Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, s'exprime lors d'une réunion avec des ambassadeurs étrangers à Téhéran, le 12 juillet 2025. Photo Hamid Forootan/Ministère iranien des Affaires étrangères/Wana via AFP
L'Iran soutiendra toute décision prise par le Hezbollah en réaction au projet de désarmement adopté par le gouvernement libanais, a déclaré mercredi soir le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, dans un entretien télévisé. Un commentaire qui a provoqué de nombreuses réactions au Liban, la diplomatie libanaise dénonçant une « ingérence » iranienne dans les affaires intérieures du pays et des déclarations « inacceptables ». Aucune annonce n'a toutefois été faite en provenance de Beyrouth concernant une éventuelle convocation de l'ambassadeur iranien, comme l'ont réclamé plusieurs opposants au Hezbollah et à ses alliés. En février dernier, M. Raggi avait convoqué l’ambassadeur d’Iran à Beyrouth après des propos qualifiant de « complot » l’éventualité de désarmer le Hezbollah.
Le gouvernement de Nawaf Salam avait annoncé mardi qu'il mandatait l'armée libanaise pour établir un plan visant à récupérer le monopole des armes, et donc désarmer les groupes encore armés et principalement le Hezbollah, d'ici la fin de l'année. La troupe doit remettre son plan d'ici la fin du mois d'août.
« Ce n’est pas la première fois que des efforts sont déployés pour désarmer le Hezbollah et neutraliser les armes de la résistance », a indiqué M. Araghchi selon le transcript sur l'agence Irna d'un entretien accordé à la télévision d'Etat. Il a estimé que la raison de cette décision est que « l'autre partie a constaté en action les capacités armées de la résistance et leur impact sur le terrain », après 13 mois de guerre ouverte entre le parti chiite et Israël. « Et maintenant, sachant que le Hezbollah a subi des revers lors des récents affrontements, ils estiment qu’une occasion propice s’est présentée pour mettre en œuvre ce plan afin de le pousser vers le désarmement », a-t-il ajouté. Malgré tout, M. Araghchi a estimé que le Hezbollah s'est « réorganisé, redéployé et a remplacé les commandants » éliminés pendant la guerre, et qu'il « dispose désormais de suffisamment de puissance pour se défendre ». Dans ce contexte, il a estimé que le Hezbollah a « clairement montré qu'il resterait ferme » sur la question des armes, rappelant que le président du Parlement et du mouvement Amal, Nabih Berry, a également « soutenu cette position ». Le parti chiite avait dénoncé dans un communiqué mercredi un « péché grave » du cabinet de Nawaf Salam avec sa décision de désarmer les milices d'ici la fin de l'année, ajoutant qu'il agirait comme si cette décision « n'existe pas ». Une position que soutient Téhéran, son ministre des Affaires étrangères soulignant que « toute décision revient en dernier ressort au Hezbollah lui-même. Nous le soutenons à distance, mais nous n'intervenons pas dans ses décisions ».
Le commandant adjoint de la force al-Qods des gardiens de la révolution iraniens, le général de brigade Iraj Masjedi, a de son côté affirmé que le Hezbollah « ne sera jamais désarmé », selon des propos rapportés jeudi par l'agence semi-officielle iranienne Tasnim. « Les armes de la 'résistance' et du peuple libanais sont les moyens de défendre leur terre, et la 'résistance' ne sera jamais désarmée », a estimé Masjedi, en référence à l'armement du Hezbollah. « L’axe américano-sioniste ne parviendra pas à désarmer la 'résistance' », a-t-il insisté.
Projet « voué à l'échec » et accusations d'ingérence
Au Liban, les déclarations de M. Araghchi ont fait réagir les opposants au Hezbollah, et particulièrement une phrase reprise dans plusieurs médias libanais et iraniens, mais pas dans la transcription de l'entretien sur Irna. Selon cet extrait, le chef de la diplomatie iranienne aurait déclaré que le projet de désarmement du Hezbollah « est voué à l’échec ».
« Les récentes déclarations du ministre iranien des Affaires étrangères, dans lesquelles il aborde des questions internes libanaises qui ne concernent en aucune manière la République islamique, sont inacceptables et condamnables », a écrit le ministère libanais des Affaires étrangères dans un bref communiqué. Ces propos « constituent une atteinte à la souveraineté, à l'unité et à la stabilité du Liban, et constituent une ingérence dans ses affaires intérieures et ses décisions souveraines. » « Les relations entre les États ne peuvent se construire que sur la base du respect mutuel et de l'égalité, de la non-ingérence dans les affaires intérieures et du respect total des décisions des institutions constitutionnelles légitimes. Il est tout à fait inacceptable que ces relations soient utilisées pour encourager ou soutenir des parties internes en dehors du cadre de l'État libanais et de ses institutions, et ce, à ses dépens », a ajouté le Palais Bustros, en allusion au Hezbollah.
« Le ministre iranien des Affaires étrangères est bien le dernier à pouvoir donner des leçons au gouvernement libanais. Qu'il s'occupe de son pays et qu'il nous laisse réparer les dégâts qu'il a causés dans le nôtre », avait plus tôt critiqué le chef du parti Kataëb Samy Gemayel après l'entretien de M. Araghchi, appelant le ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, à convoquer l'ambassadeur iranien. Partageant la déclaration de M. Araghchi sur « l'échec » du plan libanais, le député indépendant Waddah Sadek, issu de la contestation, a commenté sur X : « Ce ne sont pas tes oignons ». Son collègue Michel Doueihy a de son côté également appelé la diplomatie libanaise a émettre un « dernier avertissement » à l'ambassadeur iranien « en vue de son renvoi à Téhéran si les ingérences iraniennes dans les décisions du gouvernement se poursuivent ».


A priori, on pourrait dire que le ministre iranien se mêle de ce qui ne le regarde pas, mais en fait, ses propos montrent - une fois de plus - que l'Iran est directement concerné par l'éventuelle dissolution de la milice qu'il entretient chez nous, Son opposition à une décision du gouvernement libanais prouve aussi que l'Iran est un ENNEMI du Liban qui devrait rompre toute relation diplomatique avec la République Islamique.
09 h 27, le 08 août 2025