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Moyen-Orient - Lettre De Gaza

Noor Alyacoubi depuis Gaza : faute d'analgésiques, nous sommes contraints de supporter la douleur

L'aide humanitaire entre encore au compte-gouttes en raison des restrictions d'entrée imposées par Israël. De nombreuses personnes ont en outre été tuées en allant chercher de l'assistance.

Noor Alyacoubi depuis Gaza : faute d'analgésiques, nous sommes contraints de supporter la douleur

Une Gazaouie s'abrite du soleil près d'affaires sauvées des débris de la tour du Soldat inconnu, détruite dans une frappe nocturne israélienne, dans le quartier de Rimal de la ville de Gaza, le 15 septembre 2025. Omar al-Qattaa/AFP

Noor Alyacoubi, 27 ans, traductrice et coordinatrice médias dans un centre de recherche, n’a pas quitté Gaza depuis les premiers jours de la guerre opposant le Hamas à l’État hébreu. La jeune femme confie à L’Orient-Le Jour comment un mal de dents s’est révélé être bien plus que ça.

Ça ne ressemble en rien à un mal de dents classique. Depuis au moins trois mois, ma mâchoire supérieure me fait étrangement souffrir. La douleur se propage dans mes joues, parfois jusqu’à mon cou, d’autres fois jusqu’à ma tête. C’est comme si mes nerfs étaient comprimés, comme une crampe musculaire enfouie profondément dans mon visage. Ce n’est pas une douleur habituelle, qui s’intensifie avant de s’estomper. Elle persiste, me ronge et me plonge dans un inconfort constant. Pour la soulager, j’appuie mes doigts contre mon visage, tentant de maîtriser mes sensations. Quelquefois, ça atténue la douleur un moment. D’autres, ça n’y fait rien.

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À Gaza, il n’y a pas d'analgésiques ou de relaxants musculaires pour aider. Je suis obligée de supporter la douleur, éveillée, consciente, chaque seconde. J’ai tenté à maintes reprises d’expliquer ce que je ressentais à mon mari, mes amis, et même à mon frère Abdelrahman - qui a finalement réussi à décrocher une bourse pour faire des études dentaires après trois ans perdus à cause de la guerre. J’espérais que quelqu’un reconnaisse les symptômes, offre des conseils, peut-être même un remède. Mais personne n’était en mesure de le faire. Aucun d’entre eux n’avait jamais ressenti quelque chose de la sorte. Tout le monde a supposé que ça devait être un problème dentaire, une infection, une mauvaise dent, quelque chose de banal.

Une douleur psychosomatique ?

Il y a environ deux semaines, je me suis finalement rendue chez le dentiste. Un simple rendez-vous, pour la plupart des gens, mais pas à Gaza, où rien que quitter la maison comporte des risques. J’ai hésité pendant des jours. L’effroi s’emparait de moi à l’idée de laisser Lya à la maison. Et s’il m’arrivait quelque chose alors que j’étais partie ? Et s’il lui arrivait quelque chose à elle ? Mais la douleur était devenue insupportable, je n’avais plus le choix. Le dentiste a effectivement trouvé une infection dentaire, que j’ai traitée. Il m’a cependant affirmé que ce n’était pas la cause de la sensation étrange de crampe que je décrivais. M’écoutant avec attention, il a suggéré que cela pouvait être une infection des sinus. Je ne pouvais ni approuver ni désapprouver, je ne savais pas. J’ai quitté son cabinet avec plus de questions que de réponses, et la même douleur continue à l’intérieur de mon visage.

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Les jours ont passé. Rien ne s’améliorait. J’ai insisté pour expliquer à mes proches, désespérant de trouver quelqu’un qui comprenne vraiment. Finalement, mon frère Saïd, médecin, m’a écrit sur WhatsApp : « C’est la pression, Noor. C’est dû à la tension et à la peur. » À ce moment-là, j'ai réalisé qu'il avait sans doute raison. Cette douleur ne venait pas seulement de ma mâchoire, de mes nerfs ou de mes muscles. Elle venait de l'intérieur, liée à ce que mon esprit et mon cœur portaient en eux. Mon corps avait trouvé sa propre façon de libérer la peur, l'anxiété, la tension constante. Depuis plus de 700 jours consécutifs, nous vivons dans des conditions anormales. Chaque jour est rempli d'attente, d'incertitude, de survie. Et alors qu’en ce moment, je me lève et je me couche chaque jour hantée par des pensées d'évacuation et de déplacement, la douleur s'intensifie. Même quand j'essaie de résister, quand je me force à cacher ma peur, à agir comme si je ne capitulais pas, mon corps refuse de mentir.

Noor Alyacoubi, 27 ans, traductrice et coordinatrice médias dans un centre de recherche, n’a pas quitté Gaza depuis les premiers jours de la guerre opposant le Hamas à l’État hébreu. La jeune femme confie à L’Orient-Le Jour comment un mal de dents s’est révélé être bien plus que ça.Ça ne ressemble en rien à un mal de dents classique. Depuis au moins trois mois, ma mâchoire supérieure me fait étrangement souffrir. La douleur se propage dans mes joues, parfois jusqu’à mon cou, d’autres fois jusqu’à ma tête. C’est comme si mes nerfs étaient comprimés, comme une crampe musculaire enfouie profondément dans mon visage. Ce n’est pas une douleur habituelle, qui s’intensifie avant de s’estomper. Elle persiste, me ronge et me plonge dans un inconfort constant. Pour la soulager, j’appuie mes doigts...
commentaires (3)

En prière avec vous et pour vous Noor !

Axelle Motte

18 h 38, le 19 septembre 2025

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Commentaires (3)

  • En prière avec vous et pour vous Noor !

    Axelle Motte

    18 h 38, le 19 septembre 2025

  • Noor, quand ce cauchemar sera terminé, il faudra publier vos textes dans un recueil et tant pis si des négaSionistes les trouvent mensongers et antisémites. En attendant, je ne peux que vous souhaiter courage et vous exprimer ma solidarité ainsi qu'à vos proches et à vos compatriotes.

    Politiquement incorrect(e)

    18 h 34, le 19 septembre 2025

  • Du fond du cœur avec vous , Gaza ne quitte pas mon être …

    Dina HAIDAR

    10 h 41, le 19 septembre 2025

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