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Points de vue - Retour Des Réfugiés

Une opportunité pour réchauffer les relations entre le Liban et la Syrie

Une opportunité pour réchauffer les relations entre le Liban et la Syrie

Des camions transportant les bagages des réfugiés syriens retournant en Syrie, le 5 novembre 2022. Photo d’illustration fournie par Sarah Abdallah

Le programme libanais de retour des réfugiés syriens, qui en est maintenant à son troisième mois, continue de progresser régulièrement. Si ce programme vise sans doute à répondre à une demande politique interne, le gouvernement a déployé son plan de retour au moment même où la Syrie connaît une transformation politique et où le Liban tente de définir ses relations avec un voisin qui a radicalement changé.

Alors que les décideurs libanais envisagent de prolonger ce programme, ils doivent non seulement tenir compte des mérites et du potentiel du programme, mais aussi réfléchir à la manière dont la gestion des retours par le Liban s’inscrit dans un effort plus large visant à établir une bonne coopération avec la nouvelle Syrie.

Le gouvernement du Premier ministre Nawaf Salam a lancé son plan de retour des réfugiés syriens le 1er juillet. Ce programme repose principalement sur des aides financières accordées aux rapatriés enregistrés et sur des dérogations, jusqu’au 30 septembre au moins, aux frais ou aux interdictions de rentrée aux postes-frontières officiels.

Retours « sûrs et durables »

Ce programme de retour, que nous avons analysé en détail dans un rapport récent pour le groupe de réflexion américain The Century Foundation, intègre bon nombre des meilleures options politiques dont dispose le Liban. Il est important de noter que les engagements du programme à respecter le droit international et les droits des Syriens ont contribué à obtenir le soutien extérieur nécessaire.

Le programme ne permettra pas de renvoyer tous les Syriens actuellement au Liban dans leur pays d’origine, comme certains au Liban pourraient l’espérer. De nombreux Syriens espèrent toujours rentrer chez eux à l’avenir, mais savent que, pour l’instant, leurs régions d’origine ne sont pas encore habitables. Cependant, près de 115 000 Syriens ont déjà manifesté leur intérêt pour le programme, qui a permis de soutenir plus de 6 000 retours.

Bien sûr, les retours sont un processus à double sens, et le Liban est désormais confronté à une Syrie différente et inconnue. Jusqu’à présent, cependant, Beyrouth et Damas ont coopéré avec succès sur le dossier des retours, même si la Syrie a ses propres intérêts et préoccupations. La nouvelle autorité frontalière syrienne, par exemple, a amplifié les mesures prises par le Liban pour faciliter les retours et a pris ses propres mesures parallèles. Les responsables syriens ont toujours souligné que tous les citoyens syriens étaient les bienvenus dans leur pays d’origine.

Cependant, les responsables syriens ont également fait preuve de prudence : ils se méfient d’un nombre trop important de retours, trop rapides, qui pourraient submerger les capacités limitées de l’État. Les responsables syriens ont également souligné aux médias libanais que les retours des réfugiés devaient être « durables ».

Cette insistance sur la durabilité des retours est tout à fait logique. Elle correspond à la position des responsables de l’ONU et au plan du gouvernement libanais, qui s’engage à assurer des retours « sûrs et durables ». Le Liban doit certainement donner la priorité à la durabilité, tant pour des raisons humanitaires que parce qu’il est particulièrement exposé à une nouvelle migration ou à un retour de migrants en provenance de Syrie.

Traitement « digne »

De son côté, la Syrie ne s’est pas engagée avec enthousiasme auprès du Liban. Le nouveau système politique syrien est encore en cours d’élaboration et les capacités de l’État restent limitées. Malgré les nombreux défis internes auxquels est confronté le nouveau gouvernement syrien, celui-ci s’est engagé dans une vaste opération de promotion internationale, mais pas vraiment avec le Liban. Avant la visite d’une délégation technique syrienne le 1er septembre, le gouvernement Salam attendait depuis des mois que ses homologues syriens se rendent à Beyrouth pour rendre la visite effectuée précédemment par des responsables libanais à Damas. Ce manque d’engagement politique a entravé la poursuite de la coopération bilatérale.

Ce nouveau gouvernement syrien considère manifestement le Liban principalement à travers le prisme du Hezbollah et de l’implication de ce parti dans la guerre civile syrienne. Les responsables syriens affirment que, même aujourd’hui, le Hezbollah continue d’interférer en Syrie et d’œuvrer à la déstabilisation du pays. Et bien que les responsables syriens aient professé leur respect pour la souveraineté et l’indépendance du Liban, ils ont également discuté du rôle du Hezbollah dans la politique intérieure libanaise en des termes incompatibles avec le respect des affaires souveraines du Liban. Ils ont imputé l’enlisement des pourparlers bilatéraux à la « domination » du Hezbollah et affirmé que celui-ci contrôlait les services de renseignements militaires libanais et le tribunal militaire libanais. Il existe même une partie non négligeable de Syriens qui seraient favorables à une ligne plus dure envers le Liban, qui se trouve associé au Hezbollah, à des expériences désagréables à la frontière libano-syrienne et au traitement discriminatoire des réfugiés syriens.

Si le Liban espère surmonter ces perceptions et établir des relations plus positives avec la Syrie, il devra faire des efforts. Mais en ce sens, le retour des réfugiés pourrait en fait constituer une opportunité, car s’il est géré de manière responsable, il pourrait permettre au Liban d’investir dans de meilleures relations bilatérales.

En effet, le nouveau gouvernement syrien a mis l’accent sur un autre aspect du retour, en plus de la durabilité : il souhaite que les réfugiés rentrent dans leur pays dans la dignité. C’est ce que m’a dit Mai Barazi, conseillère pour les réfugiés au ministère syrien des Affaires sociales et du Travail, lorsque nous nous sommes rencontrés à Damas : « Lorsque les gens reviennent, nous voulons préserver leur sécurité et leur dignité. » Un traitement humain et digne des réfugiés syriens de retour au pays et des Syriens résidant au Liban pourrait profiter aux relations du Liban avec la nouvelle Syrie. À cet égard, le plan de retour des réfugiés du gouvernement Salam n’est pas seulement utile pour permettre de nouveaux retours. Ce plan, qui repose sur le respect du droit international et des droits humains des Syriens, peut également contribuer à favoriser des relations plus saines entre le Liban et la Syrie.

Chercheur au laboratoire d’idées américain Century International

Le programme libanais de retour des réfugiés syriens, qui en est maintenant à son troisième mois, continue de progresser régulièrement. Si ce programme vise sans doute à répondre à une demande politique interne, le gouvernement a déployé son plan de retour au moment même où la Syrie connaît une transformation politique et où le Liban tente de définir ses relations avec un voisin qui a radicalement changé.Alors que les décideurs libanais envisagent de prolonger ce programme, ils doivent non seulement tenir compte des mérites et du potentiel du programme, mais aussi réfléchir à la manière dont la gestion des retours par le Liban s’inscrit dans un effort plus large visant à établir une bonne coopération avec la nouvelle Syrie.Le gouvernement du Premier ministre Nawaf Salam a lancé son plan de retour des...
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