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Nos lecteurs ont la parole

Un été sous haute tension... sanitaire

Cet été, les services pédiatriques libanais ont tiré la sonnette d’alarme avec le signalement d’une recrudescence des cas de gastro-entérites aiguës chez les jeunes enfants, attribués selon les professionnels de santé au rotavirus. L’infection au rotavirus se caractérise par l’apparition de diarrhée liquide, de douleurs abdominales, vomissements et fièvre conduisant souvent à une déshydratation et plus rarement à une hospitalisation. Si la saisonnalité du virus est variable selon les pays, au Liban plusieurs études ont montré que les pics d’infection survenaient régulièrement pendant la période estivale, entre juillet et août.

Très contagieux, le rotavirus se transmet principalement par contact avec les selles de personnes infectées. Cette transmission est particulièrement fréquente chez les jeunes enfants, qui portent, par exemple, leurs doigts à la bouche après avoir manipulé des objets contaminés. Les aliments non cuits mais aussi les fruits et les légumes lavés avec de l’eau non potable peuvent également être une source de transmission.

La vaccination contre le rotavirus, associée aux gestes d’hygiène, est le moyen le plus efficace de prévenir ces infections chez les nourrissons et les jeunes enfants. Depuis 2013, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande que la vaccination soit intégrée à l’ensemble des programmes nationaux de vaccination. Au Liban, ce vaccin n’a été introduit dans le calendrier national de vaccination qu’à la fin de l’année 2022. Toutefois, son administration reste limitée, en raison notamment de l’absence de recommandations systématiques de la part des professionnels de santé et de la prise en charge financière par l’État et les assureurs privés. En conséquence, la couverture vaccinale reste faible, ce qui contribue à maintenir la vulnérabilité des jeunes enfants face à un virus devenu endémique dans le pays et qui, dans certains cas, peut entraîner des complications sévères nécessitant une hospitalisation.

L’été a également été marqué par une hausse notable de toxi-infections alimentaires collectives (TIAC), les mois de juillet et août concentrant à eux seuls plus de 60 % des cas reportés. Là encore, des symptômes type vomissements, crampes abdominales ou diarrhées étaient au rendez-vous. Si ces symptômes sont souvent bénins, ils peuvent parfois avoir des conséquences graves, notamment chez les populations sensibles comme les enfants, les femmes enceintes ou les personnes âgées.

La forte hausse des températures qu’a connue le Liban cet été crée un environnement idéal pour la prolifération des bactéries dans les aliments, surtout lorsque la chaîne du froid n’est pas respectée. Parmi les denrées alimentaires suspectées, plusieurs médias locaux ont pointé du doigt les produits à base d’œufs, en particulier la mayonnaise, utilisés dans plusieurs chaînes de restauration collective. En Europe, plusieurs épidémies d’origine alimentaire liées à la consommation d’œufs ou de produits à base d’œufs ont été décrites depuis 2020. La bactérie incriminée était la salmonelle. Moment de partage incontournable, les mezzés, les viandes grillées et les salades peuvent devenir sources de TIAC, surtout lorsque les repas familiaux s’éternisent et que les mets sont laissés longtemps à température

ambiante. Le cas typique est celui d’une viande mal cuite que l’on laisse sur la table pendant toute la durée du barbecue, accompagnée d’un taboulé dont les ingrédients ont été lavés avec une eau non potable : quoi de mieux pour provoquer une TIAC quand le thermomètre dépasse 35 °C ?

