la crise des déchets, la pollution de l’eau et de l’air, et sociale avec la pauvreté, les inégalités et la fragilité institutionnelle.
Pour répondre à ces défis, la chaire a développé quatre axes d’action. Le premier est celui de la sensibilisation, visant à éveiller la conscience citoyenne et à encourager de nouvelles pratiques au sein des communautés, des municipalités, des écoles et des universités. Le deuxième axe est la formation, qui prend la forme de modules spécialisés, de cycles de formation continue et de programmes académiques, comme le certificat en « Sustainable Businesses Leading to Economic Growth » (gestion d’entreprises durables conduisant à la croissance économique). Le troisième axe est la recherche, à travers l’octroi d’une bourse doctorale tous les trois ans, permettant à de jeunes chercheurs d’explorer des sujets scientifiques ou sociaux liés au développement durable. Enfin, le quatrième axe est le partenariat et le réseautage, faisant de la chaire un point de rencontre pour les ONG, les institutions publiques, les startups et les initiatives citoyennes.
En une décennie, la chaire a multiplié les projets, souvent dans des conditions difficiles, mais avec une détermination constante, assure le Pr el-Hage. Parmi les actions de sensibilisation les plus marquantes figurent les Citizen Cafés, des rencontres conviviales réunissant citoyens et experts autour de thèmes précis liés au développement durable. Autre initiative phare : le projet « USJ verte », grâce auquel des bennes de tri ont été installées sur les campus, les déchets recyclés et des actions d’upcycling mises en œuvre.
La chaire a également conduit des projets de grande envergure, financés notamment par l’USaid, sur la gestion de l’eau. Dans la Békaa, au sud et au nord du pays, des campagnes de sensibilisation et de formation ont été organisées auprès des municipalités, des écoles et des communautés. « Nous avons travaillé avec un très grand nombre de municipalités pour les accompagner dans la gestion de l’eau et pour sensibiliser les élèves à l’importance de cette ressource vitale », souligne le Pr el-Hage.Sur le plan académique, la chaire en est aujourd’hui à sa troisième bourse doctorale. Elle a également assuré des formations continues pour les ONG et les institutions, et organisé des conférences ouvertes à la jeunesse et au grand public.
Les étudiants au cœur de la démarche
Si la chaire agit à l’échelle nationale, son cœur bat au rythme des étudiants de l’USJ. Depuis dix ans, le projet « USJ verte » touche les 12 000 étudiants répartis sur les différents campus de l’université, à Beyrouth, au Sud et dans la Békaa, poursuit le délégué du recteur. Sensibilisation à la gestion des déchets, à l’énergie ou encore à l’eau, chaque promotion d’étudiants est initiée à ces enjeux essentiels.
Un club étudiant, le « Club USJ verte », a vu le jour pour prolonger cette dynamique, note-t-il. Une vingtaine de jeunes issus de filières variées – ingénierie, géographie, sciences –, y militent déjà pour rendre les espaces universitaires plus verts et diffuser une culture écologique. « L’ambition est désormais de faire grandir ce club et de l’ouvrir à toutes les disciplines et à tous les campus, » a-t-il ajouté.
La chaire s’est également engagée sur la question de l’égalité des genres, l’égalité entre hommes et femmes en menant des projets pilotes dans trois écoles pour sensibiliser les élèves aux stéréotypes. « Ces ateliers ont montré combien il est nécessaire d’agir tôt sur les représentations et le succès du projet a conduit ses partenaires à le prolonger et à l’élargir à d’autres établissements scolaires, » affirme le titulaire de la chaire.
Pour le 10e anniversaire, une célébration scientifique et festive
Le 25 septembre 2025, la chaire fêtera ses dix années d’existence à travers un événement scientifique et festif. L’après-midi sera consacré à des forums de discussion réunissant ONG et startups œuvrant dans le domaine du développement durable. Quatre axes guideront les échanges : l’humanitaire, la santé et le bien-être, le développement durable et l’entrepreneuriat vert. « L’objectif est de créer un lien, de favoriser le réseautage et d’aider ces acteurs à trouver des financements pour poursuivre leurs projets », affirme le Pr el-Hage.
En fin de journée, une conférence internationale viendra couronner l’événement. La chercheuse européenne, la Dr Mariam Akhtar-Schuster interviendra sur le lien entre la terre, le bien-être et la santé, suivie d’une présentation de Maroun Keyrouz, directeur exécutif au Forum économique mondial.
Dix ans après sa création, quel regard porte Fady el-Hage sur ce chemin parcouru ? « Mon regard est assez positif, malgré toutes les crises traversées par le Liban. Nous avons réussi à rester sur le terrain, parfois en ligne quand c’était nécessaire, et à toucher un public de plus en plus large. »
Pour lui, le défi n’est pas seulement technique, il est avant tout culturel et mental. « Je pense que les Libanais en veulent un peu à leur environnement, c’est-à-dire que, suite à ces crises et à ces guerres, on sent qu’il y a un clivage entre le Libanais et son environnement », a-t-il noté. « Le Libanais prend soin de son environnement immédiat — sa maison, sa voiture, son travail — mais se désintéresse de ce qui se passe à l’extérieur. Il n’y a pas cette empathie avec l’environnement, cette prise de soin, et nous avons travaillé sur cela durant ces dix années. »
Selon lui, il faut changer ce rapport à l’environnement, réconcilier les citoyens avec leur territoire. Ce travail sur les représentations est essentiel : « On ne change pas de comportement sans avoir d’abord changé son regard. »
À travers ses projets, ses publications, ses formations et ses conférences, la chaire a contribué à amorcer ce changement. L’histoire continue : de nouvelles initiatives se préparent, de nouvelles générations d’étudiants s’engagent, et un dialogue durable se construit entre chercheurs, institutions et citoyens.



elle sont ou les grandes fortunes Libanaises qui ne pensent qu'a se remplir les poches??
08 h 31, le 25 septembre 2025