Le secrétaire d'État américain Marco Rubio rencontre le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Sa'ar au département d'État à Washington, D.C., États-Unis, le 27 août 2025. Photo REUTERS/Evelyn Hockstein
À quelques jours de l’ouverture de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations unies, les États-Unis ont annoncé la révocation et le refus de visas pour les responsables de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et de l’Autorité palestinienne (AP). La mesure, confirmée par un communiqué du Département d’État, marque une première dans l’histoire diplomatique récente : jamais une délégation entière n’avait été ainsi empêchée de participer à la grand-messe annuelle de la diplomatie mondiale.
« Avant de pouvoir être considérés comme partenaires pour la paix, l’OLP et l’AP doivent répudier de manière constante le terrorisme — y compris le massacre du 7 octobre — et mettre fin à l’incitation à la violence dans l’éducation », a justifié le secrétaire d’État Marco Rubio. Washington reproche également à l’AP ses initiatives juridiques internationales — notamment auprès de la Cour pénale internationale (CPI) et de la Cour internationale de justice (CIJ) — qu’elle considère comme une «diplomatie de contournement» sapant les négociations directes avec Israël.
Selon des diplomates des Nations unies, il s’agit de la première fois que les États-Unis, pays hôte du siège de l’ONU, prennent une telle décision collective. Le seul précédent comparable remonte à 1988, lorsque Washington avait refusé un visa au président de l’OLP, Yasser Arafat, l’empêchant de s’exprimer à New York. L’Assemblée générale avait alors délocalisé sa session extraordinaire à Genève pour lui permettre de prendre la parole.
Mais à la différence de ce précédent ciblé, la mesure de 2025 frappe l’ensemble des représentants palestiniens — une escalade sans équivalent dans la pratique diplomatique. Le quotidien New York Post, proche de l'administration américaine, a rapporté que le président palestinien Mahmoud Abbas figurait sur la liste des responsables qui ne seraient pas autorisés à entrer aux États-Unis.
Quid des autres pays « sous tension » ?
Des restrictions de visas ont déjà concerné des responsables d’États comme l’Iran, Cuba ou encore la Syrie, mais jamais dans le cadre de l’Assemblée générale. Les autorités américaines s’étaient toujours conformées à l’« Accord de siège » conclu avec l’ONU, qui garantit le droit d’accès des délégations étrangères au siège new-yorkais.
Dans le cas palestinien, Washington précise que la mission permanente auprès de l’ONU bénéficiera d’une dérogation, permettant une présence minimale en vertu de cet accord. Mais les responsables politiques de l’AP et de l’OLP ne pourront pas assister aux débats de haut niveau, ni participer aux rencontres bilatérales organisées en marge du rendez-vous annuel.
« L'administration Trump a été claire », a déclaré le département d'État. « Il est dans l'intérêt de notre sécurité nationale de tenir l'OLP et l'AP responsables du non-respect de leurs engagements et de la compromission des perspectives de paix. »
Un bras de fer diplomatique
Cette décision s’inscrit dans un climat de défiance croissante entre Washington et Ramallah, siège de l'AP. En juillet déjà, l’administration Trump avait imposé des restrictions de visas ciblées contre plusieurs hauts responsables palestiniens, dénonçant leur « soutien implicite au terrorisme » et leurs initiatives internationales contre Israël.
Si l’ONU ne s’est pas encore exprimée officiellement, plusieurs diplomates redoutent un précédent qui pourrait fragiliser l’organisation. « L’Assemblée générale est le seul forum où toutes les voix, grandes ou petites, sont censées pouvoir être entendues », relève un observateur onusien.
Reste à savoir si la décision américaine restera un cas isolé ou si elle ouvrira la voie à d’autres exclusions diplomatiques dans les années à venir.
Réactions palestiniennes et israéliennes
Le département d'État n'a pas précisé si la mesure s'appliquait à tous les responsables palestiniens. Son porte-parole a déclaré que les États-Unis « restent ouverts à une reprise des contacts si l'Autorité palestinienne et l'Organisation de libération de la Palestine prennent des mesures concrètes pour revenir à une discussion constructive ».
Le président Mahmoud Abbas doit participer à la 80e Assemblée générale de l'ONU, qui se tiendra du 9 au 23 septembre, selon Riyad Mansour, ambassadeur palestinien auprès des Nations unies. « Nous verrons ce que cela implique exactement et comment cela s'applique à nos délégations, puis nous répondrons en conséquence », a déclaré M. Mansour à la presse.
Le ministère palestinien des Affaires étrangères a de son côté réagi à la décision américaine de « refuser et révoquer les visas » des membres de l'OLP et de l'AP, se disant « perplexe » face à la décision de Washington d'interdire à la délégation palestinienne d'assister à l'Assemblée générale. Il a qualifié la révocation des visas de « violation » de la convention de 1947 sur le siège de l'ONU et appelé le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, et le Conseil de sécurité de l'ONU à « remplir leurs fonctions ».
Le ministère affirme qu'il souhaite « des solutions diplomatiques et juridiques qui garantiraient la participation de la délégation palestinienne aux discussions de l'Assemblée générale » et souligne que « la décision de Washington n'entravera pas la reconnaissance internationale d'un État palestinien ».
Le chef de la diplomatie israélienne, Gideon Saar, a pour sa part qualifié d' « initiative courageuse » le refus par les États-Unis d'octroyer des visas à des membres de l'Autorité palestinienne avant l'Assemblée générale de l'ONU.
« Merci [...] de tenir l''OLP' [l'Organisation de libération de la Palestine] et l'Autorité palestinienne responsables des récompenses qu'elles offrent aux terroristes, pour leur incitation à la haine et leurs efforts pour lancer une guerre juridique contre Israël », écrit Gideon Saar sur son compte X.
« Nous remercions le président Donald Trump et (son) gouvernement pour cette initiative courageuse (et) pour le soutien offert une fois de plus à Israël », ajoute-t-il.
Le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, a déclaré de son côté qu’il était « important » que tous les États et les observateurs permanents, y compris les Palestiniens, soient représentés lors d’un sommet prévu la veille du début de l’Assemblée générale. « Nous espérons évidemment que cela sera résolu ».
Fin juillet, le président Emmanuel Macron a annoncé que la France allait reconnaître l'État de Palestine à l'Assemblée générale de l'ONU. Dans la foulée, plus d'une dizaine de pays occidentaux ont appelé d'autres pays du monde à faire de même.
Donald Trump prévoit d'assister à l'Assemblée générale de septembre, où il prononcera un des premiers discours. Son administration a nettement limité les relations avec les Nations unies et d'autres organisations internationales.



Cessez-le-feu : entre le non de Tel-Aviv et l’insistance de Beyrouth, Washington pour un retour à l’avant mars 2026