Philippe Aractingi (à droite) lors de sa rencontre avec Robert Redford au festival de Sundance en 2008. Photo fournie par Philippe Aractingi
C’était en 2008. Mon film Sous les bombes venait d’être projeté à Venise et à Dubaï, et suscitait l’intérêt de nombreux festivals. J’apprends alors qu’il est sélectionné à Sundance, ce festival que Robert Redford avait consolidé et amplifié jusqu’à en faire un événement incontournable. À l’époque, c’était un geste courageux, même risqué, car le film se montrait critique à l’égard d’Israël.
Lorsque j'ai rencontré Robert Redford, j’avoue avoir été impressionné. Mais, avec la simplicité d’un homme des montagnes de l’Utah, il m’expliqua que, malgré les débats suscités par cette sélection, le principe de Sundance restait immuable : défendre l’indépendance du cinéma. « Diversity comes out of the word independence. Basically that’s the principle we operate from » ( La diversité découle du mot indépendance. C’est, en somme, le principe qui guide notre action, ndlr.), disait-il.
Sundance fut ainsi l’un des tout premiers festivals à ouvrir ses portes au cinéma arabe et indépendant. Pour moi, c’était un privilège immense. Je me souviens de cette grande salle où Robert Redford avait réuni les cinéastes engagés du monde entier pour nous parler de ce cinéma fragile et vital que nous faisions et qu’il fallait protéger des pressions de l’industrie. Il voulait offrir une plateforme aux nouvelles voix, aux films que l’on ne verrait nulle part ailleurs.
Je me souviens de ce sentiment de parenté avec lui et tous ces autres « Mavericks » (esprits libres), comme il les appelait, venus des quatre coins du monde, luttant pour faire exister un cinéma hors des circuits.
Plus tard, en 2009, quand le film représenta le Liban aux Oscars, il ne passa pas la première sélection. « Over my dead body », nous lança même l’une des sélectionneuses de Hollywood. Il n’y avait plus Bob et son équipe pour défendre le film.
À l’heure où l’on cherche à faire taire les voix divergentes et indépendantes, Robert Redford n’est pas seulement une figure qui s’éteint. C’est un emblème de l’indépendance qui disparaît avec lui. Plus qu’un homme qui meurt, c’est une certaine idée de la pensée libre qui nous quitte.



Beau témoignage sur Robert Redford et qui jette une lumière crue(lle) sur les pratiques du cinéma « non-indépendant ». Mais nous sommes presque lassés de nous émouvoir par les temps qui courent où discours haineux, atteintes aux libertés publiques, agressions et meurtres de masse s’efforcent de se banaliser.
08 h 32, le 18 septembre 2025