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Nos lecteurs ont la parole

Une mine d’or qui dort à Beit Chabab

Une mine d’or qui dort à Beit Chabab

Les ordures à côté des escaliers en état de destruction. Photo M.A.

Lettre ouverte aux ministères de l’Intérieur et des Municipalités, du Tourisme, de la Culture, de l’Environnement et à l’Unesco

Pour fuir les idées noires et essayer d’oublier, l’espace de quelques heures, tout ce qui se passait dans le pays, comme désastres et guerres et pour savourer les jouissances et les bienfaits des randonnées pédestres, nous avons choisi d’aller, un dimanche matin, du côté du village de Beit Chabab, situé dans le caza du Metn au Mont-Liban. Un charmant village en amont, au cadre enchanteur, typiquement libanais, qui se caractérise par ses pinèdes, ses maisons ancestrales en tuiles rouges, ses vieilles églises, ses métiers de poterie, de tissage et de fonte des cloches, qui relèvent du pur artisanat local et qui remontent à une époque séculaire et même à la nuit des temps.

Pour celles et ceux qui ne le savent pas, il faut préciser qu’au cœur même de Beit Chabab et en pleine nature, il existe un site touristique représenté par un vieil escalier. Un escalier, qui fait partie de l’histoire du pays, de sa culture, de son tourisme, de l’histoire de ce village et de celle de l’industrie cinématographique libanaise. Un escalier, qui a vu déambuler, sur ses marches, Feyrouz, notre diva nationale, lors du tournage, dans les années 60, du grand film libanais L’Exil (Safar Barlek). Une comédie musicale, sortie en 1967, dans laquelle joue également notre grand chanteur renommé, feu Nasri Chamseddine.

À tel point que cet escalier est connu, à Beit Chabab, par le nom de « Daraj Safar Barlek ».

Je ne vous cache pas que ce jour-là, nous avons été très désagréablement surpris de voir que cet escalier est totalement négligé et mal entretenu. À un certain moment, en montant, nous sommes arrivés à un endroit où il est carrément démoli. Complètement détruit, pour quel motif étrange ? Pour quelle raison inconnue ? Dieu seul sait.

De sorte qu’il est devenu impraticable. Impossible donc pour nous de pouvoir continuer notre hiking matinal sur les marches archaïques (non pas dans le sens de vétustes, mais ancestrales). Par conséquent, nous avons dû rebrousser chemin et revenir sur nos pas.

Sans parler du fait qu’il est entouré de toutes sortes de détritus et d’ordures immondes, qui gâchent le cadre naturel du site et son côté pittoresque. Avec, en plus, aucune mise en valeur du lieu en question. Pas même une chétive pancarte qui met en évidence le passé glorieux de cet escalier aux mille histoires. Une pancarte qui devrait normalement mentionner (et fièrement) le nom du film cité et, avant tout, celui de notre grande Feyrouz et celui de feu Nasri Chamseddine.

Déjà qu’« ils » ont osé (en juillet 2024) démolir, sans aucun justificatif légal et sans crier gare, le dernier four en terre de Beit Chabab. Un four vieux de 600 ans, où travaillait Faouzi Fakhouri (Faouzi le Potier qui portait le nom de sa profession, comme d’ailleurs tous ses ancêtres avant lui), dans le quartier des potiers (Hay el-Fouékhré). Il était l’héritier d’un savoir-faire millénaire.

Triste sort et triste réalité pour ce « massacre » de plus, perpétré délibérément et de sang-froid.

Encore une couleuvre de plus à avaler pour nous Libanais (il faut dire, que nous n’en sommes plus à une près !).

Le Liban mérite qu’on prenne des initiatives bénéfiques pour lui. Surtout que dans ce cas précis, ce qui logiquement devrait être fait ne représente ni de grands travaux, ni une logistique importante, ni de grosses dépenses.

Dans tous les cas, et même si notre lettre ouverte reste sans suite, nous aurions au moins eu la possibilité d’exprimer une consternation légitime quant à la situation de cet escalier aux marches légendaires.

Cet escalier qui représente, pour le moins qu’on puisse dire, une mine d’or qui dort..., en parallèle, un conseil municipal... en sommeil, excepté les quelques voix contestataires mécontentes.

Michel Antoine Azar

Avocat à la Cour

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Lettre ouverte aux ministères de l’Intérieur et des Municipalités, du Tourisme, de la Culture, de l’Environnement et à l’UnescoPour fuir les idées noires et essayer d’oublier, l’espace de quelques heures, tout ce qui se passait dans le pays, comme désastres et guerres et pour savourer les jouissances et les bienfaits des randonnées pédestres, nous avons choisi d’aller, un dimanche matin, du côté du village de Beit Chabab, situé dans le caza du Metn au Mont-Liban. Un charmant village en amont, au cadre enchanteur, typiquement libanais, qui se caractérise par ses pinèdes, ses maisons ancestrales en tuiles rouges, ses vieilles églises, ses métiers de poterie, de tissage et de fonte des cloches, qui relèvent du pur artisanat local et qui remontent à une époque séculaire et même à la nuit des temps. Pour...
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