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Au piège du verbe


En matière d’activité politique comme de vulgaire gesticulation politicienne, nul ne saurait contester le poids des mots, leur capacité de bâtir ou de détruire, de convaincre ou seulement de manipuler. Le pire est cependant quand l’artifice des mots, avec leur charge d’arrière-pensées et de traquenards, est érigé en règle de gouvernement, par souci de préserver une tout aussi factice unité nationale.

C’est surtout à propos de l’arsenal du Hezbollah que le Liban a longtemps été l’otage de ce genre de trompeuse logique. En est-il délivré à tout jamais ? Et était-elle concluante, cette longue et orageuse réunion du Conseil des ministres qui, pour la première fois dans les annales, débattait mardi de la question ? Oui, certes, du moment que cette séance historique témoigne de la volonté irréversible de l’État de récupérer entièrement ses prérogatives et attributs. Et non pour ceux qui en attendaient la solution instantanée, au presse-bouton, d’un problème vieux de plusieurs décennies.

Il n’en reste pas moins que c’est un pas décisif qui vient d’être franchi sur la voie de la raison, mais aussi de la normalité constitutionnelle, même si la suite des discussions s’annonce laborieuse. Car ce sont deux dates butoirs, plutôt qu’une seule, que s’est fixées le pouvoir en réponse aux exigences américaines : la fin du mois en cours pour l’adoption d’un calendrier-programme du désarmement, dont l’élaboration est confiée à l’armée ; et fin 2025 pour la conclusion de cette opération. Cet itinéraire était déjà esquissé dans le serment constitutionnel du président Joseph Aoun qui s’est engagé à rendre à l’État son monopole sur les armes, mission que s’est clairement assignée le gouvernement de Nawaf Salam. Le Premier ministre a même enfoncé le clou en affirmant que la question relevait désormais du passé. Du coup, un sort a été salutairement fait à deux tenaces chimères. La première est celle du slogan « Armée, peuple et résistance », qui non seulement consacrait abusivement la légitimité autoproclamée de la milice pro-iranienne, mais en faisait le partenaire (sinon le rival !) de la troupe régulière. Cette incroyable hérésie a pourtant été rituellement évoquée dans leurs discours par des présidents de la République, tout comme elle a invariablement figuré dans les principes généraux de maints gouvernements. Non moins abracadabrante aura été cette autre défunte, la stratégie nationale de défense, fumisterie cent fois remise en vain sur le métier, le Hezbollah s’obstinant en effet à renier ses engagements et à s’approprier le droit de paix ou de guerre. L’alternative tout récemment proposée par le président Aoun – un plan de sécurité nationale – semble promise au même sort ; le cheikh Naïm y a bien souscrit mardi, mais il est demeuré intraitable sur les volets essentiels de la question.

Au final, cette spectaculaire première est à marquer résolument d’une pierre blanche, et seuls les esprits chagrins resteront sur leur faim. Tous en revanche attendront la suite des évènements en retenant leur souffle. Car on nous l’a répété sur tous les tons : c’est aux Libanais eux-mêmes qu’il incombe de mettre de l’ordre dans leurs affaires. Sinon…

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com 

En matière d’activité politique comme de vulgaire gesticulation politicienne, nul ne saurait contester le poids des mots, leur capacité de bâtir ou de détruire, de convaincre ou seulement de manipuler. Le pire est cependant quand l’artifice des mots, avec leur charge d’arrière-pensées et de traquenards, est érigé en règle de gouvernement, par souci de préserver une tout aussi factice unité nationale.C’est surtout à propos de l’arsenal du Hezbollah que le Liban a longtemps été l’otage de ce genre de trompeuse logique. En est-il délivré à tout jamais ? Et était-elle concluante, cette longue et orageuse réunion du Conseil des ministres qui, pour la première fois dans les annales, débattait mardi de la question ? Oui, certes, du moment que cette séance historique témoigne de la volonté irréversible de...