Critiques littéraires Romans

Ceux qui vont mourir

Morituri de Yasmina Khadra, Mialet-Barrault Eds, 2025, 256 p.

Yasmina Khadra qui est le pseudonyme de Mohammed Moulessehoul remet à jour le roman qui l’a révélé au grand public, il y a une trentaine d’années.

Brahim Llob est un commissaire de police dans l’Algérie de la décennie noire de la guerre civile, celle qui a suivi l’annulation du processus électoral et qui a conduit à ce qu’on ne connaît que trop au Liban et dans nos pays rongés par les attentats, les assassinats ciblés, les disparitions les moins élucidées et l’état de non-droit.

On lui demande d’enquêter sur ce qui lui apparaît très vite non comme une simple fugue mais bel et bien une plongée dans les milieux malfamés des réseaux de crimes contre l’État. Et de la corruption. La fille d’un riche notable a disparu.

Lucide, intègre et désabusé, le commissaire sait que la société dans laquelle il évolue est vicéralement pourrie, et que dire la vérité signifie vivre en sursis. Il est écarté. L’affaire est étouffée. Sa vie est menacée. Mais il refuse de se taire, de baisser les bras, de devenir complice.

Homme de droit, Llob n’est pas un héros qui va sauver son pays mais un témoin impuissant du naufrage de celui-ci. En ceci et à l’instar des gladiateurs de l’époque romaine, il est sans illusion sur le destin qui le guette.

Morituri est une métaphore du destin collectif du peuple algérien qui vit dans l’arène de la mort annoncée. Yasmina Khadra, lui-même officier dans l’armée de son pays, mène une vie double comme Nehida Yellès qu’il recherche, en devenant l’écrivain qui forge une langue aussi belle que dissidente. Une langue à l’ironie acerbe et aux images vivifiantes.

« Saigné aux quatre veines, l’horizon accouche par césarienne d’un jour qui finalement n’aura pas mérité sa peine. » Cet incipit témoigne d’une écriture poétique dont les mots tranchants cohabitent avec la langue crue des polars. Une écriture oxymore, familière et altière. Une haute littérature des bas-fonds de nos sociétés mortifères.


Morituri de Yasmina Khadra, Mialet-Barrault Eds, 2025, 256 p.Yasmina Khadra qui est le pseudonyme de Mohammed Moulessehoul remet à jour le roman qui l’a révélé au grand public, il y a une trentaine d’années.Brahim Llob est un commissaire de police dans l’Algérie de la décennie noire de la guerre civile, celle qui a suivi l’annulation du processus électoral et qui a conduit à ce qu’on ne connaît que trop au Liban et dans nos pays rongés par les attentats, les assassinats ciblés, les disparitions les moins élucidées et l’état de non-droit.On lui demande d’enquêter sur ce qui lui apparaît très vite non comme une simple fugue mais bel et bien une plongée dans les milieux malfamés des réseaux de crimes contre l’État. Et de la corruption. La fille d’un riche notable a disparu.Lucide, intègre et...
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