La reconnaissance de la Palestine par le président français Emmanuel Macron à l'ONU suscite de vives réprobations en Israël, particulièrement au sein de la population franco-israélienne.
"Fidèle à l'engagement historique de mon pays au Proche-Orient [...] je déclare que la France reconnaît aujourd'hui l'Etat de Palestine": les mots de M. Macron à la tribune de l'ONU ont un goût particulièrement amer pour Nitay Kimron, comme pour beaucoup d'autres en Israël, où la décision française annoncée depuis plusieurs semaines suscite une forte animosité.
"J'ai dirigé la campagne de Macron en Israël et vraiment aujourd'hui, on a honte, on est fâché", a déclaré à l'AFP ce promoteur immobilier franco-israélien, qui dit aujourd'hui regretter "énormément d'avoir fait la promotion de Macron" lors de sa campagne pour un second mandat présidentiel en 2022.
A l'époque, dit-il, "on ne pouvait absolument pas prévoir qu'il y allait avoir une déclaration de l'indépendance de la Palestine, qui aurait été la bienvenue à un autre moment, dans d'autres conditions, il faut le dire."
Mais après l'attaque meurtrière du mouvement islamiste Hamas du 7 octobre 2023 sur Israël "et dans les conditions actuelles, pour nous ça [s'apparente à] une récompense au terrorisme", ajoute M. Kimron, interrogé en amont du discours de M. Macron à l'ONU, prononcé alors que les Israéliens célébraient Rosh Hashana, le Nouvel An juif.
- "Clientélisme" -
Pour lui, la décision de M. Macron relèverait plus du "clientélisme" que de la "logique", en vue "d'aller récupérer des voix à gauche" alors que le président français se trouve particulièrement affaibli sur le plan intérieur.
L'attaque du 7 octobre a entraîné la mort de 1.219 personnes du côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP basé sur des données officielles.
Depuis lors, plus de 65.344 Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza par la campagne militaire israélienne de représailles, selon le ministère de la Santé de Gaza placé sous l'autorité du Hamas. Le ministère, dont les chiffres sont jugés fiables par l'ONU, ne précise pas le nombre de combattants tués mais indique que plus de la moitié des morts sont des femmes ou des mineurs.
Chaïm, employé du secteur spatial qui préfère ne pas donner son nom de famille, estime lui aussi que la décision de la France est dictée d'abord par des considérations de politique intérieure, tout comme celle de la Grande-Bretagne, qui a reconnu la Palestine dimanche avec plusieurs autres pays occidentaux.
"Je pense que c'est une catastrophe, mais c'est surtout une catastrophe pour les pays comme l'Angleterre, pour la France", dit ce Franco-Israélien de 61 ans brocardant les décisions de "gens qui réfléchissent à très, très, très court terme et qui ne comprennent pas le sens de ce qu'ils font."
- "Ca n'arrivera pas" -
Israël fait face à une pression internationale accrue pour mettre fin à la guerre dans la bande de Gaza, dévastée par près de deux ans de combats et de bombardements, et où l'ONU a déclaré fin août la famine dans certaines zones, ce qu'Israël a qualifié de "mensonge".
Le gouvernement israélien est aussi critiqué par une part importante de la population israélienne qui s'inquiète pour le sort des otages encore vivants dans Gaza alors que l'armée israélienne a lancé il y a quelques jours une nouvelle offensive au sol dans Gaza-ville avec le but affiché d'y détruire le Hamas.
Isaac, ingénieur de 32 ans joint par téléphone lui aussi avant l'annonce de M. Macron, "n'arrive pas trop à comprendre non plus [...] l'intérêt [de reconnaître la Palestine] puisque ça ne va pas libérer d'otages, ça ne va pas arranger la situation, ça ne va pas arrêter la guerre".
Au contraire, juge-t-il, "c'est un prix à la terreur" qui "va juste encourager encore plus de meurtres [et] de haine" de la part du Hamas.
Sur les 251 personnes enlevées le 7 octobre, 47 sont toujours retenues dans la bande de Gaza, dont 25 ont été déclarées mortes par l'armée israélienne.
"J'ai un message clair pour les dirigeants qui reconnaissent un Etat palestinien après le massacre atroce du 7 octobre: vous offrez une récompense énorme au terrorisme", a déclaré dimanche le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
"J'ai un autre message pour vous: cela n'arrivera pas", a-t-il ajouté : "Aucun Etat palestinien ne verra le jour à l'ouest du Jourdain."
acc/mj/mm
© Agence France-Presse
La reconnaissance de la Palestine par le président français Emmanuel Macron à l'ONU suscite de vives réprobations en Israël, particulièrement au sein de la population franco-israélienne.
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