Les TIAC sont des maladies à déclaration obligatoire au Liban, ce qui signifie que leur signalement doit permettre de déclencher des investigations de la part des autorités sanitaires pour identifier l’agent pathogène et les aliments en cause et mettre en place des mesures correctives. Or il n’en est rien de tout cela. À défaut de déployer des actions concrètes, l’État pourrait mener des campagnes de communication pour informer et sensibiliser le grand public sur la nécessité de se laver régulièrement les mains à l’eau et au savon ! Certaines mesures d’hygiène domestique méritent d’être également rappelées : conserver les aliments au réfrigérateur entre 0 et +4 °C, bien cuire les viandes à cœur (70 °C), bien laver les fruits et légumes à l’eau potable, éviter de laisser les plats exposés longtemps à température ambiante, notamment s’il s’agit de ceux de pique-niques, de repas ou de buffets festifs de l’été. L’objectif est simple : responsabiliser chacun face à des gestes d’hygiène qui, s’ils sont appliqués, peuvent éviter des toxi-infections alimentaires.

Côté maladies respiratoires, alors que l’on observe rarement des cas de grippe en dehors de l’hiver, des infections virales telles que le Covid-19 circulent toute l’année. La résurgence des cas de Covid-19 durant cet été s’explique par l’intensification des voyages et les flux de populations entre le Liban et l’étranger, ce qui augmente les risques d’importation et de diffusion rapide de nouveaux variants. Dans le monde actuel globalisé, les virus, eux, n’ont pas de frontières et voyagent au rythme des populations. De plus, la promiscuité dans les espaces intérieurs climatisés non ventilés et les grands rassemblements estivaux créent des conditions idéales pour intensifier cette propagation.

Actuellement, le ministère de la Santé publique cumule à la fois les rôles de surveillance, d’expertise et de gestion des crises. Une centralisation lourde et vulnérable qui laisse souvent place aux critiques et à la défiance des citoyens : ailleurs, certains pays ont trouvé un modèle pour désengorger les services publics : il s’agit des agences sanitaires qui jouent le rôle de vigies. Elles observent, évaluent, préviennent, alertent et informent, tout en laissant aux autorités politiques la responsabilité d’agir.

Dans un pays où les rumeurs et polémiques se propagent à grande vitesse, se doter d’une agence sanitaire indépendante et transparente ne relèverait pas d’un luxe mais, au contraire, permettrait de renforcer la confiance du grand public : les citoyens savent que les mesures déployées proviennent d’une expertise scientifique, transparente et indépendante et non d’intérêts politiques ou économiques. Le coût des consultations médicales et hospitalisations ainsi que les pertes économiques pour les secteurs de la santé, de l’agroalimentaire, voire du tourisme, est bien plus élevé que celui d’une structure dédiée à la prévention et à la protection de la population libanaise. Dans un contexte d’effondrement du système de santé, une telle agence offrirait une perspective solide et stable à long terme.

Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si de nouvelles crises sanitaires se produiront au Liban, mais plutôt d’en mesurer l’ampleur et d’évaluer la capacité du système de santé à y faire face. Toutefois, l’urgence immédiate est la mise en œuvre de réformes radicales touchant l’ensemble du système de santé ainsi qu’une restructuration complète des politiques de santé publique. Cependant, ces efforts nécessitent une volonté politique qui fait actuellement défaut. À quand la santé des Libanais au cœur des priorités nationales ?

Élissa KHAMISSE

Franco-libanaise, titulaire d’un doctorat en microbiologie de l’AgroParisTech, coordinatrice scientifique d’expertise au sein de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)

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Cet été, les services pédiatriques libanais ont tiré la sonnette d’alarme avec le signalement d’une recrudescence des cas de gastro-entérites aiguës chez les jeunes enfants, attribués selon les professionnels de santé au rotavirus. L’infection au rotavirus se caractérise par l’apparition de diarrhée liquide, de douleurs abdominales, vomissements et fièvre conduisant souvent à une déshydratation et plus rarement à une hospitalisation. Si la saisonnalité du virus est variable selon les pays, au Liban plusieurs études ont montré que les pics d’infection survenaient régulièrement pendant la période estivale, entre juillet et août.Très contagieux, le rotavirus se transmet principalement par contact avec les selles de personnes infectées. Cette transmission est particulièrement fréquente chez les jeunes...
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