La chef étoilée Anne-Sophie Pic au service de l’astronaute française Sophie Adenot . Photo tirée du compte instagram de l'astronaute
Foie gras sur toast brioché, bisque de homard, crème au chocolat et noisette… C‘est ce que dégustera en plein vol spatial l’astronaute française Sophie Adenot qui embarquera au printemps 2026 vers l'ISS (Station spatiale internationale) à bord d’une capsule du type Crew Dragon. Ses repas hautement gastronomiques seront préparés par la célèbre cheffe française plusieurs fois étoilée Anne-Sophie Pic. Alors que le premier homme qui a mis les pieds sur la lune s’était contenté d’une enveloppe d’aliments déshydratés et d’une purée de pommes avalée à même un tube en aluminium. Sophie Adenot (37 ans) sera en orbite durant six mois. Généralement, la nourriture dans l'espace est lyophilisée et empaquetée dans des emballages en plastique.
Les fruits et légumes sont un luxe rare, disponibles uniquement à l'arrivée d'un vaisseau spatial avec des provisions. Néanmoins, les astronautes peuvent bénéficier d’une « nourriture bonus » spécialement préparée à leur intention et qui représente environ 10 % de leur alimentation. Sur son site en ligne, l’Agence spatiale européenne (ESA) explique : « Ces aliments, généralement élaborés en partenariat avec un chef, améliorent le bien-être mental, apportent de la variété et favorisent les liens avec les autres membres de l'équipage lorsqu'ils sont partagés en orbite. »
Quand une cheffe multi-étoilée cuisine pour l’espace
Dans cet esprit, l’astronaute française Sophie Adenot a opté pour l’une des grandes toques de la cuisine française. Elle confie qu’elle s’est sentie sur la même longueur d’onde qu’Anne-Sophie Pic avec laquelle elle s’était entretenue à Paris. Précisant : « Sa cuisine va ravir mes collègues astronautes et leur permettre de renouer avec la vie sur Terre. L’art culinaire de Pic est profondément influencé par le terroir et, c'est important pour moi, car j'ai grandi à la campagne, en Bourgogne, et cela me rappellera mes racines. »
De son côté la cheffe Anne-Sophie Pic, surnommée « La Dame de Pic », s’est de suite amarrée à ce périple qu’elle relate sur son compte Instagram : « Quel plaisir d’avoir été sollicitée par Sophie Adenot pour l’accompagner dans sa mission ! Au fil de nos échanges et dégustations, j’ai découvert une femme exceptionnelle, inspirante à bien des égards. Cuisiner pour l’espace est un défi exaltant ; c’est un véritable honneur de participer à cette aventure extraordinaire. Cuisiner pour l’espace, c’est aussi repousser les limites de la gastronomie. Avec l’équipe de mon laboratoire de recherches et de développement, nous avons relevé un défi passionnant : préserver l’émotion du goût malgré des contraintes techniques extrêmes. »
C’est ainsi qu’elle a réglé ses fourneaux à l’heure cosmique, mijotant les spécialités ancrées dans le sol français pour des tables dressées dans une atmosphère défiant la gravité. Pour les six mois en orbite de l’astronaute, elle a conçu un menu des plus raffinés : côté entrées, place au foie gras sur brioche toastée au citron confit, à la bisque de homard au crabe et au carvi, au velouté de panais au curry et à l'aiglefin fumé, et à la soupe à l'oignon aux baies roses et croûtons gratinés. En plat principal, on retrouve l'effiloché de bœuf braisé à l'ail noir et à la vanille fumée, la volaille au poivre de Madagascar à la fève tonka et à la polenta crémeuse au comté. En dessert, ce sera du riz au lait à la noix de coco et à la vanille fumée, ainsi qu'une crème au chocolat à la fleur de noisette et au café.
Collaboration culinaire spatiale russo-américaine
C’est connu, une alimentation saine, variée et riche en éléments nutritifs est essentielle pour les astronautes qui perdent de la masse osseuse et musculaire pendant leur séjour dans l'espace. La NASA explique que « les agences spatiales ont à relever le défi de conserver les aliments pendant des mois, de les alléger et d'éviter que les miettes ne s'envolent et ne s'incrustent dans les équipements. Les œufs brouillés lyophilisés, par exemple, font souvent l'objet de plaintes, car ils sont jugés trop friables et difficiles à manger en microgravité et le procédé de lyophilisation en est la principale cause ».
Anne-Sophie Pic a dû faire face à ses embûches semées à des milliers de kilomètres de sa cuisine-laboratoire sise à Valence. Rappelons que cette cheffe totalise pour ses sept restaurants onze étoiles Michelin, ce qui en fait la cheffe la plus étoilée au monde. Cependant, la préparation de nourritures terrestre pour les hommes et les femmes accomplissant des missions spatiales reste un casse-tête pour tous les pays qui les catapultent dans des atmosphères inconnues. Même les USA et la Russie ont dû se résigner à établir une collaboration culinaire pour le bien de leurs astronautes respectifs. Ainsi, selon l’Agence spatiale européenne le pays de l’Oncle Sam fournit généralement les aliments déshydratés tandis que les conserves sont fournies par la Russie, selon l'ESA.
Menus et contraintes
Les menus sont planifiés des mois à l'avance et répétés tous les huit jours. La NASA propose notamment du pudding au chocolat, des macaronis au fromage et des tortillas, ainsi que des gourmandises ponctuelles comme du riz jamaïcain épicé et des haricots au lait de coco, conçus par des lycéens de Virginie.
Pour rester au goût du jour l'agence spatiale américaine s'intéresse également au développement de menus végétariens, d’autant que les légumes sont plus faciles à cultiver et à conserver que la viande ou les produits laitiers.
Suivant l’exemple de la restauration « cocorico » spatiale, l'astronaute belge Raphaël Liégeois, qui doit participer à la même mission que la française Sophie Adenot, emportera dans l'espace des endives belges au gratin de jambon et des boulettes à la liégeoise. Pour cela, il a collaboré avec le célèbre chef Wouter Keersmaekers du restaurant De Schooner van Boskoop à Anvers.


