Un chasseur furtif F-35 américain en Israël. Photo d'archives AFP
La Suisse « maintient son projet d'acquisition » des avions de combats américains F-35 malgré un énorme surcoût et un refus absolu de l'administration Trump de transiger, a indiqué mercredi le gouvernement fédéral, critiqué sur la gestion de ce dossier. Le Conseil fédéral « entend protéger la Suisse contre les menaces aériennes avec cet avion qui dispose d'une avance technologique importante par rapport à d'autres appareils et qui est désormais largement répandu dans les pays européens », souligne le gouvernement dans un communiqué.
Le gouvernement confirme donc ce choix controversé en raison des nombreux problèmes techniques rencontrés par le programme F-35 aux États-Unis et ce malgré un surcoût de 650 millions à 1,3 milliard de francs suisses pour une enveloppe globale initiale de quelque 6 milliards de francs (6,38 milliards d'euros). Ces surcoûts sont liés, selon la partie suisse, à l'inflation aux Etats-Unis, la hausse des prix des matières premières et l'impact des tarifs douaniers imposés au monde entier par Washington.
En juin, le ministre de la Défense Martin Pfister avait évoqué l'hypothèse d'acheter moins que les 36 appareils prévus pour rester dans les clous financiers approuvés par referendum en septembre 2020. Mercredi, lors d'un point de presse, il a présenté d'autres hypothèses comme par exemple une compensation partielle du surcoût par des contrats de sous-traitance du constructeur américain Lockheed-Martin avec des entreprises suisses ou une enveloppe budgétaire supplémentaire accordée par le parlement.
Il peut aussi s'agir d'un « mix » de l'ensemble.
Évaluation des besoins
Les livraisons des avions américains doivent débuter en 2027 pour remplacer une flotte à bout de souffle. Le ministre a exclu de relancer un appel d'offre pour un autre type d'appareil, « qui durerait longtemps et coûterait sans doute plus cher ». Le Conseil a aussi chargé le futur commandant des forces aériennes suisses de repasser au crible le rapport sur « l'avenir de la défense aérienne » publié en 2017, alors que la situation sécuritaire mondiale a évolué, ne serait-ce qu'avec la guerre en Ukraine, où les drones ont révolutionné le champ de bataille.
Le divisionnaire (général) Christian Oppliger devra déterminer ce qui reste valable dans ce document et sera chargé de réévaluer l'équipement de la défense aérienne « en tenant compte de la situation financière et de politique de sécurité ». Le Conseil fédéral tranchera ensuite au mois de novembre au regard des conclusions, a expliqué M. Pfister.
Les Suisses avaient donné leur blanc seing à une très courte majorité d'à peine plus de 50% à une enveloppe de 6 milliards de francs pour que le pays se dote d'une nouvelle flotte, les appareils en service F/A-18 arrivant en fin de vie vers 2030. Lors du choix du F-35, le gouvernement suisse avait affirmé que l'avion américain était de loin le meilleur, au prix le plus bas de tous les concurrents en lice pour le contrat (Rafale, F/A-18 et Eurofighter). Il avait aussi assuré que le prix d'achat de l'avion était garanti et ne bougerait pas, citant des assurances américaines dans ce sens.
Critiques
Les critiques de nombreux élus et de la presse sur la gestion de ce dossier sont venues s'ajouter à celles plus récentes liées au camouflet infligé à la Suisse et ses dirigeants par le président Donald Trump avec des droits de douane punitifs de 39%, parmi les plus élevés au monde. Le Parti socialiste a demandé au Conseil fédéral de « cesser de fermer les yeux sur ce fiasco total », dans un communiqué de presse, qui suggère de rechercher des alternatives avec les partenaires européens.
Les Vert'libéraux estiment qu'après les promesses lors de l'annonce du contrat « tout a changé. Cela s'apparente à un manquement au devoir de diligence ». Ils demandent de respecter l'enveloppe adoptée par le peuple en achetant 30 avions au lieu de 36. Le ton est plus ferme chez les Vert-e-s qui exigent l'arrêt immédiat de l'acquisition des avions et de stopper immédiatement les paiements échelonnés. « Le Conseil fédéral a pris une décision douloureuse, mais juste », estime à l'inverse le parti libéral-radical (droite), tout comme le parti le Centre (centre-droit).

