De tous les scénarios catastrophe envisagés par l’armée israélienne depuis le jour où elle s’était dotée de l’arme atomique, le plus apocalyptique est celui qui commanderait le recours à l’Option Samson. Celle-ci fait évidemment référence à ce personnage biblique qui usa de sa force herculéenne pour renverser les colonnes d’un temple philistin, entraînant ainsi dans la mort nombre de ses ennemis. S’il venait donc à être envahi et sur le point de disparaître, l’État hébreu lancerait donc des frappes nucléaires contre ses assaillants : après moi un déluge radioactif…
Au Shimshon de la Bible correspond le Shamshoun de la tradition islamique, tout aussi vénéré en tant que prophète et saint, du moment qu’il avait héroïquement combattu les idolâtres au nom du Dieu unique. C’est là d’ailleurs une de ces nombreuses dévotions que peuvent avoir fort heureusement en commun les grandes religions monothéistes. Il reste que hors des écritures sacrées, il n’est pas donné à tout le monde de jouer les Samson, comme vient de s’y essayer pourtant le secrétaire général du Hezbollah, cheikh Naïm Kassem.
Ce n’est certes pas la première fois que la milice pro-iranienne décrète nulle et non avenue la décision en tout point historique de l’État libanais de s’assurer le monopole des armes. De même a-t-elle déjà accusé le pouvoir légal de livrer le pays à Israël. Bien qu’amplement démentie par les faits, sa prétention à défendre mieux que quiconque le pays et à en protéger la population fait invariablement partie, elle aussi, de son discours. Jamais cependant le Hezbollah ne s’était aventuré à ressortir du musée des horreurs cet épouvantail dont il a longtemps usé et abusé : le chantage à la guerre civile. C’est à de telles extrémités que se livrait vendredi matin cheikh Kassem en déniant toute vie au Liban si ses dirigeants devaient persister dans leur projet de désarmement : pire encore en rejetant par avance sur l’État la responsabilité d’une calamité dont il est seul à brandir la menace, même pas voilée.
C’est dire la vague de protestations indignées qu’ont soulevé les incendiaires propos du chef du Hezbollah, qui s’exprimait au lendemain d’un entretien avec le haut responsable iranien Ali Larijani en houleuse visite à Beyrouth. Le plus grave est qu’en se disant, lui et les siens, volontaires pour un nouveau Kerbala, l’apprenti Samson mise ouvertement sur une périlleuse mobilisation sectaire. C’est dans ce site irakien en effet que furent massacrés par les Omeyyades l’imam Hussein, petit-fils du Prophète et ses compagnons, évènements qui donnaient naissance au schisme entre les deux grandes branches de l’islam. En tout état de cause, ce ne sont pas les seuls adeptes de la milice, formés dans le culte effréné du martyre, que l’on voudrait maintenant gagner aux vertus du suicide collectif. C’est une communauté chiite souffrante et assoiffée de normalité, c’est le peuple libanais tout entier, c’est l’armée régulière garante de l’unité nationale que l’on parle cyniquement de jeter en vrac dans la fournaise.
On ne sait de quelle super vitamine s’est servi Larijani pour doper à outrance Kassem. Mais on se doute bien de quelles secousses libanaises il entend se faire payer de retour.
Issa GORAIEB

