Rechercher
Rechercher

Dernières Infos - Infrastructure

Rome donne son feu vert au plus grand pont suspendu du monde


Une vue du front de mer montre une zone marquée pour expropriation en vue de la construction prévue d'un pont suspendu reliant l'île à l'Italie continentale, avec la côte calabraise visible en arrière-plan, à Messine, en Italie, le 5 août 2025. Photo REUTERS/Yara Nardi

Le gouvernement italien a définitivement approuvé mercredi la construction du plus grand pont suspendu du monde, reliant la Sicile au continent, un projet de 13,5 milliards d'euros financé par l'Etat et vivement critiqué.

Le Vice-Premier ministre italien et ministre des Infrastructures, Matteo Salvini, a assuré que le pont de Messine constituait « un accélérateur de développement » qui apportera croissance économique et dizaines de milliers d'emplois à deux régions italiennes pauvres, la Sicile et la Calabre.

Ce plan a cependant suscité de fortes protestations tant au niveau local que national, en raison de son impact environnemental et de son coût, cet argent pouvant être, selon ses détracteurs, mieux utilisé ailleurs. Le gouvernement pense avoir trouvé la parade : il veut faire figurer cette somme dans les dépenses de défense.

Un symbole de « portée mondiale »


L'Italie a accepté, avec d'autres membres de l'OTAN, d'augmenter massivement son budget militaire pour le porter à 5% de son PIB, à la demande du président américain Donald Trump. 

Or, sur ce montant, 1,5% peut être consacré à des domaines « liés à la défense », tels que la cybersécurité et les infrastructures, et Rome espère que le pont de Messine sera à ce titre éligible, d'autant que la Sicile abrite une base de l'OTAN. 

La Première ministre Giorgia Meloni a qualifié l'ouvrage qui enjambera le détroit de Messine de « symbole d'ingénierie de portée mondiale », démontrant « la force de volonté et la compétence technique de l'Italie ». Les travaux devraient débuter « entre septembre et octobre », espère M. Salvini. 

La Cour des comptes italienne a toutefois critiqué « un fort déséquilibre » en faveur du pont dans les investissements en infrastructures de l'Etat, déjà lourdement endetté, dans son évaluation du budget 2024. Pour le Parti d'opposition démocrate (centre gauche), ce projet piétine les normes environnementales, de sécurité et européennes, « ainsi que le bon sens ».

Avec deux voies ferrées au centre et trois voies de circulation de chaque côté, le pont est conçu pour comprendre deux paires de câbles tendus entre deux tours de 400 mètres de haut, avec une portée suspendue de 3.300 mètres, un record mondial.

« Choix insensé »

Prévu pour être achevé d'ici à 2032, il s'agit pour le gouvernement italien d'une prouesse technique, capable de résister aux vents violents et aux tremblements de terre dans une région située à la jonction de deux plaques tectoniques. 

Mais l'ouvrage sera érigé sur une zone marine protégée et pourrait causer « un carnage », des « millions d'oiseaux » empruntant cette route migratoire, avançait en juin Tommaso Castronovo, le président de l'association de défense de l'environnement Legambiente Sicilia.

Nombre d'élus locaux et d'experts redoutent aussi que les mafias locales ne profitent largement de cette manne, le procureur général de Messine ayant mis en garde contre le risque d'infiltration de ces dernières dans la construction du pont. « Ne pas construire ce pont pour ces raisons reviendrait à ne jamais réaliser aucun projet dans ces régions », a balayé mercredi d'un revers de la main M. Salvini.

Pour le patron du parti de gauche AVS Nicola Fratoianni, cet ouvrage est « un choix insensé à tout point de vue, une méga-œuvre qui détournera énormément de ressources publiques qui seraient pourtant nécessaires pour répondre aux problèmes et aux urgences de millions d'Italiens ».

Certains opposants au projet jugent aussi qu'il ne verra jamais le jour, rappelant la longue histoire des travaux publics annoncés, financés et jamais achevés en Italie.

Le pont lui-même a connu plusieurs faux départs, les premiers plans ayant été élaborés il y a plus de 50 ans. Eurolink, un consortium dirigé par le groupe italien Webuild, a remporté l'appel d'offres en 2006 mais celui-ci a été annulé après la crise de la dette dans la zone euro. Le consortium reste cependant le contractant du projet relancé.

Le gouvernement italien a définitivement approuvé mercredi la construction du plus grand pont suspendu du monde, reliant la Sicile au continent, un projet de 13,5 milliards d'euros financé par l'Etat et vivement critiqué.Le Vice-Premier ministre italien et ministre des Infrastructures, Matteo Salvini, a assuré que le pont de Messine constituait « un accélérateur de développement » qui apportera croissance économique et dizaines de milliers d'emplois à deux régions italiennes pauvres, la Sicile et la Calabre.Ce plan a cependant suscité de fortes protestations tant au niveau local que national, en raison de son impact environnemental et de son coût, cet argent pouvant être, selon ses détracteurs, mieux utilisé ailleurs. Le gouvernement pense avoir trouvé la parade : il veut faire figurer cette somme dans...