Des prisonniers palestiniens dans la prison de haute sécurité de Gilboa en Israël. Photo AFP
Israël a enterré une proposition qui aurait permis au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) de rendre visite aux prisonniers palestiniens affiliés au Fateh, rapporte vendredi le Haaretz. L’initiative, issue du Conseil national de sécurité, a été bloquée sous la pression du ministre à la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, et de l’administration pénitentiaire.
Selon une source citée par le quotidien israélien, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, pourrait transférer ce dossier à un forum ministériel restreint, sans doute celui chargé de l’aide humanitaire à Gaza, où, outre lui-même, siègent également Bezalel Smotrich (Finances), Ron Dermer (Affaires stratégiques) et Arye Dery (président du parti ultraorthodoxe Shas). Si la proposition avait été soumise au vote du cabinet, elle n’aurait vraisemblablement pas obtenu la majorité, Ben Gvir s’y opposant, note cette même source.
Le projet devait répondre à une pétition déposée par plusieurs ONG israéliennes : l’Association pour les droits civiques en Israël, Physicians for Human Rights, HaMoked et Gisha. L’État a déjà demandé vingt reports pour présenter sa réponse, invoquant des raisons de sécurité. Les pétitionnaires rappellent pour leur part qu’« Israël reste tenu, en vertu du droit international, d’autoriser l’accès du CICR aux prisonniers palestiniens, même si le Hamas refuse d’autoriser des visites aux otages israéliens ».
Itamar Ben Gvir a déclaré qu’il bloquerait toute initiative de ce type, accusant le chef du Conseil de sécurité nationale, Tzachi Hanegbi, de « capituler face à l’ennemi ». À la Knesset cette semaine, Ohad Buzi, conseiller juridique pour le renseignement et les opérations au sein du Service pénitentiaire, a lui jugé qu’« autoriser la Croix-Rouge à entrer dans les prisons pourrait mettre en danger la sécurité des établissements et du personnel ». Une représentante du ministère de la Justice, Shimrit Goldenberg, a rappelé que la question relevait des tribunaux et du gouvernement.
Israël a suspendu les visites du CICR aux prisonniers palestiniens et cessé de transmettre les informations concernant les détenus dès le 7 octobre 2023, date du déclenchement de la guerre contre le Hamas à Gaza. Depuis, les conditions de détention des « détenus sécuritaires » se sont encore durcies sous l’impulsion du ministre à la Sécurité nationale. En juin, l’État a toutefois notifié à la Cour suprême qu’il travaillait sur un mécanisme de substitution, permettant des visites encadrées dans les établissements du Service pénitentiaire et de l’armée, ainsi qu’un transfert d’informations sur les détenus.
D’après HaMoked, qui s’appuie sur des chiffres du Service pénitentiaire, plus de 10 000 Palestiniens considérés comme « détenus sécuritaires » sont incarcérés aujourd’hui en Israël, souvent en dehors des procédures judiciaires traditionnelles. Ce chiffre est deux fois supérieur à celui d’octobre 2023.



Quand le CICR aura vu les otages israéliens CQFD
17 h 16, le 19 septembre 2025