De la fumée au-dessus de Baalbeck lors d'affrontements entre l'armée libanaise et des personnes suspectées de narcotrafic, le 6 août 2025. Photo obtenue par notre correspondante Sarah Abdallah
Trois personnes ont été tuées mercredi dans des affrontements entre l’armée libanaise et des narcotrafiquants présumés dans le quartier de Charaouné, à Baalbeck, a rapporté notre correspondante dans la région, Sarah Abdallah. L’armée a ensuite confirmé l’information dans un communiqué officiel. Parmi les personnes tuées figure le tristement célèbre fugitif surnommé « Abou Sallé », en fuite depuis de précédents affrontements avec la troupe, qui avaient coûté la vie à un soldat en 2022.
Dans son communiqué diffusé dans l'après-midi, l’armée libanaise a annoncé que trois trafiquants de drogue, considérés comme « figurant parmi les plus importants et les plus dangereux du pays », ont été tués lors d’un échange de tirs alors qu’ils étaient poursuivis par une patrouille. Aux côtés d’« Abou Sallé » se trouvaient un homme surnommé « le Sultan » ainsi que « F.Z. ».
Les trois hommes étaient recherchés « pour le meurtre de militaires, des enlèvements, des tirs contre des postes et patrouilles de l’armée, ainsi que pour des vols à main armée ». Ils ont, « pendant des années, largement fait du trafic de drogue dans différentes régions du Liban, poussant des milliers de personnes, en particulier des jeunes, vers la criminalité ». « L’armée avait mené à plusieurs reprises des opérations de perquisition pour tenter de les arrêter, ce qui avait provoqué des blessés dans ses rangs », précise encore l’institution militaire. Elle conclut son communiqué en affirmant que « les informations faisant état de frappes contre des habitations ou des membres des familles des personnes recherchées, ou encore d’affrontements entre habitants et l’armée, sont infondées ».
Un précédent bilan faisait état d'un tué et trois blessés dont un enfant, mais il a été revu à la hausse en début d'après-midi, pour inclure le dénommé « Abou Sallé » ainsi que deux autres hommes. Des habitants ont appelé l'armée à un retour au calme pour pouvoir évacuer les lieux. Par ailleurs, des informations faisant état d'un tir des repris de justice sur une caserne de la troupe dans le Hermel ont été démenties par une source sur place à notre correspondante, ainsi que par l'Agence nationale d'Information (Ani, officielle).
« Frappes de précision » de l'armée libanaise
Selon les sources locales de notre correspondante, les affrontements ont commencé dans la matinée par des perquisitions de la troupe dans le quartier, au cours de laquelle l'aviation libanaise a mené des « frappes de précision » sur les suspects, au moyen d'un drone. C'est la deuxième fois depuis le 24 juillet que des informations font état de frappes menées par des « drones » dans des opérations contre des trafiquants, et notamment le réseau d' « Abou Sallé », dans la Békaa ces dernières semaines, un type de frappes que l'armée libanaise n'a jamais confirmé ni infirmé.
Le narcotrafiquant aurait été surnommé « Abou Sallé » en référence à sa technique de vente de différents types de drogue qu'il faisait parvenir à ses clients en faisant descendre un panier en osier (« sallé », en arabe) du balcon de son appartement, lorsqu'il était actif dans la région de Fanar, au nord de Beyrouth. Il s'est ensuite établi à Charaouné il y a plusieurs années et y a construit un véritable empire de production et de trafic de drogue, actif notamment dans la Békaa et dans la capitale. Les habitants de Baalbeck le surnomment « le roi de la cocaïne et du captagon » et le considèrent comme « plus important que Nouh Zeaïter », autre grande figure du trafic de drogue au Liban.
En juin 2022, des affrontements armés entre l’armée et « Abou Sallé » dans le quartier de Charaouné à Baalbeck avaient fait un mort parmi les militaires, un soldat de 28 ans d’une tribu rivale, celle des Chamas. Blessé, Ali Mounzer Zeaiter avait alors pu fuir en prenant sa femme comme bouclier, selon l’armée. Des recherches sous tension s’étaient poursuivies durant plusieurs jours pour le retrouver, mais il avait réussi à s’échapper. Les tensions avaient été exacerbées du fait que la tribu des Chamas cherchait également à se venger de lui.« Abou Sallé » aurait par ailleurs été grièvement blessé lors de la précédente attaque du 24 juillet dernier, mais avait réussi à s’échapper une nouvelle fois.
La plaine de la Békaa, où les armes circulent massivement alors que l’État peine à imposer son autorité, est souvent le théâtre d'affrontements sanglants entre clans rivaux, mais aussi parfois entre militaires et des gangs lourdement équipés.

