Les dos-d’âne, ou ralentisseurs, aussi connus sous les synonymes bumps ou humps en anglais, ou mtabbét en arabe, sont en principe des éléments de voirie conçus pour faire ralentir les véhicules et améliorer la sécurité routière. Malheureusement au Liban, pour la plupart, ils constituent un véritable danger public.
L’état des routes dans notre pays est, comme tout le monde le sait, catastrophique voire dangereux, et parfois mortel. Les automobilistes sont parmi les catégories les plus taxées à cause des taxes sur leurs véhicules et sur l’essence. En contrepartie, l’État ne leur offre que des routes dangereuses et parfois impraticables. Une étude publiée au mois de janvier de l’année passée par Global Positioning Specialists (GPS) qualifiait le Liban comme étant le pays le plus dangereux au monde pour les conducteurs. Selon les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS, 2015), environ 11 990 personnes sont tuées ou grièvement blessées chaque année sur les routes du Liban, ce qui coûte 2,28 milliards de dollars à l’économie nationale (4,4 % du PIB).
Parmi les dangers sur nos routes et sur nos autoroutes se trouvent les fosses appelées « nids-de-poule ». Ces innombrables nids-de-poule de toutes tailles criblent comme un champ de mines tout notre circuit routier et leur nombre ne fait que croître tous les jours. Le conducteur doit en permanence, jour et nuit et plus particulièrement la nuit, sur des routes inéclairées, conduire les yeux rivés sur la chaussée, afin d’éviter de tomber dedans. Ils occasionnent au quotidien des dégâts considérables sur les véhicules, surtout en hiver lorsqu’ils sont masqués par l’eau des pluies. Et comme si ces dangers de la route n’étaient pas suffisants pour ralentir le trafic et user les nerfs des conducteurs, ces derniers sont de plus en plus confrontés au problème des dos-d’âne. Nous assistons tous les jours sur nos routes archiabîmées et usées à une prolifération sauvage et anarchique.
Les problèmes liés aux bumps ne sont certes pas limités à notre pays. Les dégâts qu’ils peuvent occasionner sur les véhicules sont connus. De plus, ils augmentent la pollution de l’air à cause des freinages et des redémarrages qu’ils engendrent. Un grand nombre de ces bumps sont non réglementaires ; ainsi à titre d’exemple, un article publié l’année passée dans le magazine Connexions révélait qu’en France un demi-million d’entre eux devraient être démantelés.
Chez nous, ils sont beaucoup plus dangereux qu’ailleurs, parce que mal signalés ou pas signalés du tout. Le danger de ne pas les voir la journée est grand, et la nuit il devient énorme. Cela peut causer de sérieux dégâts aux véhicules qui les heurtent à grande vitesse, tant au niveau des roues et des jantes qu’au niveau de tous les éléments de la suspension et de la transmission, nécessitant des réparations fort onéreuses. De plus, la déstabilisation du véhicule peut causer des accidents encore plus graves, le choc pouvant dans certains cas se répercuter jusqu’au niveau du conducteur et lui occasionner des traumatismes au niveau de la nuque et du dos.
Ces instruments de sécurité routière deviennent donc sur nos routes un danger public et l’objet de dégâts considérables à l’échelle du pays. Ce fléau est particulièrement étendu dans certaines régions et s’est accru depuis les dernières élections municipales. Ainsi par exemple dans la région du Douar, on a assisté sur une petite route et en un seul jour à l’installation de plusieurs bumps à quelques mètres les uns des autres. À Naas, l’ancien président de la municipalité en a installé un gigantesque devant son restaurant. Sur l’autoroute au nord de Tripoli, leur nombre est démentiel. Cette prolifération anarchique semble relever dans beaucoup de cas d’un caprice de certains riverains incommodés par le bruit du trafic ou possédant des commerces pouvant bénéficier d’un ralentissement du trafic.
Pour ces différentes raisons, il semble urgent de contrôler l’expansion dangereuse de ces bumps, mais aussi de signaler leur présence et d’assurer leur visibilité de jour comme de nuit.
En l’absence de ces précautions élémentaires, tout conducteur subissant des dommages matériels ou physiques dus à ces bumps « sauvages » devrait pouvoir réclamer des dommages et intérêts aux municipalités et aux individus les ayant installés. Les organisations de protection du consommateur en général et des automobilistes en particulier devraient se mobiliser, comme il serait nécessaire et utile que le projet mis en route en l’an 2022 par la Banque mondiale, visant à améliorer l’infrastructure du réseau routier libanais, puisse intégrer et gérer leur réglementation sur nos routes.
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Pauvre Liban
11 h 35, le 10 septembre 2025