Rechercher
Rechercher

Culture - Coulisses

Saïda chante pour le Sud : hommage à Ziad et à la mémoire musicale du Liban

Avec Ghassan Saliba au micro et le maestro André Hajj à la baguette, l’ouverture du festival de la ville côtière mercredi 6 août fait résonner l’héritage musical national entre voix, cordes et mémoire collective.

Saïda chante pour le Sud : hommage à Ziad et à la mémoire musicale du Liban

Maestro André Hajj lors des répétitions avec l'orchestre oriental libanais et le chanteur Ghassan Saliba. Photo Rayanne Tawil/L'Orient-Le Jour

Conservatoire national libanais de Zokak el-Blatt. Il est presque midi dans une salle de répétition chargée d’une tension douce. Les premières notes de musique tranchent le silence comme un rai de lumière sur la mer. Au centre, André Hajj, dos droit, bras déployés, chef d’orchestre en vert, le front perlé de sueur et de concentration. Face à lui, l’Orchestre oriental libanais s’éveille. Sur le côté, Ghassan Saliba entonne les premières phrases, la voix posée, le regard au loin. Le chœur s’élève en strates successives et la formation musicale déferle derrière lui comme une vague. Ce n’est encore qu’une répétition. Mais déjà, tout le monde le sait : la scène est là.

Le mercredi 6 août, la ville de Saïda ouvre sa saison festivalière 2025 avec un concert singulier. À son cœur, Ghassan Saliba, l’une des grandes voix du pays. À sa tête, le maestro André Hajj, homme de convictions. Et derrière eux, un orchestre et un chœur de quarante musiciens qui, ensemble, construisent quelque chose qui ressemble à la joie.

« C’est le second concert que nous organisons seuls, nous, l’Orchestre oriental et l’Institut national, explique le maestro Hajj. D’ordinaire, on nous invite. Cette fois, comme à Ehden, nous sommes à l’initiative et cela change tout. »

Le programme s’articule en quatre temps : une ouverture orchestrale en hommage à Ziad Rahbani, suivie d’un solo du chœur du conservatoire. Puis un moment participatif où le public sera invité à reprendre deux chansons de Feyrouz et des frères Rahbani, Assi et Mansour, Addesh kan fi nas et Tarik el-nahel. Enfin, Ghassan Saliba, pilier de la soirée, montera sur scène. « Ce n’est pas un simple concert, ajoute André Hajj. C’est un dialogue. »

Le rôle d’une chanson

Pour Ghassan Saliba, le contexte donne à cette soirée une résonance particulière. « Le rôle de la culture – de l’art, de la musique – reste fondamental, dit-il. Elle encourage, elle inspire. Elle célèbre la joie, elle porte l’espoir. » Sa voix parcourra les œuvres de Zaki Nassif, Wadih el-Safi et des frères Rahbani. Et, le temps d’un soir, Saïda – ville de mémoire et de lutte – vibrera d’une musique qui affirme, coûte que coûte, sa foi dans la beauté. « Ce sera une nuit à part, confie-t-il. Avec le meilleur orchestre du Liban et le maestro Hajj. Ce sera un grand moment. »

Paroles d’enseignante

Aïda Chalhoub, doyenne du Conservatoire national supérieur de musique, se tient parmi l’orchestre. Autour d’elle, ses élèves, nombreux à chanter sur scène le soir venu. « Ce festival rend hommage à l’identité musicale du Liban, souligne-t-elle. De Baalbeck à Beiteddine, notre pays est reconnu pour cela. Pourquoi le Conservatoire national, à ce titre, n’en ferait-il pas partie ? » Elle sourit alors que les sopranos répètent un passage délicat. « En tant que professeure, je suis fière de mes élèves lorsqu’ils réussissent. »

Un festival pour le public

Dans la salle, les instruments se taisent, mais l’énergie reste suspendue. Le maestro retourne vers ses partitions, baguette en main, toujours habité. L’idée, explique-t-il, est simple : que chacun se sente partie prenante. « Lors d’un concert au théâtre al-Madina à Hamra, j’ai tenté l’expérience – faire chanter le public – et la réponse a été extraordinaire. Quand 2 500 personnes chantent ensemble, elles ne sont plus spectatrices. Elles deviennent la scène. C’est cela qui rend ce concert unique. »

Il croit profondément au pouvoir de la musique : celui d’unir, de transmettre, de préserver. « On m’appelle le gardien de la chanson libanaise, sourit-il, sans renier le sérieux du propos. Je crois qu’il faut protéger notre patrimoine culturel et musical. » Et pourquoi cet engagement lui tient-il tant à cœur ? La réponse fuse, plus grave : « Les chaînes de télévision ne diffusent qu’un seul genre. Elles ont fait oublier notre histoire musicale. On peut aimer Haïfa Wehbé ou Nancy Ajram – moi aussi je les écoute. Mais il faut aussi savoir que l’orchestre existe. »

Une nuit à retenir

La dernière note plane dans l’air comme un encens. Les musiciens rangent lentement leurs instruments, comme s’ils prolongeaient l’instant. « J’espère que le public repartira avec, au creux de la mémoire, le souffle de l’orchestre et la résonance de cette soirée, conclut André Hajj. Une nuit à ne pas seulement retenir, mais à laisser vibrer longtemps. »

Mercredi soir, à Saïda, les voix du public s’élèveront en écho. Le maestro, d’un geste mesuré, insufflera le tempo. L’orchestre, ample et vibrant, portera le souffle collectif. La professeure écoutera en retrait avec cette fierté silencieuse des passeurs. La voix du chanteur s’élèvera, forte, habitée. Et, l’espace d’une soirée suspendue, une ville se souviendra de ce que signifie être véritablement touchée... non par la douleur ni par la politique, mais par la grâce d’une musique partagée.

À signaler qu’outre la soirée inaugurale de mercredi, le Festival de Saïda comprendra les rendez-vous suivants : 

7 août : concert de la star Nancy Ajram, pour sa seconde apparition au festival.

8 août : soirée instrumentale avec le groupe Ayyam el-lira.

9 août : clôture avec un concert du grand musicien Marcel Khalifé, dont la chanson Ya bahriyeh heila heila est devenue un hymne gravé dans la mémoire collective et des générations de militants.

Conservatoire national libanais de Zokak el-Blatt. Il est presque midi dans une salle de répétition chargée d’une tension douce. Les premières notes de musique tranchent le silence comme un rai de lumière sur la mer. Au centre, André Hajj, dos droit, bras déployés, chef d’orchestre en vert, le front perlé de sueur et de concentration. Face à lui, l’Orchestre oriental libanais s’éveille. Sur le côté, Ghassan Saliba entonne les premières phrases, la voix posée, le regard au loin. Le chœur s’élève en strates successives et la formation musicale déferle derrière lui comme une vague. Ce n’est encore qu’une répétition. Mais déjà, tout le monde le sait : la scène est là.Le mercredi 6 août, la ville de Saïda ouvre sa saison festivalière 2025 avec un concert singulier. À son cœur, Ghassan Saliba,...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut