Le chef des Kataëb Samy Gemayel. Photo fournie par les Kataïb
Le chef des Kataëb, Samy Gemayel, a estimé que le discours du Hezbollah sur son refus de remettre ses armes ne dépassait pas le stade de de la communication « médiatique et populaire » et que, sur le terrain, « les faits démontrent que le processus de remise des armes à l’armée libanaise, à l’intérieur comme à l’extérieur de la région du sud du Litani, se déroule régulièrement et sans aucune résistance notable ». Il a aussi assuré que la création d'un « nouveau Liban » était « inévitable ».
« La décision du monopole exclusif de l’État sur les armes a été prise et il n’y a pas de retour en arrière. Aucun homme armé hors du cadre de la légitimité, quelle que soit son identité, l’origine de ses armes ou ses intentions, ne peut imaginer exercer des pressions sur le gouvernement pour le pousser à revenir sur sa décision, ou pour que celle-ci soit appliquée de manière sélective selon ses projets et dépendances », a insisté Samy Gemayel.
Le député du Metn s’exprimait dans un entretien au quotidien koweïtien Al-Anbaa, dont le contenu a été retranscrit par l’Agence nationale d’information (Ani, officielle).
Répondant indirectement à ces propos, le député du Hezbollah, Hussein Jachi, a déclaré depuis Tyr dimanche qu’« un État incapable de protéger la vie et les moyens de subsistance de ses citoyens n’a pas le droit d’exiger de son peuple qu’il abandonne la résistance ».
« Le processus de la construction de l’État est lancé conformément à la boussole des mandats (du président Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam). Ce que le Conseil des ministres a décidé concernant le retrait des armes, et le plan de l’armée pour sa mise en œuvre, n’est qu’une étape essentielle dans le parcours vers l’établissement d’un État véritable et capable », a ajouté M. Gemayel.
Le chef de la formation chrétienne opposante au Hezbollah fait ici référence à la décision prise en deux temps par le Conseil des ministres début août, qui avait convenu de lancer un plan de désarmement des milices, qu’il s’agisse du parti chiite ou des camps palestiniens, et de suivre le sujet en approuvant un plan de l’armée – sans calendrier – début septembre. Les ministres du tandem chiite Amal-Hezbollah avaient rejeté la décision initiale du gouvernement, mais le fait que l’exécutif ait finalement décidé de ne pas fixer de calendrier de désarmement immédiat a contribué à apaiser les dissensions.
Cette tendance a été confirmée par le député du mouvement Amal Ali Hassan Khalil, qui a déclaré, dans un discours dimanche lors d'un meeting politique, que « ce qui a été convenu lors de la séance gouvernementale du 7 septembre a rouvert la porte à un espace politique confortable au Liban, permettant aux Libanais de se rencontrer et de coopérer pour faire face au principal défi posé par l’ennemi israélien, tout en bloquant ceux qui tentent de détourner (ce) combat vers des conflits internes ». Moins conciliant, le député du Hezbollah Hassan Ezzeddine a déclaré qu’une fois que le gouvernement libanais « aura atteint » la souveraineté, son groupe parlementaire pourra « s’asseoir à la table et discuter de la stratégie de défense, ainsi que de la stratégie de sécurité nationale », dans une allocution prononcée à Kherbet Selm au Liban-Sud et rapportée par l'Ani.
Soutien à l’exécutif, à la présidence et à l’armée
« Aujourd’hui, les opposants (au désarmement et à la reconstruction de l'État, Ndlr) doivent savoir que le train est lancé, que le travail est en cours, et que les Libanais ont un rendez-vous inévitable avec la naissance du nouveau Liban », a encore déclaré Samy Gemayel dans son entretien publié le jour de la commémoration de la mort de son oncle, l’ancien président Bachir Gemayel, assassiné pendant la guerre civile en 1982.
Le leader chrétien a également salué de manière plus générale la volonté de réforme de la présidence et du gouvernement, indiquant qu’elle avait contribué à restaurer la confiance des pays étrangers envers le Liban et la crédibilité de ses autorités, et à «renforcer» l’optimisme au sujet de l’avenir du pays. Il a également exprimé le soutien de son parti à l’armée pour lui permettre « d'imposer l’influence de la légitimité sur l’ensemble du territoire libanais ».
Alors que le tandem chiite et ses adversaires politiques s’accusent mutuellement de laisser des pays étrangers – l’Iran d’un côté, les États-Unis et leurs alliés de l’autre côté – interférer dans la politique libanaise, Samy Gemayel a assuré que sa formation «mise d’abord sur elle-même en tant que force souveraine soutenant le mandat et le gouvernement, avant de compter sur les initiatives étrangères, qu’elles soient françaises, américaines ou arabes».
Le chef des Kataëb a enfin réitéré sa « position ferme sur le retrait d’Israël des territoires qu’il a occupés lors de la dernière guerre contre le Hezbollah, la libération des prisonniers libanais, son respect total de l'accord de cessez-le-feu, tout comme le Liban s’y est engagé, et le retour effectif à l’accord d’armistice de 1949. C’est pourquoi nous appelons les amis du Liban à le soutenir dans ce domaine. »



Sami Gemayel et bien d’autres d’ailleurs ont choisi le pire moment de l’histoire du pays pour parler de deux qualificatifs qui n’existent pas : l’indépendance et la souveraineté.
10 h 24, le 15 septembre 2025