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Nos lecteurs ont la parole

Créer au Liban, c’est comme porter un jean trop petit

Je suis étudiant en design graphique. J’ai 18 ans. Et je vis au Liban.

Être jeune et créatif au Liban, c’est comme porter un jean trop petit.

Tu réussis à le mettre, mais à peine. Il serre tes jambes, ton souffle, tes élans.

Tu avances avec, malgré l’inconfort. Tu finis par croire que c’est normal de se sentir à l’étroit.

Créer au Liban, ce n’est pas seulement un métier.

C’est une façon de rester debout dans un pays qui s’effondre par morceaux.

C’est une forme de résistance intime. Un acte fragile, mais nécessaire.

C’est faire émerger du sens dans un quotidien instable. C’est proposer de la beauté là où tout pousse au découragement.

C’est dessiner un avenir, même quand on ne voit pas très bien le lendemain.

On pense en images douces, fortes, organisées, mais on vit dans le bruit, les pannes, l’attente.

On rêve de bâtir quelque chose de solide, de cohérent, mais on ne sait jamais si on pourra rester assez longtemps pour le voir naître.

Le Liban, c’est une scène.

Pas une scène bien cadrée, bien éclairée, avec des rôles clairs.

Non. Une scène d’improvisation permanente, parfois une scène de chaos, parfois aussi de miracles.

Et nous, les créatifs, on marche dessus à tâtons, sans texte, sans guide, en espérant garder l’équilibre.

Autour de moi, j’ai des amis qui créent aussi.

Ils sont photographes, illustrateurs, animateurs, directeurs artistiques.

Ils sont brillants, sensibles, pleins de ressources.

On se retrouve souvent pour rêver ensemble. On parle de projets qu’on aimerait lancer, de marques qu’on imagine, de collaborations qui n’existent pas encore.

Et on parle aussi de départs, de stages à l’étranger, d’ailleurs possibles.

Et malgré tout, on rit. Parce que parfois, rire, c’est la seule manière de ne pas plier.

Je ne veux pas partir. Mais je ne veux pas renoncer non plus.

Et ce tiraillement, cette tension, je sais que beaucoup la partagent.

Alors je continue.

Avec mes outils, mes carnets, ma fatigue, mes espoirs.

J’ajuste ce jean trop petit. J’apprends à respirer dedans.

Et peut-être qu’un jour, il finira par m’aller.

Ou peut-être qu’alors, j’aurai appris à en coudre un nouveau, à ma taille, à notre mesure.

Au Liban.

Parce que malgré tout, malgré les coupures, les retards, les absences…

On est encore là.

Et ça, c’est déjà une forme de création.

Une forme de résistance aussi.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Je suis étudiant en design graphique. J’ai 18 ans. Et je vis au Liban. Être jeune et créatif au Liban, c’est comme porter un jean trop petit. Tu réussis à le mettre, mais à peine. Il serre tes jambes, ton souffle, tes élans. Tu avances avec, malgré l’inconfort. Tu finis par croire que c’est normal de se sentir à l’étroit. Créer au Liban, ce n’est pas seulement un métier. C’est une façon de rester debout dans un pays qui s’effondre par morceaux. C’est une forme de résistance intime. Un acte fragile, mais nécessaire. C’est faire émerger du sens dans un quotidien instable. C’est proposer de la beauté là où tout pousse au découragement. C’est dessiner un avenir, même quand on ne voit pas très bien le lendemain. On pense en images douces, fortes, organisées, mais on vit dans le bruit, les pannes,...
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Vive le Liban

Eleni Caridopoulou

00 h 56, le 12 août 2025

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Commentaires (1)

  • Vive le Liban

    Eleni Caridopoulou

    00 h 56, le 12 août 2025

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