L’artiste devant ses toiles. Photo tirée de son compte Instagram @viraj_khanna
On n’oubliera pas de sitôt le fastueux mariage d’Anan Ambani, le fils de Mukesh Ambani, l’homme le plus riche d’Asie, et de Radhika Merchant, fille d’un magnat de l’industrie pharmaceutique. Des noces célébrées à longueur de l’année 2024 avec de somptueux événements prénuptiaux, nuptiaux et postnuptiaux, clouant au pilori les sept jours et les sept nuits des contes des Mille et Une Nuits ! Coût de ces noces de la démesure ? Environ 600 millions de dollars et, certainement, « the greatest show on earth ». Loin d’atteindre le luxe et le faste déployés par les Ambani, les épousailles indiennes, tous budgets confondus, se doivent d’exécuter les traditions dans un décorum flamboyant. Actuellement, les cérémonies ont atteint leur paroxysme théâtral avec l’entrée en scène d’Instagram. Un jeune artiste conceptuel de Calcutta réputé et nommé Viraj Khanna connaît bien cet aspect de sa culture. Il vient de l’interpréter dans des compositions-installations qui sont exposées jusqu’au 30 août dans la galerie californienne RMC Contemporary sous l’intitulé « Why did I say yes » (pourquoi j’ai dit oui). Son but : examiner le phénomène mondial qu’est devenu le mariage indien avec tout son apparat. « Le mariage indien est le terrain idéal pour explorer les thèmes qui m’intéressent tellement : l’excès, le consumérisme et les versions publiques de nous-mêmes que nous projetons à l’ère d’Instagram », explique-t-il sur son site en ligne.

Esthétique satirique
Viraj Khanna a exprimé tout cela avec un média qui le passionne, les textiles dont il joue savamment à la manière des découpages et qu’il enrichit notamment de la vaste gamme des broderies luxueuses de son pays. Fort de ses matériaux de choix, il a tracé avec une esthétique satirique la folie et le délire devenus inhérents aux mariages indiens. Chaque œuvre est accompagnée d’un texte de dialogue, de bribes de bavardages, de ragots ou de pensées intérieures recueillis des scènes incongrues qu’il a vécues lors de ce genre de cérémonie. Tels que « Pourquoi mon beau-père me regarde ainsi ? » ou « Discussion en famille », « Qui est cette personne ? », « Est-ce que ma tenue a plu ? », « Je n’ai plus envie de faire des mondanités ! »
Ces créations sont exécutées à l’aide de broderies, de tapisseries et divers autres textiles vibrants et frappants. Khanna a collaboré avec des artisans du Bengale-Occidental pour intégrer les techniques de broderie ancestrales de l’ari et du zardozi. Chaque cadre regorge de textures, invitant le spectateur à le toucher.
Le point de vue du curateur de l’exposition, Rajiv Menon, est clair : « Les mariages indiens jouent un rôle essentiel de soft power en faisant découvrir aux gens différents éléments de la mode et de la musique indiennes. Tout passe par ce biais, et je pense que c’est devenu le principal point d’échange culturel entre l’Inde et l’Occident. »
Un artisanat en voie de disparition
Viraj Khanna est né en 1995 à Calcutta. Il avait d’abord fait des études d’administration des affaires à l’Université de Californie du Sud. Puis retour à Calcutta où il vit et travaille toujours, très inspiré par les textiles dont il a tiré un art personnalisé. Ce qui lui a valu d’être deux fois nommé dans la liste des talents « Forbes 30 Under 30 », devenant ainsi le premier artiste à figurer à la fois dans les catégories indienne et asiatique. À travers des expositions dans des galeries prestigieuses et privilégié par des collectionneurs, Viraj Khanna s’est imposé comme l’un des jeunes artistes indiens les plus célèbres. Avec aussi un pouvoir de diversification, on le retrouve aussi comme directeur créatif de la griffe AK-OK qui se présente sur Instagram comme une fusion harmonieuse des styles indiens et occidentaux, conçue pour permettre aux femmes d’exprimer librement leur individualité. Désireux d’aller encore plus loin, Khanna achève actuellement un master en beaux-arts à l’Art Institute de Chicago afin de témoigner encore mieux de l’évolution du visage de la société indienne et des nouvelles formes de désir, d’aspiration et aussi de la perte d’une certaine identité qui émergent dans ce contexte. Son arrêt sur l’actuel concept habituel des mariages, déjà haut en couleur, qui devient un véritable spectacle, en dit long sur ses intentions. De son exposition « Why I said yes », il précise : « J’ai travaillé avec une trentaine d’artisans, tous originaires du Bengale-Occidental, pendant environ six mois. Chaque pièce peut nécessiter 2 000 à 3 000 heures de travail. La broderie à la main est un art en voie de disparition en Inde et il devient de plus en plus difficile de trouver de bons artisans.


