Le suspense est levé. Après des mois de pressions, d’inquiétudes et de rumeurs alarmistes, le mandat de la Force intérimaire des Nations unies (Finul) qui expire le 31 août a été finalement renouvelé pour 14 mois, sans changement dans la mission. Celle-ci devrait toutefois quitter le territoire le 31 décembre 2027, c’est-à-dire 49 ans après la création de la Finul par la résolution 425 du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette décision du Conseil de sécurité adoptée jeudi sur la base d’une proposition française a constitué un grand soulagement pour les autorités libanaises. Mais il s’agit aussi d’une victoire diplomatique pour la France, qui était le seul pays à s’investir véritablement dans la nécessité de prolonger la présence de la Finul, face aux réserves, voire à l’opposition déclarée des États-Unis et d’Israël.
Selon une source diplomatique européenne, la France a été essentiellement encouragée pour s’accrocher à la prolongation du mandat de la Finul par l’arrivée au pouvoir au Liban d’une nouvelle équipe décidée à aller de l’avant. L’adoption par le gouvernement de « la décision courageuse » de restaurer l’autorité de l’État en particulier au Liban-Sud a constitué une motivation pour Paris pour accompagner ce processus. La France estime que la Finul devrait contribuer à l’accomplissement de cette mission.
Certes, certains laissent entendre qu’il s’agirait plutôt d’une demi-victoire pour la France, car la mission des Casques bleus doit prendre officiellement fin en 2026 et elle aura un an de plus pour démonter toutes ses installations et se retirer. Or le Liban aurait sans doute préféré que la mission de la Finul se poursuive jusqu’au retrait israélien définitif des territoires libanais occupés, avec une assurance qu’il n’y aura plus d’attaque, car la Finul est une sorte de garantie pour la préservation des droits territoriaux du Liban. Mais la source diplomatique précitée ne voit pas les choses de cette manière. Selon elle, il n’a jamais été question de maintenir la Finul pour toujours mais plutôt d’aider les forces de l’État libanais à prendre le contrôle du Sud.
La France craignait un veto en particulier de la part des États-Unis pour deux raisons. D’abord, l’administration américaine a une vision restrictive du rôle de la Finul. Ensuite, ses liens avec les Israéliens – qui souhaitent le départ des Casques bleus – auraient pu l’influencer. Mais la diplomatie française s’est activée et la décision de maintenir la Finul a été adoptée.
Désormais, les efforts français vont se concentrer sur l’aide aux autorités libanaises. Les milieux diplomatiques attendent d’ailleurs les détails du plan qui sera présenté au autorités pour étendre l’autorité de l’État. Mais il est certain qu’un grand progrès a déjà été accompli, par l’armée seule et avec l’aide de la Finul. Il y a eu ainsi récemment le démantèlement d’un important réseau de tunnels souterrains au Sud.
Au sujet des possibilités de contraindre Israël à exécuter sa part de l’accord de cessez-le-feu signé le 27 novembre 2024, la source diplomatique européenne révèle que cela fait l’objet de discussions entre le Liban, la France, les États-Unis et Israël. Des progrès sont accomplis dans ce sens, mais il n’y a pas encore de calendrier précis, plutôt des déclarations encourageantes de la part des autorités israéliennes.
Les Américains semblent être les seuls à pouvoir faire pression sur Israël et seraient conscients de la nécessité de pousser Tel-Aviv à donner des signes positifs. Mais il y a d’autres enjeux politiques entre les Israéliens et les Américains, et la France travaille sur ce sujet.
Faut-il interpréter le retrait de la Finul en décembre 2027 comme un signe que la question des frontières entre le Liban et Israël sera réglée d’ici là ? Rien n’est encore sûr. La source diplomatique se contente de déclarer qu’il faut travailler pour que cela arrive, au lieu de faire des spéculations.
Mais reste à savoir si le retrait de la Finul ne constituera pas une grande perte économique pour le Sud. La source précitée affirme qu’il faut s’organiser pour que l’empreinte onusienne ne disparaisse pas et qu’il n’y ait pas de conséquences sur la vie des gens. Certaines institutions liées à l’ONU peuvent continuer à être présentes dans la région sous différentes étiquettes, notamment celle de l’UNSCOL (Bureau du coordinateur des Nations unies au Liban). De toute façon, il y aura une année entière pour défaire les installations administratives et il y aura certainement d’ici là des structures pour accompagner les localités qui en ont besoin.
Pour la France en tout cas, les réformes économiques et structurelles sont importantes. Les autorités libanaises y travaillent d’ailleurs et cela permet de créer les conditions nécessaires pour organiser une conférence de soutien au Liban.
Au sujet de la possibilité de créer à la frontière sud une zone industrielle portant le nom de Donald Trump, la source diplomatique précitée précise qu’il en est question, mais cela ne figure pas expressément dans le document présenté par Tom Barrack. En tout cas, la France discute de l’aspect économique au Sud avec les parties concernées.
Quant à la possibilité de l’éclatement d’un nouveau round dans la guerre entre le Liban et les Israéliens, c’est un scénario que personne ne souhaite et ne veut évoquer...

