Le Libanais Mohieddine Hassané lors de son entretien à la chaîne al-Jadeed, le 10 septembre 2025. Capture d'écran/al-Jadeed
Deux semaines après sa libération, il s’est exprimé à la télévision pour donner sa version des faits. Mohieddine Hassané, condamné par une cour militaire à 15 ans de prison pour « espionnage pour le compte d’Israël » mais relâché par la Cour de cassation militaire le 28 août au bout de 22 mois de détention, est apparu mercredi dans un entretien donné à la chaîne libanaise al-Jadeed. Cet ingénieur en télécommunications avait été arrêté le 14 décembre 2023 par les gardes du président du Parlement, Nabih Berry, à Aïn el-Tiné, un peu plus de deux mois après l’ouverture du front de soutien avec Gaza par le Hezbollah qui a marqué le début du dernier conflit avec Israël.
Au cours de l’entretien, Mohieddine Hassané répond pêle-mêle aux accusations qui le concernent. Niant toute pression politique pour sa libération, l’homme affirme avoir été libéré car acquitté de l’accusation de collaboration avec Israël, la cour ayant uniquement « retenu une peine correspondant à la durée déjà effectuée pour exercice d’activité sans licence », en référence à son emploi au sein d’une entreprise américaine. Mohieddine Hassané dit alors avoir prouvé son « innocence » en démontrant l’existence de ladite entreprise, sans qu’il ne nomme celle-ci durant l’interview.
Plus de 350 000 clichés pris au Liban
S’agissant de la nature de son emploi, l’ingénieur affirme que celui-ci consistait « à installer des caméras à 360° sur des véhicules pour collecter des images de zones géographiques, et recueillir certaines informations sur les fréquences radio », dans l’objectif de « produire des cartes numériques à 360° pour des projets de villes intelligentes ». L’homme indique que son activité couvrait autant le Liban que d’autres pays, comme l’Égypte, la Turquie ou l’Arabie Saoudite. Lors de sa libération, le site al-Modon avait affirmé que Mohieddine Hassané et ses « complices » auraient pris plus de 350 000 clichés de plusieurs régions au Liban, comme la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah, mais également à Aïn el-Tiné, résidence du président de la Chambre. « La société américaine nous avait explicitement demandé d’éviter les zones sensibles », reconnaît Mohieddine Hassané à al-Jadeed, assurant toutefois que « les images ont été prises en plein jour, de 8h à 15h ». Puis d’interroger rhétoriquement la journaliste : « Ne pensez-vous pas qu’une voiture au milieu de la banlieue sud avec une caméra sur le toit aurait attiré l’attention ? » L’homme nie ensuite s’être rendu dans la banlieue sud de Beyrouth.
Une fois Mohieddine Hassané libéré, la chaîne de télévision du Hezbollah, al-Manar, a affirmé que l’homme possédait une caméra et des radars permettant de localiser toute personne utilisant le Wi-Fi via un téléphone, de pénétrer le champ des talkies-walkies et des bipeurs et d’intercepter les messages qui y sont envoyés. Durant l’entretien à al-Jadeed, Mohieddine Hassané assure que les appareils utilisés « ne permettaient pas de pirater le Wi-Fi ou les mots de passe », arguant que tous les équipements en question sont « disponibles dans le commerce » et que ceux-ci sont généralement utilisés par de grandes sociétés « pour améliorer les réseaux ».
Pas de lien avec l’attaque des bipeurs
Certains médias libanais et les réseaux sociaux, qui l’ont affublé du titre d’« espion », accusent Mohieddine Hassané d’avoir ouvert la voie à l’attaque meurtrière des bipeurs le 17 septembre 2024 menée par Israël au Liban, ayant principalement ciblé les cercles du Hezbollah. Dans son entretien à la chaîne, l’ingénieur « rejette totalement cette accusation », rappelant qu’il était détenu au tribunal militaire lors de l’attaque et affirmant ne « jamais avoir transmis de données pouvant mener » à celle-ci.
Sur les réseaux sociaux, l’entretien a fait réagir. Le journaliste Radwan Mortada du quotidien al-Akhbar, proche du Hezbollah, a ainsi appelé « toutes les victimes » de l’attaque des bipeurs, leurs familles et la direction du Hezbollah « à intenter des poursuites judiciaires » contre Mohieddine Hassané. « Je mettrai à leur disposition les rapports qui prouvent que les fréquences des bipeurs et les communications faisaient partie des données qu’il envoyait à son opérateur », assure-t-il. Hassan Ollaik, aussi journaliste au Akhbar, et Fatima Ftouni, journaliste pour al-Mayadeen, média libanais pro-iranien, ont également relayé cet appel.
Les dirigeants du Hezbollah ont reconnu des failles sécuritaires au sein du parti qui auraient permis l’importation des bipeurs piégés par les renseignements israéliens.




L'un des dindons de la farce.
08 h 52, le 12 septembre 2025