Des Syriens réfugiés au Liban rentrent dans leur pays le 9 décembre 2024, au lendemain de la chute du régime de Bachar el-Assad. Photo Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour
L’ACHR (Access Center for Human Rights), une ONG dédiée à la défense des droits humains, a dénoncé vendredi dans un rapport quatre cas de violations des droits humains à l’encontre de réfugiés syriens récemment rapatriés de manière volontaire. « Ces cas soulignent que la Syrie n’est toujours pas sûre », prévient l’ONG.
« L'ACHR a suivi quatre cas de Syriens qui sont récemment retournés dans leur pays après la chute du régime de Bachar el-Assad en décembre 2024. Parmi ces cas, on trouve des rapatriés syriens qui ont été tués, d'autres qui sont morts en détention et ont ensuite été retrouvés avec des traces de torture, ou qui ont été victimes de disparitions forcées et/ou détenus arbitrairement à leur retour en Syrie, sans aucun contact ultérieur avec leur famille », lit-on dans le rapport.
Outre les violations documentées, l’ONG met en lumière les différentes menaces pour la sécurité et les autres risques en Syrie, qui « continuent de façonner le paysage sécuritaire du pays depuis la chute du régime Assad ». Ces actions ont « un impact profond sur la vie quotidienne des Syriens », et « influencent la manière dont les réfugiés évaluent leur volonté de retourner dans leur pays ». L'ACHR cite notamment les massacres et violences sectaires visant les alaouites et les druzes.
Depuis la chute du régime précédent, le rétablissement de la sécurité en Syrie constitue le défi le plus urgent pour les nouvelles autorités du président intérimaire Ahmad el-Chareh. Dans le bastion alaouite du littoral syrien, des massacres ont provoqué en mars dernier la mort de quelque 1 700 personnes, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Dans le sud du pays également, des violences meurtrières entre druzes et bédouins tribaux se sont étendus en juillet à Soueida après l’intervention des forces gouvernementales, venues prêter main forte aux bédouins. Ces violences ont fait plus de 1 400 morts, selon l'OSDH.
Depuis décembre 2024, les Syriens se montrent « optimistes » quant à leur retour au pays, mais beaucoup restent « préoccupés par l'incertitude qui y règne, notamment en matière de sécurité », précise le rapport, citant une étude sur un échantillon de 214 réfugiés au Liban. Le document « clarifie les intentions de retour des réfugiés syriens au Liban, indiquant que seulement 12 % des personnes interrogées prévoyaient de retourner en Syrie et 50 % ont déclaré ne pas souhaiter retourner en Syrie ». L'ONG cite également une autre étude sur les intentions de retour menée par l'International Rescue Committee (IRC) auprès de plus de 3 000 ménages syriens (représentant plus de 17 000 réfugiés syriens en Irak, en Jordanie, au Liban et en Turquie), qui a abouti à « des conclusions similaires, soulignant que 29 % ont actuellement l'intention de retourner dans leur pays et que la majorité reste indécise (37 %) ou n'a pas l'intention de retourner du tout (34 %) ».
Citant la représentante spéciale adjointe des Nations unies, Najat Rochdi, le rapport conclut : « Les risques d'une nouvelle escalade dans la région ne sont pas hypothétiques, ils sont immédiats, graves et risquent de compromettre les fragiles progrès vers la paix et la reconstruction en Syrie ».



« Plainte » contre l'Iran : pourquoi les Affaires étrangères ont dû mettre de l'eau dans leur vin